Nous suivre Les Cahiers Techniques du bâtiment

Peut-on positiver la crise financière et la récession qui en découle ?

Sujets relatifs :

Peut-on positiver la crise financière et la récession qui en découle ?

Comment considérer la réduction soudaine des permis de construire et, par instinct de survie, anticiper sur la réduction d’activités ? Au moment où les acteurs de l’industrie du bâtiment étaient pleinement occupés, arrive un désastre dont les marchés financiers sont pleinement responsables, entraînant une perte de confiance, une réduction d’activités pour tous et une déstructuration à venir des équipes de maîtrise d’œuvre. D’un côté l’économie virtuelle, de l’autre l’économie du travail ! Alors parlons de l’économie du travail. Ne pas savoir réduire les coûts de construction, c’est se condamner. Mais comment le faire sans réduire la qualité ? La qualité environnementale du bâti ne va-t-elle pas souffrir en premier de la crise ? Qu’allons-nous prioritairement financer sur le principe de qualité, des m2, des matériaux, de l’isolation, de la climatisation ?

Le moment est venu d’ouvrir à nouveau et différemment ce chantier de réflexion. Adossé à celui-ci, il y a lieu en urgence d’engager une réflexion critique autour de la question environnementale et des conséquences de la doctrine HQE et des normes sur les économies d’énergie. Chaque professionnel peut témoigner tristement d’inepties et de paradoxes sur la règle et la lettre. Aucune expertise sérieuse n’a été faite sur l’application aveugle de celles-ci au point d’ignorer l’essentiel, c’est-à-dire les bilans carbone et bilans énergie grise. Le cynisme est là, peu importe si une pompe à chaleur réchauffe plus l’atmosphère que son propriétaire, peu importe, si l’on climatise toute l’année une université en Ardenne où le port du tee-shirt n’est autorisé que 15 jours en été lorsque les étudiants sont absents ! Peu importe si l’on climatise des logements sociaux que les propriétaires bailleurs peinent à financer, comme si ouvrir la fenêtre pour rafraîchir était une insulte à la raison. Il existe une omerta quant aux discours lénifiants organisés autour des vertus HQE. Qui se préoccupe du prix environnemental à payer ?

Le bilan carbone, énergie grise ou consommation d’eau du suréquipement technologique utile à la gadgetisation des réponses, montre alors des résultats critiquables. Un processus global d’escroquerie intellectuelle est en place sans contre-expertise. L’enjeu environnemental est un débat mal engagé et tire vers le bas, avec davantage de bricolage, de quincaillerie, etc. Doit-on se résigner à cette chronique d’un désastre annoncé ? En 10 ans, la hauteur d’un plénum a été multipliée par trois et la surface de locaux techniques également, est-ce anecdotique ? Qui fait le bilan environnemental de ce surconsumérisme de matériaux et de volumes qui va à l’encontre des besoins ? Est-il possible de protester sans paraître outrancier avant fermeture définitive de la raison. Devons-nous laisser les affairistes de la question environnementale s’organiser en lobby semicrapulaire faisant commerce d’influence sur les maîtres d’ouvrage, un réseau de mafieux de l’environnement organisé en tribu ? Fermer les yeux est coupable.

Comment se taire devant les absurdes critiques faites à l’industrie du béton, matériau à chaîne courte de production plus performant du point de vue des bilans carbone et énergie grise que l’acier ou l’aluminium, ramené aux performances structurelles ?

Le moment est venu, dans un pays qui possède probablement les meilleures entreprises européennes du BTP, de réouvrir en partenariat architectes, ingénieurs et entrepreneurs une procédure en R&D, où il s’agira d’un côté de déréglementer pour, de l’autre, performer sur les bénéfices environnementaux par bilans à l’appui.

Puisque chacun a compris que l’économie du travail ne peut compter que sur elle-même, réinventons d’autres procédures de travail pour l’acte de bâtir dans une nouvelle culture plus libertaire et de proximité technologique. Comprenons-nous ! Ce n’est pas la procédure de partenariat public privé qui porte la réponse, on sait déjà que ce zinzin martyrise l’architecture, l’ingénierie, l’entrepreneur et fait la part belle aux prédateurs financiers dès l’instant où on leur laisse la possibilité sans travailler, de marger sur un rendement à 2 chiffres. Favoriser le besoin de main d’œuvre et réduire l’emphase matériologique est un début de réponse inscrit dans des vraies cibles environnementales à perspective sociale, retrouver les vertus du beau travail, de la belle œuvre, celle sur laquelle il faut passer du temps, qui n’apporte peut être pas de bénéfice économique au commerce du HQE mais apporte un bénéfice moral au débat architectural. Mais pour arriver à un début de retour éthique, il y a un ménage doctrinaire à faire et il faudra chasser les vautours au flytox chargé d’absinthe.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°285

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2009 des Cahiers Techniques du Bâtiment

Nous vous recommandons

Eaux grises (1/2) : un gisement convoité pour la récupération de chaleur

Eaux grises (1/2) : un gisement convoité pour la récupération de chaleur

Présents en France depuis une dizaine d'années, les systèmes de récupération de chaleur sur eaux grises ont gagné en conformité réglementaire et en performance. Leur choix relève[…]

Eaux grises (2/2) : la récupération de chaleur passe aussi par les égouts

Eaux grises (2/2) : la récupération de chaleur passe aussi par les égouts

Un panel de solutions pour mettre les sols à niveau

Un panel de solutions pour mettre les sols à niveau

Data centers (2/3) – À la recherche des frigories gratuites

Data centers (2/3) – À la recherche des frigories gratuites

Plus d'articles