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Plâtrerie : le lot central du second œuvre

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Plâtrerie : le lot central du second œuvre

Cyril Woberschar, président de Marwo SA, entreprise de plâtrerie et travaux d’isolation, fait le point sur ce matériau traditionnel qui s’est diversifié tout en offrant des performances adaptées à une réglementation de plus en plus exigeante.

Les Cahiers techniques du bâtiment : Comment voyez-vous l’évolution de votre métier dans la construction ?

Cyril Woberschar : Devenu extrêmement technique, le lot plâtrerie se situe à la croisée des interventions des autres lots. Notamment pour les établissements recevant du public (ERP) d’une certaine importance, cette place crée non seulement des droits mais aussi des devoirs. En matière de droits, les entreprises spécialisées peuvent faire partie des équipes dites de synthèse, être en contact direct avec les concepteurs dès les phases d’avant-projet, et influer effectivement sur le phasage des travaux afin d’obtenir les performances requises à leurs ouvrages. En contrepartie, elles doivent disposer de personnes techniquement compétentes et d’un bureau d’études avec du personnel suffisamment formé pour dessiner et échanger des informations via Internet.

CTB : Cette évolution est directement liée à celle des produits…

C. W. : Les produits sont souvent dédiés à un certain type de performances. Les cloisons peuvent atteindre 12 m de hauteur avec des systèmes d’ossature spécifiques et offrir à la fois une protection incendie de 1 à 4 h et des affaiblissements acoustiques variant de 35 à 65 décibels. Mais pour obtenir la garantie sur leur solidité et la qualité des parements conformément aux PV d’origine, toutes ces innovations industrielles requièrent une mise en œuvre rigoureuse. Or, tous les procès-verbaux coupe-feu ou acoustiques sont établis en laboratoire avec des cloisons montées de dalle à dalle ! Autrement dit, l’obtention des performances sur le chantier implique d’utiliser des systèmes complets, montés dans leur intégrité, puis de réaliser des chevêtres eux-mêmes protégés au feu et spécifiquement conçus en fonction de plans de réservation calculés au plus juste par les lots traversants.

Comme définis dans l’arrêté du 3 août 1999 et ses annexes, cette dernière prestation et le calfeutrement ad hoc dans nos cloisons sèches reviennent par nature au bénéficiaire de ces lots traversants, seul capable de savoir lors de l’appel d’offres, quels types de produits vont passer dans les cloisons. D’où cette problématique d’interface avec les autres lots et de la hiérarchie entre les intervenants du second œuvre !

CTB : Où se situe l’innovation technique dans les produits ?

C. W. : La plaque de plâtre constitue le moteur de l’innovation ! Avec les systèmes sur ossature métallique, on assiste à une diversification technique de l’offre en fonction des sous-ensembles du marché du cloisonnement, avec le concept hospitalier ou la déclinaison pour l’hôtellerie par exemple. L’intérêt réside dans la possibilité d’adjoindre une ou plusieurs plaques suivant les exigences réglementaires du type de bâtiment. En parallèle, se sont développées les cloisons de très grande hauteur avec des ossatures plus épaisses ou plus larges. Les principaux industriels ont mis au point des complexes de doublage thermo-acoustique à base de PSE gris, dont le traitement mécanique permet d’obtenir dans les deux cas, des performances équivalentes à celles d’un complexe à base de laine minérale. Citons aussi la plaque Prégydéco, dont le surfaçage assure un résultat posé identique à celui d’une couche d’impression sur une plaque standard. Pour améliorer la performance acoustique, il y a aussi la diversification des ossatures métalliques, en particulier avec le montant Prégymétal M62 dB visant à réduire de 3 dB les transmissions solidiennes grâce à une liaison mécanique la plus faible possible.

CTB : Quelles sont les autres applications de la plaque de plâtre ?

C. W. : On assiste à une mutation de l’offre en plafonds. Alors que la plupart des bâtiments industriels et des ERP intégraient des faux plafonds démontables, l’évolution actuelle privilégie le faux plafond plâtre fixe et absorbant, avec un « plus » pour la plaque de plâtre à 4 bords amincis qui permet d’obtenir des liaisons sans bande de joint rapportée, ni surépaisseur. La tendance passe aussi par des plafonds mixtes, combinant les plaques de plâtre et des faux plafonds métalliques ou fibrés, afin d’assurer l’absorption acoustique et l’accès aux réseaux. L’association des plaques de plâtre pour plafond avec un film chauffant constitue une voie intéressante sur le plan architectural et de l’hygiène, notamment à l’hôpital. Toutefois, elle requiert une bonne gestion de l’interface entre deux lots historiquement sans liens directs ! Autre volet en développement, la sécurité incendie avec les cloisons coupe-feu, les encoffrements, les produits pâteux à base de laine de roche enduite. Mais l’absence d’un véritable lot dédié à cette problématique freine la diffusion des procédés. Il serait intéressant de réfléchir en concertation avec la maîtrise d’ouvrage, d’œuvre et les bureaux de contrôle, à la création de ce lot spécifique qui concerne tous les types de parois.

CTB : Qu’en est-il des autres applications du matériau plâtre ?

C. W. : Le carreau de plâtre est en perte de vitesse malgré une version allégée et des formats en 10 et 7 cm d’épaisseur. Les produits n’offrent plus la même résistance structurelle, ni les performances acoustiques des systèmes sur ossature, et génèrent des problèmes de fissuration. En revanche, le carreau reste attractif dans certaines régions pour son apparente massivité. Dans des configurations de pose de dalle à dalle, il peut aussi concurrencer les systèmes silico-calcaires agrafés – plus performants mais six fois plus onéreux – pour la réalisation des gaines de désenfumage verticales. Le plâtre à projeter fait partie des techniques anciennes abandonnées par la plupart des entreprises en raison de la faiblesse de la demande. Toutefois, on constate un regain d’intérêt avec l’arrivée des briques Monomur. Par ailleurs, le staff bénéficie de PV incendie, offrant une protection passive aux ouvrages réalisés selon cette technique. S’il reste le domaine d’un petit nombre d’entreprises de forme artisanale, il permet aux trois ou quatre leaders en France, de réaliser des ouvrages complexes en volume grâce au moulage. Aujourd’hui, le staff est concurrencé par les entreprises de découpe à façon équipées de la technologie PLAtec. Sans entamer le carton de la face visible, le principe consiste à rainurer les plaques en usine sur la base d’un plan précis, et à les plier sur chantier suivant les configurations à réaliser, angles biseautés, gorges lumineuses, protection pour poteau, retombées complexes. Quant au stuc, il est réservé à des ouvrages de prestige et à une main-d’œuvre extrêmement qualifiée pour un petit domaine d’application en terme de volume.

CTB : Et en ce qui concerne la prise en compte environnementale ?

C. W. : C’est l’un des axes importants de développement pour l’avenir de nos métiers. La mise au point des fiches de données environnementales (FDES) par les industriels permet de dégager des pistes d’amélioration. Pour les poseurs, elles obligent à produire moins de déchets et à en générer le moins possible à la source. Pour les ­industriels, cela implique d’avoir la capacité à répondre à des commandes spécifiques hors standard. Globalement, cela suppose une meilleure organisation en amont du chantier, un bureau d’étude intégré, le calepinage des plaques et la commande d’ossature à la bonne mesure. Ce travail de rigueur en amont sur le projet rejoint la problématique de synthèse à mener de manière collégiale avec les autres lots. Une révolution dans les mentalités !

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