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Quelles filières pour les matériaux locaux ?

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Quelles filières pour les matériaux locaux ?

Quatre séries de salles de classe sont en construction au collège de Papaïchton en Guyane. La maîtrise d’œuvre a été confiée à l’agence d’architecture JAG (Jungle Architecture Group) qui privilégie les essences de bois locaux : pour les poteaux, du wacapou, pour la charpente, du gonfolo, pour les bardeaux, du bois d’angélique, pour la structure, de l’ébène verte et pour le plancher, du saint-martin rouge. (Doc. JAG Architectes.)

L’exploitation de ressources et de matériaux locaux nécessite la création et la pérennisation des filières. Gros plan sur ce chantier situé dans les DOM-TOM illustrant bien cette problématique.

Une des cibles d’un chantier HQE réside dans l’utilisation de matériaux durables et locaux.

Cependant, malgré l’intérêt écologique de cet objectif sur des territoires isolés en pleine mer, telles les îles des DOM-TOM, les matériaux de construction sont en grande partie importés depuis l’Europe. Il est vrai que la priorité est davantage à la préservation du patrimoine naturel et à la fermeture des carrières clandestines.
À la fin du xix e siècle, la rareté du bois de construction était déjà patente aux Antilles ou à Madagascar après plusieurs siècles de colonisation et accélérait l’érosion des sols. Les récifs de coraux étaient détruits à l’explosif, afin d’en faire de la chaux, à l’instar de Mayotte ou de la Réunion. Au-delà des usages artisanaux, comme la petite production locale de bois mahogany pour l’ébénisterie à la Martinique, l’enjeu est pourtant d’arriver à développer de manière durable des filières locales. Isabelle Claudepierre, ingénieur et directrice de Sicle AB (société d’ingénierie conseil), a conscience de l’ampleur de la tâche : « Les ressources locales sur l’Ile de la Réunion sont maigres, avec peu de couvert végétal et peu de terre facilement lessivée par les pluies. En revanche, nous avons des galets, du basalte massif pour les murs ou les dalles et du tuf. Nous pouvons extraire des granulats noirs pour le béton, mais tout le reste est importé comme le clinker ou le ciment. La très grande majorité des matériaux transitent par la France, même pour ceux provenant d’Asie. »

De la pierre volcanique à la brique de terre

Parmi les pistes locales explorées, le recyclage par exemple de pneus anciens, le recours aux matériaux volcaniques (basalte, scories) ou les plantations durables. Dans ce contexte, le béton grand consommateur d’eau a néanmoins l’avantage d’être en grande partie issu de ressources locales, au moins pour le granulat et le sable. À condition de ne pas commettre une des erreurs faites au début du xx e siècle aux Antilles où pour fabriquer le béton en remplacement du bois, le sable marin était exploité, alors que ses grains sont trop lisses et le sel présent trop corrosif. Actuellement, les granulats et le sable sont obtenus par concassage dans des carrières qui font l’objet d’un suivi, tant lors de leur exploitation (émission de poussière) que lors de la remise en état du site.
Sur l’Ile de la Réunion, la ressource la plus abondante est la pierre volcanique. Celle de qualité noble est utilisée en dalles ou en façades, celle de moindre qualité en granulats. Holcim exploite également une carrière de pouzzolane à Saint-Pierre. La société HACLave, créée en 2005, a breveté un béton à base de scories qui est utilisé en parements, mais sa production n’a pas encore dépassé le stade artisanal. Quant à la terre, rare sur l’Ile de la Réunion, elle est plus abondante ailleurs. Aux Antilles, la seule briqueterie est celle de la Poterie des Trois-Ilets à la Martinique, qui met en avant sa brique « parasismique » à alvéoles horizontales. En Guyane, en revanche, pas de risques sismiques et les briques sont fabriquées à Saint-Laurent-du-Maroni depuis l’époque des bagnards.

Plantations durables

Handicapé par un déficit d’image, le bois est rare et cher sur les îles. Que ce soit aux Antilles ou à la Réunion, le bois d’œuvre de charpente et de construction est importé d’Europe dans le cas de résineux traités (pins de classe IV) ou du Brésil. Pourtant l’ONF a replanté à grande échelle il y a cinquante ans. Mais aux Antilles les pentes abruptes des montagnes et les rivières à traverser rendent l’exploitation difficile et peu rentable.
À la Réunion, explique Isabelle Claudepierre : « Des monoplantations de cryptomerias, venant du Japon, ont été plantées en grande quantité dans les années 50 par l’ONF. Au Japon, ce bois solide est utilisé pour la construction, mais ici sa pousse trop rapide ne lui donne pas la résistance voulue. Il faudrait pourtant arriver à l’exploiter pour replanter de manière plus diversifiée. »
La Guyane espère en revanche mieux valoriser ses ressources. Sa forêt tropicale qui recouvre 96 % de son territoire, est gérée avec prudence par l’ONF. Ses 2,4 millions d’hectares de forêt aux essences de qualité, au bois très dur, vont en 2012 être certifiées en totalité PEFC et sur de premières parcelles FSC.

N°312

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