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Priorité à l’intelligibilité des messages

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Priorité à l’intelligibilité des messages

Conçue par le cabinet d’architectes DRLW qui a fait appel à l’acousticien Jean-Paul Lamoureux, la nouvelle aérogare de Brest (29) en forme de raie manta a été mise en service fin 2007. L’imposante couverture a été traitée phoniquement avec une double peau. Le sous-plafond a été recouvert d’un matériau absorbant. Quelque 2,50 mètres plus bas, des bâches ont été tendues recouvertes de mousse de mélanine. Le résultat est une absorption proche de 1. (Doc. F.P.)

Les aérogares sont des lieux vivants et bruyants, où la bonne intelligibilité des messages sonores est à prendre soigneusement en considération dès la conception.

Les halls d’accueil au public des aérogares sont des volumes très importants, capables d’atteindre une hauteur sous plafond de 25 m. Le risque est d’en faire des lieux très bruyants et réverbérants. L’acousticien David Peau complète : « Dans ces grands volumes avec des dimensions disproportionnées, les lois acoustiques empiriques montrent leurs limites. D’autant que les matériaux ne sont pas répartis de manière homogène et que parfois, les volumes sont couplés ». Résultat : la bonne intelligibilité des messages sonores est souvent difficile à obtenir sans une étude particulière d’un spécialiste.

La démarche de certains aéroports dits « silencieux », qui choisissent de réduire totalement ou partiellement leurs annonces sonores, comme à Oslo, Bilbao, Birmingham, Dubaï ou Luton près de Londres, ne résout ni le problème du bruit ambiant, ni celui de l’intelligibilité des messages de sécurité. Pour l’acousticien Jean-Paul Lamoureux : « Trois facteurs importants sont à prendre en compte, afin d’obtenir une bonne intelligibilité : le rapport signal sur bruit ambiant, le contrôle de la réverbération et un bon design de la sonorisation ». L’architecte et l’acousticien doivent aussi veiller à réduire le bruit du réseau de ventilation et à renforcer l’isolation acoustique de la façade côté piste avec un feuilleté acoustique dans le vitrage et une menuiserie isolée. Ils doivent dans l’idéal travailler de concert non seulement en conception, mais aussi en suivi de chantier.

Traitement des surfaces

« Le confort acoustique des espaces intérieurs est aussi important que l’espace et la lumière pour lutter contre le stress, résume l’architecte Denis Dietschy. L’action principale consiste à poser des absorbants au plafond ou sur les parois latérales opaques disponibles. À l’aéroport de Bâle-Mulhouse (68), nous avons posé un absorbant phonique en sous-face derrière un parement qui, suivant les zones, est de l’alu thermolaqué, des plaques de plâtre perforé ou une carrosserie en mailles alu. » Le plafond largement vitré de cette aérogare permet un éclairage naturel zénithal assez important. L’acousticien Jean-Paul Lamoureux a fait placer des grilles absorbantes devant les vitrages. Des demi-tubes métalliques de diamètre 50 mm, fendus en deux et emplis de laine minérale, viennent piéger en partie le son et servir de brise-soleil. « Pour être efficace le traitement doit être proche des usagers, complète l’acousticien Stanislas Gandon. Nous traitons ainsi localement l’extérieur des volumes contenant les locaux administratifs et les commerces, par exemple avec des lattes de bois ajourées dissimulant du feutre ou de la laine minérale. » Et l’acousticien Jean-Philippe Delhom de préciser : « De manière générale, la protection que ce soit un revêtement en tôle, plâtre ou bois, permet de capter les résonances, donc les basses fréquences et l’isolant absorbe les médiums aigus ».

Cahier des charges sur mesure

Dans ces grands espaces, le critère mesuré par les acousticiens est celui de l’atténuation par doublement de distance, qui dépend de la répartition des matériaux absorbants. Dans la nouvelle aérogare de Brest (29) réalisée par l’architecte Denis Diestchy, Jean-Paul Lamoureux a visé un objectif d’atténuation par doublement de distance de 3,5 dB(A). Le réel oscille entre 3,3 et 3,6. Concernant l’isolation acoustique des façades généralement vitrées côté pistes, ADP (Aéroports de Paris) demande un indice d’affaiblissement acoustique pour les bruits aériens Ra,tr compris entre 35 à 40 dB. À titre d’exemple, les objectifs sur l’aérogare de Brest étaient de 36 dB en façades latérales et de 38 Ra,tr côté piste. Pour le hall D de Toulouse-Blagnac (31), sur lequel Delhom Acoustique a travaillé, l’objectif était de 35 dB(A) RRoute côté pistes et de 32 dB(A) côté ville. Quant au bruit de fond des équipements techniques, principalement dû à la diffusion de la ventilation, l’objectif est généralement compris entre 40 et 45 dB(A). Le traitement classique porte sur des pièges à son, de la laine minérale sur les gaines, des diffuseurs silencieux... Sur ce sujet Jean-Paul Lamoureux recommande « des systèmes de diffusion d’air frais par déplacement à basse vitesse, qui réduisent les bruits. Ils sont plus coûteux, mais l’objectif de 40 dB(A) est atteint sans problème ».

Sonorisation : rendre intelligibles les messages

Comme pour les autres lieux accueillant du public, la réglementation concernant la sonorisation de sécurité impose un STI (index de mesure de l’intelligibilité de la parole) de minimum 0,5 (50 %). Mais comme ses confrères, Jean-Paul Lamoureux préconise plutôt un STI « de 0,60 à 0,65, mesuré à une hauteur de 1,50 m du sol ». La conception d’une bonne sonorisation s’appuie sur une simulation acoustique en amont, et se concrétise avec des équipements de qualité, avec des enceintes dont la courbe de directivité est connue. « Le choix du matériel va dépendre de la hauteur sous plafond, résume l’acousticien Stanislas Gandon. Si la hauteur est inférieure à cinq mètres, les enceintes peuvent être encastrées dans le faux plafond. Au-delà et jusqu’à huit mètres environ, les enceintes sont toujours fixées au plafond, mais avec une directivité contrôlée en temps réel. Encore au-delà, une solution réside dans les colonnes actives à directivité contrôlée ».
Afin de réduire la réverbération, une autre approche est celle d’un calepinage serré de petites enceintes fixées à faible hauteur ou au sol, délivrant un niveau sonore pas trop élevé.

N°320

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