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Rajeunissement de la norme NF P 18-201 sur les bétons courants

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Rajeunissement de la norme NF P 18-201 sur les bétons courants

© (Doc. Didier. Chatelain.)

Le DTU 21 de septembre 1984 qui avait été transformé tel quel en norme NF P 18-201 en mai 1993 vient d’être mis à jour en mars 2004. Une révision qui tient plus du contexte européen que d’une évolution significative des conditions d’exécution des ouvrages en béton. Explications et commentaires de Jean-Marie Paillé, spécialiste des structures en béton à la direction des techniques et des méthodes de Socotec.

Quoi de plus banal aujourd’hui qu’un voile ou une dalle en béton ? Pourtant, cet extraordinaire matériau composite est le plus récent des matériaux de construction. Depuis l’arrivée du « ciment armé » dans la construction (début xxe), les méthodes de calcul et les technologies se sont affinées. Aujourd’hui, elles sont d’une maturité incontestable. Cependant, les nouveautés que sont les bétons à hautes performances ou les bétons de fibres ne sont pas visés par les normes actuelles !

Les Cahiers techniques du bâtiment : Pourquoi avoir révisé ce DTU, alors que l’exécution des ouvrages courants en béton ne semble pas avoir évolué ?

Jean-Marie Paillé : Sur le plan purement technique, la nécessité d’une mise à jour ne s’imposait pas. En fait, la nécessité de cette révision est plutôt liée à l’évolution de la normalisation européenne et à la mise en cohérence de nos textes avec la norme NF EN 206-1 de février 2002. Cette dernière vise la spécification, les performances, la production et la conformité du béton. Elle a des répercussions sur deux ­documents français : le DTU 21 et le fascicule 65 A du CCTG relatif aux marchés publics de travaux. Sans apporter de véritable révolution technique, la NF EN 206-1, qui vise aussi bien les bétons prêts à l’emploi que les bétons de chantier, a pour intérêt de constituer la référence unique pour toutes les caractéristiques des bétons utilisés pour les ouvrages courants.

CTB : Quelles sont les principales nouveautés de la NF P 18-201 ?

J-M. P. : On peut citer cinq nouveautés ou modifications qui portent soit sur des définitions, soit sur les problèmes liés au contrôle des bétons.

Dans le domaine des définitions, les anciens « bétons à caractères normalisés » (BCN) sont remplacés par la notion de « bétons à propriétés spécifiées » (BPS). Les caractéristiques de ces BPS (rapport E/C, classe de résistance, teneur en ciment, etc.) sont définies en fonction des classes d’exposition. Celles-ci sont maintenant au nombre de 18 et s’échelonnent de la classe X0 aux classes XA, ces dernières caractérisant les milieux les plus agressifs.

Par ailleurs, les anciens « bétons à caractères spécifiés » (BCS) sont remplacés par la notion de « bétons à composition prescrite » (BCP). Dans ce cas, le demandeur précise la composition désirée en fonction de l’usage prévu (dosage, type de ciment, E/C, granulats, adjuvants, etc.).

Une autre série de définitions de l’ancien DTU 21 concernait les catégories de chantiers qui étaient au nombre de cinq (A, B, C, D et E). Le nouveau texte ne considère plus que 3 catégories : la catégorie A vise les petits ouvrages, les anciennes catégories B et C sont réunies en une seule, la catégorie B, qui concerne les ouvrages courants de moins de 16 étages. La nouvelle catégorie C regroupe les IGH et les ouvrages de grande dimensions ou à fortes charges. Les particularités de l’ancienne catégorie E peuvent se trouver dans n’importe quel type d’ouvrage, même les plus petits, ce qui conduit aux trois autres catégories : PA, PB et PC.

CTB : Quelles sont les conséquences du classement d’un ouvrage dans l’une de ces catégories ?

J-M. P. : Cela concerne essentiellement les modalités de contrôle des bétons. Ainsi, pour la catégorie A, il n’est pas demandé de contrôle de résistance pour les bétons à composition prescrite, à partir du moment où les résistances sont minorées et les dosages plus importants. Le DTU donne des valeurs types de résistance, en fonction des dosages en liant. Par exemple, un dosage de 350 kg de ciment par m3 de béton devrait permettre quoiqu’il arrive – c’est-à-dire avec les initiatives intempestives possibles sur chantier (ajout d’eau par exemple) – d’obtenir une résistance minimale en compression à 28 jours de 16 Mpa. Bien sûr, ces limites ne sont plus applicables si les conditions de contrôle sont analogues à celles des chantiers d’une autre catégorie.

Pour les autres catégories, pour les bétons à propriétés spécifiées et pour les bétons à ­composition prescrite de chantier ou prêts à l’emploi, un tableau récapitule toutes les exigences de contrôle en fonction notamment des quantités de béton mises en œuvre.

Mais la grande nouveauté du DTU 21 réside dans la procédure d’alerte définie par l’annexe normative A.

CTB : En quoi consiste cette procédure ?

J-M. P. : L’objectif est de détecter le plus tôt possible une éventuelle divergence de la résistance du béton par rapport aux exigences du marché. La procédure s’applique aussi bien au béton de chantier qu’au béton prêt à l’emploi. En effet, il n’est pas exceptionnel d’observer des anomalies conduisant à des résistances à 28 jours inférieures à celles attendues.

Pour éviter de se trouver dans cette situation, la procédure d’alerte impose de réaliser des essais le plus tôt possible à partir de 7 jours. La résistance obtenue à cet âge est désignée par la notation fa28. En fonction de la valeur de fa28 par rapport à la valeur fck28 du projet, diverses dispositions sont prévues pour analyser la situation et prendre le plus tôt possible les mesures nécessaires.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°243

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