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Pour de nouvelles formes d’habitat

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Pour de nouvelles formes d’habitat

Elisabeth Pélegrin – Genel,architecte DPLG, urbaniste, psychologue du travail, présidente d’Archinov.

© Doc. Roland Bourguet.

Selon un sondage TNS-Sofres commandé par l’Observatoire de la ­Ville (1), environ neuf Français sur dix souhaitent vivre en habitat individuel. Chiffres terrifiants qui nous questionnent ! Au nom de ce rêve typiquement français – la maison individuelle – faut-il laisser le pays s’ensevelir sous la péri­urbanisation ? Le modèle dominant, à l’heure du réchauffement climatique, est-il définitivement, celui de l’habitant qui « se pense sur quatre roues » ? (2) : 56 % des personnes interrogées souhaitent vivre dans une « maison individuelle isolée », 20 % dans une « maison individuelle dans un ensemble pavillonnaire » et 11 % dans un « petit habitat individuel en ville ». De même, un tiers souhaite habiter à la campagne et 21 % en périphérie d’une ville. Cet indicateur semble pertinent puisque 68 % des personnes interrogées affirment déjà vivre dans un habitat ­individuel, dont 20 % dans une « maison individuelle isolée ».

On ne peut pas faire semblant d’ignorer ces Français qui ­habitent ou rêvent d’habiter une banale petite maison posée sur un petit bout de terrain bordé de thuyas. On ne peut pas ­réduire nos concitoyens à leur type d’habitat, et les regarder avec une ­légère commisération, voire un mépris poli face à leur goût du « pavillon ». Et le gouvernement ne rend service à personne en laissant croire que la réponse à l’insécurité et à la peur des « quartiers » se trouve dans la maison à 100 000 e. Nous, les ­experts (architectes, urbanistes, acteurs de la construction), devons ­sortir des préjugés et ­regarder les ­choses en face. Nous savons beaucoup de choses sur l’habiter, nous avons aimé ­Bachelard, lu les passionnantes études des années 70 sur les espaces de transition et les modes d’habiter des ­pavillonnaires. Mais ­savons-nous vraiment pourquoi les Français ­poursuivent inlassablement ce rêve de maison ­individuelle ? Que recherchent-ils vraiment au travers de cet ­archétype ? Nous n’explorons pas suffisamment les disciplines voisines ­(urbanisme, géographie, sociologie, histoire, et même psychanalyse) pour y trouver des éclairages nouveaux et alimenter notre ­réflexion. Bien sûr, et c’est notre force, nous sommes tous d’accord pour dire que la solution d’avenir réside dans la ­fabrication d’un cadre bâti dense. Nous ne manquons pas d’arguments pour le démontrer. Et je ne vais pas les détailler, d’autant plus que je les partage. Mais cette ­certitude de tenir la solution, la seule qui soit de bon sens, face aux désordres climatiques, à la fin annoncée des énergies fossiles, au gaspillage de l’espace, nous donne beaucoup d’assurance et nous fait oublier tout souci pédagogique.

Est-il possible de cesser de ­miter le paysage, est-il envisageable de fabriquer de l’urbanité et de la densité contre les habitants ? Quelles alternatives pouvons-nous proposer ? Tourner le dos à ces attentes et désirs de « maison individuelle » nous conduira dans le mur. Alors que s’appuyer sur « cette demande » pour ­inventer d’autres modes d’habitat qui permettent des usages attribués, probablement à tort, exclusivement à la maison individuelle peut ouvrir des possibles. S’agit-il d’inventer de nouveaux modèles ? Oui et non. Car on confond souvent invention et innovation et on oublie l’usage. Un éternel problème. Il est urgent de revisiter les expériences d’habitat intermédiaire des années 70 qui tentaient déjà de répondre à cette problématique de la maison individuelle, d’analyser leur échec relatif, de les reconsidérer avec un regard neuf et critique (3).

Il est urgent de remettre l’usage au cœur de la conception pour proposer des innovations appropriables par le plus grand nombre. Pour fabriquer avec les habitants, et non contre eux, une ville acceptable (4), nous devrions peut-être réinterroger la notion « d’habiter » au sens philosophique du terme, pour décliner de nouvelles formes d’habitat qui la contiennent symboliquement tout autant que la maison individuelle, en nous appuyant plus fermement sur les travaux d’autres disciplines voisines de l’architecture.

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