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Ravalement :une technique à adapter au support à traiter

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Ravalement :une technique à adapter au support à traiter

1. La façade d’un bâtiment ordinaire peut aussi être valorisée par un traitement au mortier de chaux coloré. Sur cette palette, douze teintes sont proposées pour la région Ile-de-France.

Le ravalement de façades en plâtre d’immeubles anciens peut être réalisé suivant deux techniques : un mortier associant plâtre et chaux, ou un mélange plus classique à base de chaux et de sable.

L’utilisation du plâtre est très ancienne, puisqu’elle remonte aux Romains. Au cours des siècles, en ­France, les édits royaux se succèdent et l’imposent dans l’habitat parisien. De ce fait, de nombreuses façades de la capitale sont recouvertes de plâtre sur une structure en pans de bois. Cela implique une méthodologie spécifique de ravalement, sur laquelle on a tâtonné durant longtemps. En effet, le remplissage peut être constitué d’une multitude de matériaux : plâtre, brique, moellons hourdés au mortier de sablon ou de chaux, etc. Aujourd’hui, les techniques s’appuient sur des produits à base de plâtre et/ou de chaux. Pendant longtemps, le plâtre gros a été utilisé mélangé à de la chaux vive et à du sable. Il était cuit, puis concassé, pour être réduit en poudre. Réclamant peu d’eau de gâchage, il ne se fissurait pas au séchage (1) et devenait dur comme de la pierre.

Arrivée sur le marché des plâtres et chaux colorés

En revanche, son temps de séchage était relativement long. Plus proche des qualités du plâtre gros ancien, l’enduit de plâtre et chaux a été remis à la mode dans les années 80 pour le traitement des façades parisiennes. Ce mélange, défini de façon stricte par le DTU 26.1, comprend du plâtre, de la chaux aérienne et du sable. Quelle que soit la technique employée, plâtre gros ou plâtre et chaux, une fois la réparation du parement exécutée, se pose le problème de sa protection et également de son aspect esthétique. À cet égard, les règles Snjf (2) de 1995 ont réglé de façon satisfaisante l’application des produits d’imperméabilité sur la « réfection des façades en plâtre de type parisien ». Mais la grande nouveauté dans ce domaine c’est l’arrivée sur le marché des plâtres et chaux colorés dans la masse (vers 1990) et plus récemment des chaux aériennes sans plâtres, colorées dans la masse et compatibles avec ce dernier. Certaines entreprises spécialisées, telles que Bati-Renov, agréée Qualité-Ravalement-Paris dans la cadre du protocole de ravalement de la Ville de Paris, mettent en œuvre ces techniques qui requièrent savoir-faire et expèrience.

MPC : une solution de réparation performante

Tout d’abord, un diagnostic est établi au cas par cas, afin de déterminer la nature du mur de façade à traiter (homogène ou composite). L’opération sur une façade en plâtre estampillée de fissures se déroulera en trois temps. En premier lieu, les différentes fissures sont piochées sur une profondeur de 3 à 4 cm ­jusqu’au support sain, comme par exemple les montants du pan de bois. Le support devant être propre, exempt de suie, de bistre ou d’efflorescences. Puis, l’ancienne façade est piquetée sur une épaisseur d’environ 1,5 cm, sur la totalité du mur à traiter ou sur une surface restreinte délimitée par une arête franche (chaînage ou une fenêtre). Lorsque le piochage est effectué sur une épaisseur dépassant 4 cm, il est nécessaire de clouer sur la paroi un grillage galvanisé pour offrir une meilleure adhérence. Enfin, la troisième phase est la pose de l’enduit MPC. Il est gâché ­manuellement à l’aide d’un ­malaxeur dans une auge pour former une pâte homogène ­tenant en charge au moins sur 3 cm d’épaisseur. Il ne peut être appliqué qu’au-dessus d’une température de 5°C, jamais sous la pluie ou en plein soleil. Le MPC est alors appliqué à la truelle, de façon continue sur l’ensemble de la paroi, ou ponctuellement, en tableau. Il est étalé en une seule passe si l’épaisseur est inférieure à 3 cm, ou en passes successives de 2 cm, si l’épaisseur est comprise entre 3 et 5 cm. Cet enduit présente de nombreux avantages. En laissant respirer la paroi, il assure la salubrité des murs anciens grâce à sa grande capacité d’assèchement et d’assainissement. Il est recommandé pour les murs à composition poreuse, comme la pierre de taille, la maçonnerie hourdée au plâtre, à la chaux ou au mortier de sablon, ainsi que le pan de bois. Sa pose est sûre, à cause de l’absence de retrait lors de la prise, même en grandes épaisseurs. Effectivement, ce type d’enduit se prête bien aux mouvements éventuels des ouvrages anciens. D’autre part, le plâtre est un matériau efficace pour la protection contre les risques d’incendie, son classement au feu étant de type M0. Il faut cependant noter qu’un enduit MPC est compliqué à mettre en œuvre, à cause de son temps de séchage élevé : de l’ordre de 30 jours au printemps ou en été, et de 60 à 90 jours en hiver. Cette contrainte entraîne un surcoût dû à l’immobilisation d’un échafaudage, sachant que l’enduit doit être protégé des intempéries avec des bâches opaques, par exemple. Le désordre qui peut alors survenir est un faïençage de l’enduit qui n’est pas préjudiciable à la pérennité de l’ouvrage. Ces micro-fissures étant non-infiltrantes, la réparation consiste à égrainer la paroi au papier de verre, puis à étaler à la brosse un badigeon à la chaux ou une peinture décorative. De plus, le plâtre et la chaux, produits naturels, s’adaptent facilement à toutes sortes de façades, dont les couleurs et textures à caractère régional peuvent être restituées. Ces caractéristiques locales étant dépendantes des exigences liées au règlement du POS (3). S’il est teinté dans la masse, l’enduit plâtre-chaux propose depuis quelques années plusieurs teintes et s’il reste neutre, la finition consiste à passer un badigeon, manuellement et à la brosse. Les diverses granulométries et couleurs de sable utilisées offrent des aspects variés.

Nouvelle génération : les mortiers de chaux aérienne

En matière de réfection des plâtres, il faut garder à l’esprit que ce matériau est totalement incompatible avec une présence de ciment, voire de chaux hydraulique. Moyennant quoi, après vérification auprès des fabricants par l’entrepreneur ou le maître d’œuvre, une nouvelle génération de produits à base de chaux aérienne ou naturelle qui s’implante actuellement sur le marché est utilisable pour ces ­ravalements.

Ces mortiers sont en général constitués d’un mélange de chaux aérienne et de sable de rivière lavé et de produits dopants. Si le fabricant utilise de la chaux hydraulique dans son mélange, il doit obligatoirement proposer une couche intercalaire, entre le plâtre et l’enduit. Différents industriels se concurrencent sur ce marché : Saint-­Astier propose plusieurs produits à base de chaux naturelle (mortiers, enduits ou badigeons). Lafarge offre deux mortiers traditionnels à la chaux, le Parexal et le Parlumière. Weber & Broutin propose un gamme étendue de produits compatibles avec le plâtre. Vega Industrie produit un système complet de réparation et finition, renforcé par un entoilage à base de chaux aérienne colorée dans la masse. La méthode d’application est en fait presque toujours la même, très proche de celle effectuée pour les MPC de base. Le choix de la technique repose sur l’étude approfondie de la façade. Il faut connaître précisément la nature des composants du mur à rénover. En matière de ravalement, la règle est simple : le ciment appelle le ciment, la chaux hydraulique, de la chaux hydraulique, la chaux aérienne, de la chaux aérienne, le plâtre, le plâtre ou le plâtre et chaux…

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