Point de vue Jean-Robert Mazaud, architecte Tout est dans le métabolisme

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Point de vue Jean-Robert Mazaud, architecte Tout est dans le métabolisme

Qui peut affirmer qu’un matériau est plus écologique qu’un autre ? Tout dépend de ses conditions de production, de transport et d’utilisation. C’est donc un ensemble de composantes que l’architecte doit considérer chaque fois qu’il est conduit à faire des choix pour un projet.

Cette vaste réflexion a besoin de s’appuyer sur des outils spécifiques. Architecte, spécialiste des questions environnementales dans lesquelles il s’est impliqué dès la conférence « Habitat » à Vancouver en 1976, Jean-Robert ­Mazaud s’appuie sur une démarche qui met en avant le métabolisme du matériau, un concept étendu de l’ensemble des données qui participent à son élaboration et à sa dégradation.

« Quand on considère un matériau en ­général, de construction en particulier, il faut l’aborder de façon globale, via son métabolisme », explique-t-il. On ne peut pas se limiter à ses seules propriétés mécaniques : mode de production, conditions de production, environnement social lié à sa production et à son utilisation. Tout cela s’inscrit dans la démarche de développement durable issue du protocole de Kyoto. C’est pourquoi, comme tous les matériaux, l’acier, dont l’utilisation relève de la responsabilité du prescripteur, doit faire l’objet d’une analyse précise de sa source à son lieu d’utilisation.

CTB : Dans ce cadre, quels sont les meilleurs atouts de l’acier ?

JRM : J’en vois un premier qui est l’inscription de la production de l’acier dans les mécanismes de compensation. Sa production fortement concentrée dès l’origine dans les pays les plus développés l’intègre à la part économique mondiale qui est impliquée dans le jeu de la taxe carbone, tout comme les moyens qu’elle exige. Un réel contrôle s’exerce, même s’il est imparfait. La production d’autres matériaux n’est pas aussi transparente. Chacun sait que certains produits, dits naturels, produits en Europe, sont transportés en Asie où ils sont débités, renvoyés sur leur lieu de production pour y être transformés ou assemblés. Quel sera le résultat du bilan carbone d’une telle série d’opérations ?

En résumé, on peut dire que le taux d’industrialisation du matériau est un excellent indicateur de la valeur de son métabolisme global. Car, dans ce cas, il est plus facile de mesurer et de contrôler les taux d’émission et la production d’énergie grise.

CTB : La possibilité de recyclage est-elle importante ?

JRM : Oui, mais à la condition d’en connaître le coût réel. Le recyclage est un phénomène qui présente son propre métabolisme. On connaît des matériaux dont le coût de recyclage atteint vingt fois celui de la production de substituts, comme dans le cas du verre et du carton. Je sais que l’industrie de l’acier est aujourd’hui très consciente de ces nécessités et les efforts qu’elle fournit sont visibles et, bien mieux, comptabilisables.

CTB : Dans la construction, comment considérer l’acier au regard des données environnementales ?

JRM : On suit exactement le même principe. C’est-à-dire qu’il faut raisonner au-delà de la seule structure, de sa résistance, de son poids. Prendre en compte l’environnement dans la construction, en particulier au travers du prisme du matériau, c’est demander au fabricant de s’impliquer pour vendre du matériau intelligent. Nous voulons acheter désormais du « neurone » d’acier. Et si le marché nous le donne, les augmentations de prix seront bien mieux justifiées que dans la seule loi de l’offre et de la demande. Disposer d’un matériau intelligent permet dans un premier temps de diminuer le poids de la construction. Si les ingénieurs sont obligés de calculer ce poids pour évaluer les dimensions des fondations, cette donnée est rarement transmise aux architectes. Pourtant, elle serait utile au travail sur le métabolisme de la construction car on ne peut pas en rester à une considération isolée du matériau. Son empreinte écologique porte sur son environnement amont et aval. Pour tenter de trouver des bases et des référentiels communs, on ramène toute construction à son poids en CO2 /an. C’est ainsi qu’on évalue la valeur en CO2 d’un mètre carré de tour de la Défense. Mais ce poids en CO2 n’a de valeur qu’au regard de l’urbanisme et du métabolisme urbain. Si nous gardons l’exemple de la Défense, l’analyse des strates historiques permet de bien illustrer le problème. La Défense première génération se caractérise par une mauvaise densité et une obésité d’infrastructures. Les objectifs seront densification et diversification des fonctions.

CTB : À ce stade, quel est le rôle du matériau ?

JRM : Très simplement quel est le matériau qui permet d’apporter cette densification sans augmenter le poids… Le matériau ne vient plus en soi mais comme la réponse à un défi. Ensuite, toutes les autres considérations sont à prendre en compte.

Un matériau à changement de phase (qui permet, par exemple, de stocker de la chaleur ou du froid) change la donne puisqu’il possède des atouts différents. N’oublions pas que chaque année d’usage du bâtiment produit autant de CO2 qu’il en a été dégagé au moment de la construction. La bonne solution réside donc dans un équilibre – forcément complexe – de l’ensemble des résultats ­obtenus dans le temps.

CTB

Et l’acier plus spécifiquement ?

JRM : Je le répète, aucun a priori sur les matériaux n’est souhaitable. Mais l’acier a montré ses capacités de résistance et c’est aux professionnels d’apporter d’autres réponses aux questions des concepteurs qui, comme c’est le cas dans notre agence, se sont résolument engagés sur la voie de la haute qualité environnementale (100 % de nos projets sont susceptibles d’être certifiés). Car nous devons évaluer les bilans matière, les bilans carbone, les données économiques, etc, et développer l’Ingénierie Carbone (une de nos marques déposées comme Carbonne Management ou ZED – Zéro Emission Design).

Dans le temps des besoins, il s’agit d’un avantage considérable. Ne sommes-nous pas exactement dans le principe du ­développement durable ?

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