Nous suivre Les Cahiers Techniques du bâtiment

Près de 17 ans après sa création, la BNF repense ses accès

Sujets relatifs :

Près de 17 ans après sa création, la BNF repense ses accès

Une fois le Travelator Est en bordure de l’atrium central supprimé, l’entrée de la BNF se fera ici, avec une passerelle élargie donnant dans la cour actuellement située entre les T2 et T3. Deux nouveaux ascenseurs libres d’accès aux personnes à mobilité réduite seront aussi installés. (Docs. H.d’E.)

Dépouillé à l’origine, le site de Tolbiac de la Bibliothèque nationale de France s’est progressivement humanisé. Une étape vient d’être franchie avec la création d’un nouvel accueil et des aménagements ouverts sur des espaces de vie.

1 PROGRAMME Quatre IGH et un toit esplanade

À l‘origine, l’entrée de la Bibliothèque nationale de France François-Mitterrand devait être majestueuse, face aux berges de la Seine. Là où se situe l’actuel accès du parking administratif, sous la passerelle Simone-de-Beauvoir édifiée en 2006.
Mais cet espace qui devait être piéton est resté ouvert à la circulation automobile. L’entrée prévue de plain-pied a donc été abandonnée en fin de projet, ce qui a obligé l’architecte à s’adapter. Résultat : l’accès a été créé au centre du bâtiment, en bordure de l’atrium central, avec deux gigantesques Travelators (tapis roulant incliné) à l’est pour l’entrée, et à l’ouest pour la sortie. Moins pratique, moins visible, moins élégant.
Mais cette anecdote ne doit pas cacher le gigantesque projet qui a été réalisé à l’époque. Une prouesse architecturale conçue et réalisée par un jeune architecte, Dominique Perrault, âgé de 36 ans, lorsqu’il remporte le concours en 1989. « Construire quatre immeubles de grande hauteur pour un établissement recevant près d’1 million de visiteurs par an et dont le toit du bâtiment principal est une esplanade, il fallait y penser et le réaliser », admire Pierre-Henry Colombier, adjoint au directeur de l’administration et du personnel du site.
Les chiffres donnent le tournis : 375 mètres de long, quelque 200 mètres de large, 180 000 tonnes de béton, 18 000 tonnes d’acier, 8 128 vitrages, 5 876 rayonnages mobiles, 30 millions de documents dont 14 millions de livres stockés. Chaque tour possède 22 étages avec, du bas vers le haut, deux paliers dits « de lumière », sept de bureaux, onze de magasins et deux niveaux techniques. Chacune a sa propre personnalité avec un espace de réception au 18 e étage de la tour des Lois (n° 2), une centrale de réfrigération installée côté ouest, et des échangeurs de refroidissement au sommet des tours 1 et 4 (à l‘ouest). Au milieu, un jardin ou plutôt une véritable forêt de 12 000 m 2 qui vit son propre écosystème. Ici, tout est structuré de façon orthogonale selon des modules de 3,6 m.
Dix-huit ans après son inauguration en mars 1995, comment ce gigantesque paquebot ancré en bordure de Seine a-t-il vieilli ?

2 ÉTAT DES LIEUX Un nouvel accès financé par le privé

La BNF a toujours souffert d’un accès peu visible et malcommode par l’atrium central. Les Travelators sont une source d’aléas techniques avec de nombreuses pannes, des blocages. Il a fallu arrêter le tapis en descente à l’est en raison du risque de glissade. Quant aux personnes peu mobiles, elles doivent appeler un service particulier qui vient les chercher en ascenseur...
La première réflexion sur l’organisation de l’esplanade est conduite en 2008. Philippe Maffre et son agence d’architecture [MAW], associée à l’agence LDesign pour le design, à Handigo pour l’accessibilité et au bureau d’études Estia pour le développement durable, conçoivent et réalisent les travaux en 2009-2010, en trois parties. D’abord le « Cheminement garanti », avec la création d’un parcours fléché pour accueillir et orienter le visiteur. Des motifs en bandes de métal antidérapant tracent la voie. Ce marquage reçoit en surépaisseur des bandes de guidage à la canne et six bornes sonores pour malvoyants.
Le dispositif guide le public jusqu’au Hall Est, point d’accueil principal de la Bibliothèque. Ensuite, deux totems de 12,80 m de haut, intégrant un plan tactile sur pupitre, marquent le seuil de la BNF depuis l’avenue-de-France côté sud, et la passerelle Simone-de-Beauvoir au nord.
Enfin, des bancs publics à différentes hauteurs d’assise sont répartis sur le parcours. Il n’y en avait pas lors de la construction.
La deuxième intervention, plus lourde, traite de l’accès général et vise à transformer les espaces intérieurs en lieu de vie. Une autre étude lancée en 2008-2009 propose d’abandonner le Travelator Est et d’ouvrir une nouvelle entrée sur le parvis. L’idée est aussi de créer à l’est un espace de restauration convivial et à l’ouest un grand café. Pour financer l’opération, la direction propose d’exploiter un espace inutilisé (réserve foncière) en haut de jardin, entre les deux Tours Est, pour abriter une activité commerciale concédée.
Lancé en 2010, un appel à projet sélectionne le dossier MK2, afin de créer quatre salles de cinéma art et essai de 125 places chacune. Le montage de la concession (Autorisation d’occupation temporaire, AOT) sur trente ans, assurera le financement des travaux de l’accueil de la Bibliothèque par le prestataire, en contrepartie d’une redevance réduite. L’accès général (Bibliothèque et MK2) se fera par une passerelle élargie, donnant dans la cour existante entre les T2 et T3, et deux nouveaux ascenseurs librement accessibles. La dépose du Travelator Est redonnera de la lumière au hall d’accès qui sera entièrement réaménagé.
Une troisième réflexion en cours concerne les équipements et la consommation énergétique. La BNF possède l’une des plus importantes GTC d’Europe (30 000 points câblés et 200 000 informations), mais reste très énergivore. Elle produit son propre froid avec des groupes de compresseurs à vis, et consomme la vapeur fournie par la CPCU (Compagnie parisienne de chauffage urbain) pour son chauffage. Le budget des énergies (CPCU, fluides, eau, électricité, gaz, fioul) est de 3,8 ME/an. L’équivalent en électricité d’une ville de 16 000 habitants.

3 BILAN La vie s’est installée

Progressivement, la BNF s’est humanisée. Elle se transforme en un espace ouvert à un grand nombre de visiteurs. « Il y a dix-sept ans la demande n’était pas la même, et nous savons bien qu’elle va encore évoluer, à nous de nous adapter », considère Pierre-Henry Colombier. Déjà, des stations ambulantes et bientôt des « centres de ressources multimédia » vont être disséminés dans les couloirs et les salles de lecture. Ils assurent la vie de l’espace et une approche avec la communauté scientifique.
La forêt centrale a pris une très grande élégance. Les pins d’origine poussent dans 5 mètres de terre, leur système racinaire s’est développé horizontalement et leurs longs troncs nécessitent d’être haubanés. Ceux qui ont chuté lors de la tempête de 1999 ont été remplacés par des hêtres et des bouleaux, plus solides. Les coupes de bois sont laissées sur place pour nourrir les insectes et la biomasse. Le site même est labellisé « Grand refuge de la Ligue de protection des oiseaux ». Un inventaire dynamique des insectes y est conduit par le Muséum national d’histoire naturelle.
Enfin, la BNF réduit sa dépense en énergie. Mais compte tenu du prix des énergies, cela se fait à coût constant. Depuis 2007, la consommation diminue sensiblement, mais ces réductions en volume ne compensent pas l’augmentation des coûts unitaires. C’est aussi le résultat d’une campagne conduite auprès du personnel, avec des consignes claires, pour allumer et éteindre les lumières, régler les chauffages, optimiser les équipements techniques.
Dans les bureaux et les salles de lecture, la température est de 21 ° à 22 °C. Dans les magasins, la régulation est constante à 18 °C et une hygrométrie à 55 %. Pour l’avenir, la BNF planche avec les conservateurs pour définir les écarts tolérables, afin de gérer plus finement encore la dépense énergétique.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°325

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2013 des Cahiers Techniques du Bâtiment

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news hebdo Cahiers techniques du batiment

Nous vous recommandons

Panneaux solaires hybrides, la quête du rendement

Panneaux solaires hybrides, la quête du rendement

Avec moins d'encombrement et un meilleur rendement, les solutions solaires de production d'électricité et de chaleur ont le vent en poupe. Mais leur pertinence économique face au photovoltaïque seul n'est[…]

02/07/2019 | ChantierTechnipédia
Lille investit dans sa Bourse

Lille investit dans sa Bourse

Un écrin design au double mur de béton

Un écrin design au double mur de béton

Inauguration de L'Arbre blanc, à Montpellier

Inauguration de L'Arbre blanc, à Montpellier

Plus d'articles