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Quand le DCE se dématérialise

Jacques Rolland

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Quand le DCE se dématérialise

Christèle Andrieu, directrice développement et patrimoine de l'Office public de l'habitat de l'Agglomération de La Rochelle, expérimente un projet de construction neuve pour lequel une maquette numérique est fournie avec les autres documents du DCE.

© OPH LR

La transformation numérique du dossier de consultation des entreprises est une étape importante de la démarche BIM. Trois maîtres d'ouvrage en ont expérimenté le principe. Avec succès.

Est-il maintenant possible, dans le cadre des appels d'offres d'opérations relevant du Code des marchés publics (loi MOP), de proposer aux soumissionnaires un DCE entièrement numérique ? La démarche est au cœur du processus BIM et c'est tout l'enjeu des nouveaux échanges dématérialisés. Habituellement, le DCE est constitué d'un ensemble de documents lourds à produire et à échanger entre maîtrise d'ouvrage, maîtrise d'œuvre et entreprises candidates. Leur dématérialisation faciliterait la passation des marchés et le suivi de leur exécution. Reste à établir les processus.

Trois maîtres d'ouvrage se sont engagés dans la démarche, dans le cadre d'une expérimentation lancée par le PTNB (Plan de transition numérique du bâtiment) courant 2018. Chacun sur une opération différente : tertiaire, collectif neuf, réhabilitation. Le premier, le Conseil départemental du Val-d'Oise, avait deux objectifs, détaillés par Stéphane Bossu, chef de projet programmiste au service Bâtiments. « D'abord, mettre en place un outil de communication avec la MOE afin de réaliser une maquette numérique normalisée, utilisable pour échanger avec les utilisateurs du projet. Ensuite - et le plus important - aboutir à élaborer un dossier des ouvrages exécutés - ou DOE - sous forme d 'un avatar dématérialisé du bâtiment. Un avatar exploitable en maintenance à long terme du bâtiment et de ses équipements. Pour ne plus devoir entasser des nombreux et volumineux documents papiers. »

Intégrer les acteurs et formaliser les méthodes

De son côté, après une première expérience visant à reproduire en BIM la démarche d'un projet architectural déjà construit classiquement (Atelier BIM Virtuel) et un premier test de DCE numérique léger, Christèle Andrieu, directrice développement et patrimoine de l'Office public de l'habitat de l'Agglomération de La Rochelle (OPH LR) cherchait à définir les mécanismes nécessaires à une bonne intégration du numérique entre acteurs. Quant à Leslie Buche, ingénieur en économie de la construction et BIM manager chez AEA, son projet visait à formaliser les méthodes et les échanges numériques et les confronter à la grande disparité des niveaux de compétences numériques des entreprises de construction.

Le dénominateur commun des trois démarches ? Proposer, en complément des documents classiques du DCE, une maquette numérique du projet qui soit accessible aux entreprises désirant soumissionner, puis de l'enrichir pour élaborer le DOE avec celles qui ont été choisies pour réaliser le chantier. La rédaction préalable d'une convention BIM a été indispensable pour organiser les protocoles d'échanges pour faciliter les transferts.

Concrètement, les données du DCE ont ensuite été stockées dans un dossier dématérialisé sur la plateforme publique Kroqi. Dossier dont le volume varie entre 800 Mo et 1,5 Go. Outre les pièces habituelles, il comporte le Cahier des clauses techniques particulières (CCTP) et les descriptifs sous forme de fichiers texte et de PDF, de tableaux détaillant les lots, les quantitatifs ou les métrés, des plans, des scans ou des images consultables aux formats PDF, PDF3D ou DWG, et surtout l'ensemble des maquettes numériques (architecture, chauffage, plomberie, électricité, structure… ) intégrant des objets génériques au format IFC afin d'être exploitable par toutes les applications métier. C'est là que la plupart des problèmes sont apparus, en raison du manque d'interopérabilité entre systèmes.

L'interopérabilité des échanges à l'épreuve

« Dans notre projet de collège, détaille Stéphane Bossu, Atrium Architecture fonctionne sous All-Plan, l 'architecte associé YC A fait appel à ArchiCad, alors que le Conseil départemental et le BE Tribu En-ergie utilisent Revit. » Or, chaque logiciel possède ses propres spécificités vis-à-vis de la norme IFC.

« Pour assurer l ' interopérabilité des échanges, il est alors nécessaire de choisir quels éléments doivent figurer dans chaque maquette, souligne Thierry Parinaud, BIM Manager de l'opération. Par exemple, pour exporter le fichier vers un BET ou une entreprise de gros œuvre, il faudra filtrer les calques de second œuvre et donc décocher les cases 3D correspondant à des filtres pour n'envoyer que les éléments porteurs et les baies libres des portes et fenêtres. » À partir de la maquette native, il faudra donc exporter plusieurs maquettes, adaptées à chacun des lots pour que le partenaire qui l'importe puisse travailler. Reste que le transfert des données provoque toujours des pertes d'informations. Pour pallier cet inconvénient, Leslie Buche a trouvé une solution simple : mémoriser toutes les informations utiles dans les données ID associées à chaque objet constituant la maquette numérique. C'est en effet le seul élément qui perdure intégralement dans tous les transferts.

Christèle Andrieu, elle, a misé sur la pédagogie.

« Nous avons organisé des réunions d'études entre concepteurs du projet pour définir très précisément les formats et les modèles d'échanges. Par rapport à un déroulé normal d'opérations, les processus sont bien plus aboutis. Nous avons aussi sollicité certains éditeurs de logiciels afin d'éliminer leurs bugs sur les échanges IFC. Cela montre qu' il est désormais possible de réaliser des appels d'offres intégrant le BIM, alors qu'auparavant ce n'[…]

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