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Principes de déconstruction

Virginie Pavie

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FOCUS

Curage sélectif d'un immeuble de bureaux
Signataire de la Charte du maître d'ouvrage volontaire élaborée dans le cadre du projet Démoclès via sa branche Immobilier, Bouygues poursuit depuis quelques années des expérimentations de déconstruction bas carbone au travers ses filiales. Après une opération au 66, rue des Archives, à Paris ayant conduit à la réutilisation in situ de 1 030 m² de béton déconstruit (lire CTB n° 359), Bouygues Bâtiment IDF Rénovation privée vient ainsi de mener une opération de curage sélectif sur l'immeuble tertiaire Le Palatin 2 et 3, situé à La Défense.

Titulaire du marché général de rénovation, l'entreprise avait à sa charge de dénuder l'ensemble de la structure et l'enveloppe de ce bâtiment de 23 000 m² construit en 2005, avant de procéder à son réaménagement intérieur. Un diagnostic déchets préalable ayant identifié en amont une grande variété et quantité de matériaux pouvant faire l'objet d'un réemploi ou d'un recyclage, il a été décidé de procéder à une déconstruction matériau par matériau de l'ensemble du second œuvre. Plutôt qu'une démolition traditionnelle, cette démarche devait permettre d'atteindre un taux de valorisation matière de 85 %, chiffre qui devrait être revu à la hausse à la fin des travaux.

Pour apporter le plus grand soin à la dépose des matériaux, l'entreprise a fait appel à Safaip, prestataire spécialisé dans les travaux de second œuvre. Celui-ci a travaillé plateau par plateau afin d'optimiser la rationalisation des opérations (photo). Après enlèvement du mobilier, les travaux ont consisté à enlever dans l'ordre les luminaires, les faux-plafonds, les cloisons et les moquettes. Les matériaux ont été triés à chaque étage, rassemblés, conditionnés et acheminés au RDC où ils ont pu être stockés avant enlèvement, évitant ainsi l'installation de bennes extérieures.

Au total, ce sont près de 250 tonnes de mobilier, armoires, bureaux et chaises, qui ont été récupérés par l'éco-organisme Valdéia, 14 000 m² de faux-plafonds repris par le fabricant Amstrong, 50 tonnes de cloisons vitrées valorisées par Sibelco, mais aussi des moquettes reparties chez Interface pour y être réinjectées dans le process de fabrication de l'industriel, des luminaires (blocs de secours… ) récupérés par Récylum, sans compter le tri de la ferraille, du bois, des déchets non dangereux et des déchets dangereux. Le bilan est positif pour cette opération de déconstruction qui aura duré deux mois et demi, au lieu des quatre mois initialement prévus. D'un point de vue économique, le marché de curage s'élève à 500 000 €, auquel il faut ajouter 20 000 € de gain sur toutes les bennes de déchets évitées.

LABEL

BBCA Rénovation met l'accent sur la déconstruction
Créée en 2015, l'association Bâtiment Bas Carbone entend mettre le bâtiment en mouvement afin de réduire son empreinte carbone, qui représente 27 % des émissions totales de CO en France, loin devant le transport et les autres secteurs d'activité. Après la mise en place d'un premier référentiel BBCA pour le neuf, dans lequel est prise en compte la démolition préalable d'un bâtiment présent sur la parcelle à construire, elle s'apprête à lancer un nouveau label spécifique à la réhabilitation. S'appuyant sur l'analyse de cycle de vie, les émissions globales, le stockage carbone, et l'économie circulaire, la démarche BBCA Rénovation encouragera la conservation de l'existant. Les émissions d'un matériau conservé seront en effet considérées comme nulles, alors que pour les matériaux ajoutés, elles seront calculées à partir des fiches FDES. Pour les matériaux déposés, l'accent sera mis sur les bonnes pratiques que sont le réemploi ou le recyclage, et au travers d'elles la déconstruction.

PROSPECTIVE

Construire pour mieux déconstruire
Si la déconstruction se généralise au travers des opérations de curage pour les matériaux de second œuvre (cloisons, faux-plafonds, revêtements de sol… ), elle est plus difficilement envisageable au niveau du gros œuvre des constructions traditionnelles. Le projet Demodulor propose une autre façon de construire afin de faciliter le démontage des ouvrages lors des opérations de rénovation ou de démolition, et améliorer ainsi le recyclage ou le réemploi des matériaux. Initié en 2012 dans le cadre d'un appel à projets de l'Ademe pour améliorer la gestion des déchets sur les chantiers, il est porté par les grands centres techniques de la construction de l'Institut MECD, le Cerib, le CTICM, le CTMNC et le FCBA, qui ont identifié quatre systèmes constructifs multimatériaux à fort potentiel.

Dans l'une des expérimentations, un mur en briques précontraint par tirants aciers est associé à un plancher sec, en bac nervuré acier, panneaux bois et plaques béton.

Deux d'entre eux portent sur des structures horizontales. Il s'agit, d'une part, d'un plancher mixte acier-béton avec connecteurs innovants, et d'autre part, d'un plancher sec, composé d'un bac acier nervuré, de panneaux bois et de plaques béton. Les deux autres solutions sont des procédés de façade. Le premier est un mur en briques précontraint par profils et tirants en acier, et le second, une façade à ossature bois, dont les assemblages sont des feuillards en acier. Les systèmes ont fait l'objet de prototypes à l'échelle 1. Ils ont également été combinés entre eux afin de proposer deux typologies de bâtiment et permettre une analyse à la fois technique, économique et environnementale : un immeuble résidentiel R+ 1, associant murs précontraints en briques et acier, et planchers secs acier-béton-bois, et un immeuble tertiaire R+ 4, mariant façade à ossature bois et plancher mixte acier-béton (photo).

Le démontage de ce plancher mixte acier-béton est rendu possible par une connexion innovante sous forme de boulons fixés sous la poutre acier, au niveau de réservations ponctuelles aménagées au niveau des appuis des dalles.

Dans le premier cas, qui a été étudié avec un objectif de réutilisation de l'ensemble des composants, il a été constaté un surcoût à la déconstruction, lié au soin pris au démontage et à la palettisation des matériaux. Mais celui-ci a été récupéré à l'issue de la seconde vie des matériaux. Dans le deuxième cas, où l'objectif donné était celui de faciliter la déconstruction, il s'est avéré qu'il était possible de tirer un gain dès la première phase de déconstruction. Après cette première étape de prospection, le projet Demodulor est en recherche de partenaires, fabricants, maîtres d'ouvrage, acteurs de la construction, pour entrer dans une nouvelle phase expérimentale qui permettra d'enrichir les données sur la démontabilité des bâtiments.

EN BREF

Curage : une qualification à venir
Une nouvelle qualification professionnelle pour les travaux de curage devrait prochainement être mise en place par le Syndicat national des entreprises de démolition et l'organisme Qualibat. Son objectif est de faire reconnaître la profession tout en améliorant la protection des travailleurs et de l'environnement face aux risques d'exposition à des produits contenant de l'amiante ou des substances dangereuses.

Principes de déconstruction

La déconstruction des structures en béton trouve des débouchés dans la réalisation de sous-couche routière, le remblaiement de carrières ou dans la réutilisation de nouveaux ouvrages (ici, un ensemble de bureaux à Bagneux (92)) .

Si la déconstruction suscite un intérêt croissant de la part des maîtres d'ouvrage, sa réussite passe par une évaluation précise des déchets et des objectifs de valorisation adaptés aux filières locales.

L'essentiel des ouvrages promis à démolition ou à rénovation lourde peut aujourd'hui être déconstruit de manière sélective, à l'exception toutefois des bâtiments sinistrés ou très dégradés qui présentent des risques pour la sécurité des opérateurs. Dans ce cadre, une démarche de déconstruction est le préalable nécessaire pour favoriser le recyclage ou le réemploi des déchets, sachant que les meilleurs taux de valorisation atteignent 80 voire 90 % sur les chantiers les plus vertueux. En outre, sa mise en place s'inscrit en plein dans la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour une croissance verte, qui fixe un objectif de valorisation matière de 70 % des déchets de construction et de démolition d'ici à 2020.

Son coût, que beaucoup craignent élevé, peut en réalité s'avérer plus avantageux qu'une démolition classique dès lors que le volume de déchets est important. Les frais de mise en décharge sont en effet déterminants, comme l'illustre un exemple donné par Alexandre Doyère, directeur de la société de démolition éponyme : « Dans le cas d 'un immeuble en béton de trois à quatre étages, sur les 1 000 tonnes de déchets que représente l 'ouvrage, 10 % sont des déchets ultimes de bois, de plâtre, d'isolation… et 90 % des déchets valorisables provenant de la structure. La réalisation d 'un curage fin permet de sauver le gisement de béton lorsque celui-ci n'est pas souillé par du plâtre. Elle permet de séparer les 100 tonnes de déchets ultimes, dont la mise en décharge coûte de l 'ordre de 100 € /tonne, et les 900 tonnes de déchets valorisables, qui une fois triés seront envoyés sur des plateformes de recyclage à raison de 1 € /tonne. La déconstruction s' élève ici à 10 000 €. Si l 'on ne triait pas, il faudrait payer 100 € x 1 000 tonnes, soit 10 fois plus ».

Les morceaux de murs de refend de cet immeuble de Stains (93) ont été réemployés sur un local extérieur, un revêtement de sol et des aménagements extérieurs.

Sensibiliser la profession

Encouragée par les référentiels environnementaux (HQE, Leed et Breeam) et le nouveau label BBCA rénovation (lire encadré p. 38), la déconstruction est toutefois peu encadrée par la législation, laissant les maîtres d'ouvrage bien souvent démunis face à la complexité actuelle de la gestion et du traitement des déchets. Le principal dispositif réglementaire reste celui du diagnostic déchets, qui n'est obligatoire que pour les démolitions de bâtiments d'une surface supérieure à 1 000 m² ou ayant abrité des activités polluantes de type agricole, industrielle ou commerciale, et ne couvre donc pas les opérations moindres ni les réhabilitations lourdes.

Dans ce contexte, le nouveau Guide d 'accompagnement de la maîtrise d'ouvrage et de la maîtrise d'œuvre pour l'intégration des prescriptions « Déchets » dans les CCTP et les contrats cadres de chantier de réhabilitation lourde et de démolition arrive à point nommé pour fournir un accompagnement attendu. Élaboré avec le soutien de l'Ademe dans le cadre du projet Démoclès, cet ouvrage collaboratif(téléchargeable sur le site de Récylum) propose un certain nombre de clauses à intégrer dans les marchés de déconstruction en fonction des niveaux d'exigences requis. Le maître d'ouvrage optant pour une démarche a minima y trouvera les moyens de traduire les objectifs de la loi sur la réduction de l'empreinte environnementale des bâtiments, et d'effectuer un diagnostic déchets en amont du chantier. Celui qui souhaitera s'engager davantage se verra proposer la mise en place de clauses volontaires et une exigence de valorisation plus élevée, avec recyclage ou réemploi.

Dans le cadre d'un curage sélectif, les matériaux de second œuvre sont déposés les uns après les autres. Le tri s'effectue au plus près de la source de déchets.

Le temps du diagnostic

Dès lors, la réussite d'une déconstruction dépend avant tout de la motivation de la maîtrise d'ouvrage et de sa capacité à anticiper le plus en amont possible le déroulement des différentes phases du projet, à commencer par le diagnostic déchets. Fortement encouragé sur tous les projets de démolition ou de rénovation, quelle que soit leur taille, le diagnostic déchets est une étape indispensable pour recenser et repérer la matière valorisable, et s'assurer des centres de prise en charge présents sur le territoire. Il se distingue du diagnostic avant travaux, qui doit être produit par le maître d'ouvrage afin de cartographier la présence de matériaux amiantés, et déboucher éventuellement sur une opération préalable de retrait. Comme le souligne Sylvain Bordebeure, ingénieur à la Direction économie circulaire et déchets de l'Ademe, « il est important de se laisser quelques mois, l'idéal étant un délai de six mois à un an, le temps de retenir un prestataire compétent, et lui permettre de mener à bien sa mission de manière précise. Le temps aussi de traduire les éléments obtenus dans le dossier de consultation des entreprises de démolition ». Sans une telle précaution, il y a le risque de ne pas évaluer à temps les quantités et la nature des déchets et d'être confronté tardivement à des contraintes d'organisation de chantier, d'emprise au sol, ou de filières inexistantes…

Aussi essentiel qu'il soit, le dispositif du diagnostic déchets suscite aujourd'hui quelques critiques portant notamment sur le manque de qualification des diagnostiqueurs. La juste estimation des épaisseurs de matière, de leurs volumes et de leurs tonnages à partir d'un bâtiment en place nécessite de savoir analyser des plans et de connaître les principales techniques de construction rencontrées. Des compétences qui font vraisemblablement défaut sur le marché actuel et que le législateur cherche à améliorer. Un guide du diagnostiqueur, annoncé pour la fin de ce semestre, devrait détailler le référentiel de base et livrer plusieurs outils dont des ratios clefs pour parer aux erreurs d'estimation. Des pistes sont également à l'étude pour standardiser certains calculs, utiliser des outils numériques pour éviter les erreurs de conversion, et mettre en place des diagnostics simplifiés sur les petits chantiers qui ne sont pas visés par la loi.

Par ailleurs, « si le maître d'ouvrage ambitionne d'aller plus loin que la valorisation des déchets et tendre vers le réemploi, il devra s'entourer d'une maîtrise d'œuvre à même d'identifier les matériaux ayant une valeur intrinsèque, les parquets anciens, charpentes, éléments de façade, tuiles, etc., et être en mesure d'évaluer leurs possibilités de réutilisation, à l'état brut dans un emploi similaire, ou légèrement retraité pour un usage détourné », complète Sylvain Bordebeure. Plutôt que de diagnostic déchets, il sera ici davantage question de diagnostic ressources. Une mission plus aboutie qui requiert un niveau de compétence supérieure, que peu de prestataires sont aujourd'hui à même de mettre en avant. Acteur engagé de l'économie circulaire, Bellastock figure parmi ceux-là. L'association a d'ailleurs développé un diagnostic ressources spécifique, permettant de dépasser l'approche par tonnage des déchets et de proposer un calcul par millilitre ou mètre carré plus approprié à la réutilisation des gisements de matériaux.

De nombreux matériaux de second œuvre sont triés en vue d'un recyclage ou d'un réemploi : faux-plafonds, revêtements de sol, luminaires, cloisons, portes… Des minipelles peuvent être utilisées dans les étages pour venir en aide aux équipes de déconstruction (ici, le chantier Danone à Levallois-Perret (92) par Brunel Démolition).

Un phasage niveau par niveau

Sur chantier, la méthodologie de déconstruction diffère d'une démolition classique où se pratique le tout-à-la-benne. « L'enjeu est de travailler matériau par matériau, ou plutôt grand élément par grand élément, précise Sébastien Sureau, délégué général du Syndicat national des entreprises de démolition (Sned). Cette manière d'opérer permet d'organiser la logistique de tri par matériau et par niveau. Elle évite le tri en pied de bâtiment, où le risque est plus grand que les produits soient mélangés les uns aux autres et perdent de ce fait leur potentiel de valorisation. » Lors du curage, étape qui consiste à déposer l'ensemble des matériaux de second œuvre, il s'agira, par exemple, de cibler sur une journée l'enlèvement de toutes les portes et des huisseries intérieures, puis, les jours suivants, de déposer les parois en verre. La place ainsi dégagée permettra ensuite d'intervenir avec des engins mécaniques pour les faux-plafonds, les moquettes… Une fois le curage réalisé, ce sera au tour de la démolition des éléments de structure…

Le phasage des travaux de dépose est adapté aux différents types de déchets à trier. Au niveau du second œuvre, il peut être recensé jusqu'à 24 types de déchets courants, dont quinze sont valorisables et dix doivent être conditionnés à part (équipements électriques, lampes et tubes fluorescents, moquette en dalles, ouvrants, plâtre, plâtre avec complexe isolant, polystyrène, PVC rigide, PVC souple et verre plat). Le tri des matériaux atteint ses limites en présence de produits assemblés par collage en multicouche (plaques de plâtre avec isolants, parement de façade avec polystyrène contrecollé… ) ou de matériaux recouverts d'un enduit ou d'une peinture, lesquels sont envoyés en centre d'enfouissement pour déchets ultimes.

Soigner la dépose pour préserver la ressource

La dépose sélective conduit les entreprises de démolition à adapter les moyens mis en œuvre en fonction des étapes et du type de valorisation. Lors d'un curage, les matériaux (faux-plafonds, cloisons, sanitaires, etc. ) sont déposés ou arrachés manuellement ou à l'aide de petits outils. Des engins de manutention légers viennent en soutien pour véhiculer les déchets, conditionnés dans de petits contenants mobiles (caisses, big bags, palettes… ) et réduire ainsi la pénibilité des tâches. La démolition lourde fait, quant à elle, intervenir toute sorte d'engins mécaniques : de la minipelle ou petit robot de démolition de 900 kg à 5 tonnes réservé aux opérations d'écrêtage en site urbain, aux pelles mécaniques intervenant depuis le sol jusqu'à des hauteurs de 50 à 60 m. Lorsque la déconstruction s'inscrit dans un projet d'économie circulaire, les matériaux repérés doivent être déposés manuellement, et faire l'objet d'un conditionnement particulier, à l'abri de la pluie et l'humidité pour les plus fragiles en attendant leur réutilisation sur place, leur revente ou leur acheminement sur un autre site. Un mode opératoire spécifique doit parfois être mis au point pour préserver l'intégrité du produit, comme ce fut le cas sur la Maison des sciences de l'Homme (Paris VIe ), pour la dépose de l'ancienne façade avant réutilisation.

Des exemples prometteurs

Signe d'une sensibilisation croissante des maîtres d'ouvrage à la problématique de valorisation des déchets, les expériences de déconstruction augmentent 3 depuis quatre à cinq ans. Parmi elles, figurent des curages sélectifs dont le taux de valorisation dépasse souvent les 80 %. Des exemples performants sont notamment donnés par l'immeuble Palatin 2 et 3 à Puteaux (lire encadré p. 37) ou le chantier de l'immeuble Neuilly GIM, sur lequel Bouygues Bâtiment IDF Rénovation Privée a identifié neuf flux de matière à trier, installé un contrôle permanent du tri via un « homme vert » et signé un partenariat avec Rotor, autre opérateur spécialisé dans la gestion de la ressource, pour la reprise des luminaires et éléments de serrurerie. Les projets ciblant quelques matériaux ou parties d'ouvrage à réutiliser sur place ou dans d'autres projets sont plus rares. Au-delà de son coût lié à une dépose et à un stockage plus méticuleux que dans le cas d'un recyclage, le réemploi soulève encore nombre de questions non résolues parmi lesquelles la qualification technique de la matière, sa reconnaissance par les contrôleurs et les assureurs. Néanmoins, la motivation est là. « Depuis deux ans, près de 20 % des appels d 'offres auxquels nous répondons comportent une option de réemploi, ou des demandes spécifiques comme la réutilisation de poignées, de portes… », témoigne Franck Humblot, directeur général adjoint de Neom, entreprise spécialisée dans les opérations de réhabilitation, de démolition ou de dépollution. Parmi les exemples récents, citons la rénovation du Théâtre de la Ville de Paris, pour laquelle Brunel Démolition a démonté manuellement les 470 m2 de panneaux acoustiques de la salle de spectacle, les a conditionnés sur palettes filmées et stockés sur chantier. « Nous avons pris contact avec Bellastock, qui a trouvé un moyen détourné de les réutiliser en faux-plafond et habillage de mur », explique Domingos Goncalves, adjoint d'exploitation chez Brunel Démolition.

Dans le cadre de sa politique de renouvellement urbain, le bailleur social Seine-Saint-Denis Habitat a, quant à lui, expérimenté à Stains (93) le réemploi in situ de béton issu de la démolition de logements collectifs. Un diagnostic de ressources a été réalisé au préalable par Bellastock, qui a effectué une double mission d'assistant à maître d'ouvrage et de maîtrise d'œuvre. Une dépose sélective ciblée a ensuite permis de disposer de 140 m2 de murs de refends, de cloisonnements et de façades qui ont été transformés en prototypes de revêtements de sol piéton, mobilier urbain, muret et pavillon extérieur.

Indépendamment de l'intérêt qu'elles présentent, ces expériences témoignent d'une nouvelle façon de concevoir les bâtiments. Appelée à y prendre part, la déconstruction ouvre une brèche qui annonce le développement à venir de l'économie circulaire et de la seconde vie des matériaux.

La déconstruction permet de mieux maîtriser les nuisances des chantiers et se prête bien aux contextes urbains difficiles.

N°367

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