Nous suivre Les Cahiers Techniques du bâtiment

Dossier

Pour le confort et la sécurité, la lumière fait loi

Sujets relatifs :

Pour le confort et la sécurité, la lumière fait loi

Située au sous-sol de l’aéroport de Dublin (Irlande), la zone d’embarquement « Area 14 » bénéficie d’un éclairage à la fois fonctionnel et ludique, réalisé à base de led. Les 58 suspensions lumineuses (environ 3 m de diamètre) sont éclairées de l’intérieur par des profilés (iColor Cove QL, Philips Lighting) pilotés individuellement par DMX. Le cycle des changements de couleur est adapté au temps d’attente des passagers lors de l’enregistrement. (Doc. Philips Lighting.)

La lumière, dans les aérogares, doit procurer une ambiance confortable pour assurer le bien-être des voyageurs et participer au guidage visuel. L’étude de l’éclairage ne peut, dans ce contexte, être dissociée de la conception même du bâtiment, en associant maîtrise de l’énergie et mise en valeur des espaces.

De manière générale, l’éclairage doit répondre à des exigences en termes de niveaux d’éclairement, de contrôle de la lumière, c’est-à-dire limitation de l’éblouissement et atténuation de contrastes, de niveau d’uniformité et créer, par ailleurs, des ambiances confortables et agréables. Indissociables, ces critères constituent la base fondamentale de la qualité de la lumière, et si certaines valeurs doivent être respectées, la mise en lumière doit s’adapter, voire s’intégrer, à l’architecture de chaque bâtiment.

« La lumière constitue un matériau à part entière », Paul Andreu a été le premier à exprimer, ainsi, l’utilisation que l’on peut faire de la lumière qu’elle soit de jour ou artificielle. Déjà, dans la gare d’interconnexion de Roissy - Charles-de-Gaulle, l’architecte en chef d’Aéroports de Paris avait joué sur la combinaison d’ombres, de blancheur et de lumière pour obtenir une impression de quiétude dans un lieu toujours en mouvement. Le passager doit bénéficier d’une lecture simple de son environnement pour se diriger aisément, ou patienter en toute tranquillité dans un espace où il n’est qu’en transit, mais où les difficultés doivent être réduites au minimum.
Cette gestion, ou plutôt cet ordonnancement des informations dans l’espace s’effectue autant par la recherche de l’effet souhaité que par des systèmes d’éclairage efficaces et intelligents.
C’est dans cet esprit que les architectes d’ADP ont conçu le réaménagement du Terminal 1 Roissy - Charles de Gaulle, privilégiant de larges apports de lumière naturelle qui pénètrent dans les sept satellites. Le principe de rénovation reposait sur une reconfiguration spatiale et visuelle qui tenait compte à la fois de l’augmentation du trafic aérien et des nouvelles procédures d’embarquement et de contrôle. Les architectes se sont attachés à repenser la logique des satellites en conservant la structure initiale. Ainsi, dans le satellite 7, de vastes salons d’attente ont été créés, des commerces ont été ouverts et les volumes intérieurs redessinés. Le studio Vicarini, sélectionné dans le cadre du marché à bon de commande, a été chargé de l’assistance à maîtrise d’œuvre et de la conception lumière. Pour Charles Vicarini : « Il s’agissait autant d’établir un diagnostic que de définir un nouveau projet d’éclairage. J’ai travaillé très en amont avec les ingénieurs d’ADP, et nos réflexions évoluaient de concert sur le concept architectural et celui de l’éclairage. Nous étions liés par les mêmes contraintes portant sur la sécurité, le confort, les ambiances lumineuses, mais aussi les consommations d’énergie. Les phases de diagnostic nous ont permis d’avoir de nombreux échanges à chaque étape ».

L’éclairage comme élément d’architecture

La lumière s’inscrit donc dans l’architecture pour façonner les différentes zones en fonction de leurs usages, de leur aménagement et des niveaux d’éclairement requis. L’idée d’une lumière blanche rassurante et qui se marie avec la structure de Paul Andreu est à la base du projet d’éclairage. Ainsi, les coursives en périphérie bénéficient de larges apports de lumière naturelle complétés par des plafonniers équipés de lampes aux iodures métalliques et associés à des détecteurs de lumière du jour ,afin de conserver un niveau d’éclairement constant (150 lux).
Charles Vicarini explique : « Dans les salons voyageurs, deux principes définissent l’éclairage général qui allie confort et mise en valeur de l’architecture : des lignes continues de réglettes fluorescentes, dotées d’une température de couleur de 4 000 K, délimitent les différents espaces. En complément, des groupes de trois projecteurs équipés de fluocompactes sont disposés sur les poutres béton, diffusant une lumière douce réfléchie par le staff blanc du plafond installé lors de la rénovation ». Par ailleurs, des systèmes de gestion proposent plusieurs scénarios adaptés au moment de la journée et au flux des voyageurs.
Les piliers de chaque satellite, soutenant la structure, ont été habillés d’une enveloppe de verre opaque comportant, en couleur, le numéro de la porte d’embarquement. Placé derrière le verre, un ruban de lumière blanche, constitué de cathodes froides et de led, en éclaire le sommet, créant ainsi des cercles lumineux qui offrent des points de repères visibles de loin.
Les comptoirs d’embarquement bénéficient d’un éclairage directionnel réalisé à l’aide d’encastrés led de plafond orientables. Tous les espaces sont ouverts, c’est le jeu des couleurs de revêtement et des éclairages qui marquent les séparations : par exemple, les circulations qui ceinturent la zone centrale du satellite sont éclairées par un caisson lumineux disposé en casquette au-dessus des commerces - et qui sert aussi de support signalétique - ainsi que par des luminaires led en blanc chaud dirigés vers le sol.
Côté sécurité, l’éclairage du PIF (Poste d’inspection filtrage), où se déroulent les procédures de contrôle des passagers, réalisé à l’aide de luminaires led orientables et d’encastrés équipés de fluocompactes, procure un niveau d’éclairement de 300 lux.
Pour Sylvain Le Noac’h, chef de projet ADP, « au-delà des créations d’ambiance et de la mise en lumière architecturale, le nouvel éclairage qui utilise essentiellement des lampes led et fluorescentes, permet de réaliser d’importantes économies d’énergie à la fois sur les consommations - l’installation précédente comportait beaucoup de sources halogènes - et sur la maintenance, grâce aux systèmes de gestion et aux longues durées de vie des sources ».
Autre terminal, autre utilisation de la lumière comme élément du design intérieur avec le nuage suspendu constitué d’un ensemble de luminaires Mercury conçu par Ross Lovegrove pour Artemide. La « sculpture » lumineuse anime le grand espace consacré aux magasins les plus prestigieux à l’intérieur du bâtiment de liaison des terminaux 2A et 2C de Paris - Charles de Gaulle. L’architecte d’Aéroports de Paris, Marc Fidelle, raconte ainsi la philosophie de l’intervention : « Nous avons voulu qualifier le cœur du centre commercial du terminal par une installation lumineuse suspendue dans le hall, à la fois majestueuse, subtile et poétique. C’est ainsi qu’est né un geste plastique en mesure de se mettre en rapport avec l’espace et les importantes “ griffes ” présentes, ainsi que d’établir un lien visuel avec l’accès aux salons situés à l’étage inférieur ».

Confort visuel et maîtrise des consommations

L’aéroport international de Málaga, bâtiment de Bruce Fairbanks, architecte américain fondateur du cabinet GOP à Madrid, est le quatrième plus grand d’Espagne. De par son emplacement sur la Costa del Sol, il joue un rôle central pour le tourisme en Andalousie. Son nouveau terminal, le n°3, a permis de doubler sa capacité, portée à 30 millions de passagers par an et nécessitait un éclairage aussi confortable qu’économique.
Dans les différentes zones d’attente et de circulation, malgré la grande hauteur sous plafonds, des downlights à double foyer Lightcast (Erco), assurent un confort visuel efficace, grâce à une lumière homogène non-éblouissante. Leurs performances permettent une grille de montage économique avec des entraxes importants. Le flux lumineux des lampes aux iodures métalliques 35 W, 70 W ou 150 W longue durée, s’adapte à la hauteur de montage requise. Les espaces annexes, comme les toilettes ou les portes d’embarquement, bénéficient d’un éclairage général réalisé à l’aide de downlights Lightcast et Compact pour lampes fluorescentes compactes.
Confort visuel et maîtrise de l’énergie ont également été au cœur de la solution d’éclairage développée par Erco pour l’aéroport de Carrasco situé à quelques kilomètres de la capitale de l’Uruguay, Montevideo. Rafael Viñoly, enfant du pays établi à New York, a pu réaliser ici son premier bâtiment pour aéroport, le nouveau terminal. La toiture en forme de surface portante se déploie sur 365 m au-dessus du hall de départ, entièrement en verre. À l’extérieur, le toit en saillie est éclairé par des projecteurs de forte puissance, montés sur le parapet, munis de lampes aux iodures métalliques de 150 W et dotés de réflecteurs Spherolit de type Oval Flood qui procurent un éclairage doux et homogène. Le hall de départ lui-même est un espace monumental où, sur les structures porteuses en acier, sont montés des appareils dotés de lampes aux iodures métalliques qui éclairent le plafond Parscoop, présentant une puissance installée de seulement 14 W/m². Dans les zones d’embarquement, des projecteurs Optec sont montés sur rails lumière, également équipés de lampes aux iodures métalliques.
Pour la mise en lumière du gigantesque terminal 5 de l’aéroport d’Heathrow en Angleterre, conçu par Richard Rogers, Thorn a fourni plus de 75 000 luminaires. Travaillant en étroite collaboration avec les concepteurs lumière Spiers et Major, le fabricant a développé un projet axé sur la performance et la maîtrise de l’énergie. Comme le terminal doit être éclairé 24h/24, le choix s’est porté sur des luminaires équipés de ballasts Dali et associés à des systèmes de détection de lumière du jour, de mouvement, de variation, temporisation et d’allumages/extinction automatiques.
La plupart des luminaires sont équipés de lampes aux iodures métalliques ou tubes fluorescents T5, qui permettent de limiter les opérations d’entretien, ainsi que les consommations.

N°320

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°320

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2012 des Cahiers Techniques du Bâtiment

Nous vous recommandons

Reconvertir des bâtiments patrimoniaux

Dossier

Reconvertir des bâtiments patrimoniaux

La reconversion des bâtiments induit de nécessaires adaptations. S’agissant d’édifices patrimoniaux, protégés ou non, l’intervention doit pouvoir faire dialoguer histoire du lieu et nouveaux[…]

La Bourse de Commerce entame une autre vie

Dossier

La Bourse de Commerce entame une autre vie

La Samaritaine fait peau neuve

Dossier

La Samaritaine fait peau neuve

La renaissance du 52 Champs-Élysées

Dossier

La renaissance du 52 Champs-Élysées

Plus d'articles