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Prévenir les risques à l’hôpital : une exigence absolue

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Prévenir les risques à l’hôpital : une exigence absolue

Alexandre toesca,président de l’Association des ingénieurs hospitaliers de France.

© (Doc. DR.)

La société désire se prémunir de tout danger et le ­public revendique un risque 0 pour les établissements de santé ! Cet idéal est devenu une obsession pour notre profession. Pour s’en approcher, nous défendons le principe d’une vigilance permanente dès la programmation des projets de construction et d’équipement et une gestion globale des risques techniques et sanitaires lors de l’exploitation.

En premier lieu, il s’agit de veiller à l’application des obligations réglementaires et des acquis de l’expérience. Beaucoup d’événements indésirables sont causés par des erreurs, un manque de préparation et des oublis qui surviennent lors des études, des choix des prestations, de la réalisation et des réceptions. Résultats : des nuisances qui indisposent les patients en provoquant des situations d’inconfort (dysfonctionnements des installations, bruit, insé­curité…) et qui rendent le travail des agents plus pénible. Mais aussi des menaces plus graves sur la sécurité des personnes et des biens (pollutions chimiques de l’air, incendies, contaminations bactériennes…).

Pour éviter toute impasse sur la sécurité, les ingénieurs hospitaliers préconisent différentes recommandations. Tout d’abord, intégrer les concepts de continuité de service, de sûreté de fonctionnement et de pérennité des installations dès les programmes techniques détaillés. Les spécifications techniques doivent être très précises afin de ne pas être sujettes à interprétation par les futurs candidats à la maîtrise d’œuvre. Celle-ci se verra confier une mission complète plutôt qu’une mission de base. Quant aux bureaux d’études et de contrôles, ils seront tenus responsables des fautes qu’ils pourraient commettre. Il revient ensuite aux futurs exploitants techniques de l’établissement de surveiller la qualité des prestations des bureaux d’études et des entreprises.

Sur tous ses projets, le maître d’ouvrage devra préférer des réductions de surfaces aux économies sur les prestations techniques.

Mais ces mesures ne suffisent pas à garantir l’absence totale de danger à la livraison des bâtiments. La sécurité dépend aussi d’une maintenance et d’une gestion performantes du patrimoine. Pour ces missions, il faut disposer de moyens humains et techniques suffisants. Il est nécessaire de faire évoluer ­l’organisation car le cloisonnement actuel des services est un facteur aggravant du risque.

Dans cette perspective, un Centre équivalant à une salle de régulation, de type Samu, pourra être créé. Toutes les déclarations d’événements perturbateurs lui seront adressées. Cette unité aura pour particularité d’être constituée de personnels techniques issus des secteurs immobiliers et biomédicaux mais aussi de personnels médicaux et de soins : une mixité de compétences qui facilitera l’évaluation des risques et la définition de solutions adaptées au degré de criticité des situations. Le Centre reposera sur un réseau d’utilisateurs vigilants chargés de déclarer les événements ­indésirables, les incohérences, de transmettre toutes les demandes de réparation et de proposer des améliorations. Ces professionnels seront assistés par des systèmes de surveillance informatisés qui détecteront en temps réel les pannes ou les écarts vis-à-vis des valeurs de référence.

À l’instar des risques sanitaires qui font l’objet de multiples précautions, les risques techniques doivent bénéficier d’une technovigilance. L’observation continue des événements indésirables doit permettre de prendre des mesures correctrices en cours d’exploitation et si possible d’élaborer des recommandations. Et ce, afin de prévenir les dysfonctionnements dès la conception des bâtiments et l’élaboration des cahiers des charges des équipements. Seul un chef de projet issu de la maintenance et de l’exploitation hospitalière peut assurer ce rôle, en coopération avec les professionnels médicaux.

En matière de sécurité, rien ne remplace l’expérience vécue de l’hôpital et de ses contraintes. C’est ce savoir que nous souhaitons promouvoir à l’intérieur et à l’extérieur des structures ­hospitalières.

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