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PATRIMOINE Restauration comparée de deux édifices en pierre Six causes combinées de pathologie des matériaux

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PATRIMOINE Restauration comparée de deux édifices en pierre Six causes combinées de pathologie des matériaux

© (Doc. D. R.)

Les deux plus fameuses églises de la cité marseillaise font l’objet d’études et de travaux afin de réparer les dommages du temps. La tâche est d’autant plus intéressante que les édifices sont contemporains et présentent de nombreuses similitudes quant à leur conception, leurs concepteurs et les matériaux mis en œuvre.

Cathédrale et église ont toutes deux subi les outrages du temps, provenant aussi bien des intempéries, d’une utilisation abusive d’armatures corrodables, mais aussi de la folie des hommes et du vandalisme de la guerre. Ainsi :

– les pierres de parement attaquées par des vents chargés d’embruns marins sont affectées par des phénomènes de desquamation. En particulier, le grès de Golfalina, érodé sur Notre-Dame de la Garde de plusieurs centimètres (jusqu’à 8 cm) ;

– des encrassements de salissures urbaines noires sont omniprésents, à la cathédrale en particulier, ou des encrassements biologiques du fait de déjections animales ;

– des phénomènes de corrosion des métaux, ceux des abat-sons ou des armatures de la maçonnerie interne de Notre-Dame de la Garde, sont les plus remarquables ;

– l’altération des vitraux sous l’impact des pollutions urbaines et marines est également observée, assortie de déformations des cadres en plomb ;

– des impacts de projectiles, datant de la Seconde Guerre mondiale grêlent les parements ;

– sans parler du vandalisme actuel : les bras et la corne des anges sculptés aux quatre angles du clocher de Notre-Dame de la Garde ont été cassés et subtilisés en cours de chantier.

La cathédrale de la Major et Notre-Dame de la garde, deux édifices religieux de la ville de Marseille (Bouches-du-Rhône), ont plusieurs points en commun. Datant toutes deux de la seconde moitié du XIXe siècle, la Major a été réalisée par l’architecte Léon Vaudoyer tandis que Notre-Dame de la Garde fut bâtie par l’un de ses élèves, Henry Espérandieu. Ces deux monuments, d’inspiration romano-byzantine, alternent en parement des pierres calcaires blanches de Calissane (région de Provence) et un grès vert de Golfalina (Italie).

Toutefois, leur état de conservation est notablement différent : Notre-Dame de la Garde, assise sur les hauteurs de la cité phocéenne, particulièrement exposée aux intempéries, a subi de plus lourdes dégradations que la Major, protégée par la ville.

Par ailleurs, leurs statuts sont différents : la cathédrale est classée au titre des Monuments historiques alors que Notre-Dame de la Garde se situe sur un site naturel classé. La responsabilité des travaux de restauration incombe en conséquence à François Botton, architecte en chef des Monuments historiques, dans le premier cas, et à Xavier David, architecte Dplg, dans le second.

Des travaux rapidement engagés après diagnostic. Les protocoles de conservation et de restauration élaborés pour les deux édifices illustrent parfaitement deux courants de restauration différents. Parti interventionniste dans le cas de Notre-Dame de la Garde, les mesures conservatoires sont prioritaires à la Major. Alors que la phase travaux de la cathédrale n’est pas encore entamée (une phase étude des façades la précédant sur environ trois ans), la restauration du clocher de Notre-Dame de la Garde est achevée et les travaux se poursuivent par l’assise de la sculpture de la Vierge en façade nord. Le chantier de Notre-Dame de la Garde a été déclenché en 1999 à la suite de chutes de pierres provenant des parties hautes de l’église. Une étude préalable est alors enclenchée en urgence et confiée au laboratoire du Cebtp de Vitrolles (Bouches-du-Rhône) avec comme objectifs de :

– rechercher l’origine des pierres de façades ainsi que les possibilités d’approvisionnement actuels ;

– rechercher et caractériser l’origine de la pathologie des pierres ;

– définir des solutions de traitement pour l’endiguer.

Au vu des conclusions tirées, des tests approfondis sur produits hydrofuges ont été engagés afin d’identifier le produit le mieux adapté dans le contexte de cet édifice.

90 % du chantier concerne le lot pierre. Du fait de l’état de dégradation des façades de Notre-Dame de la Garde, une forte proportion de pierres a du être remplacée. Non seulement des pierres de parement, de la modénature mais aussi des sculptures (chapiteaux, bras et corne des anges). L’ensemble de ces travaux est exécuté par l’entreprise Girard. La pierre la plus attaquée est celle dite de Golfalina, le calcaire de Calissane venant ensuite. Les colonnes en grès rose étant également très érodées, elles ont toutes été changées contre un granite importé du continent indien ! Certains problèmes structurels « pierre » ont été révélés en cours de chantier après dépose des pierres, la présence de ceintures et armatures dissimulées dans les maçonneries ayant été mises en évidence. Pour la plupart corrodées, elles nécessitent des travaux complémentaires, induisant un surcoût imprévu. Aucun diagnostic préalable n’avait en effet été entrepris en ce sens. Cinq ceintures ont ainsi été révélées au niveau du clocher, quatre ont été enlevées et remplacées par de l’inox marine (316 L), celle de la « chambre des cloches » a en revanche été laissée en place et traitée par protection galvanique. Le dernier exemple en date est celui du piédestal de la statue de la Vierge couronnant le lanternon. Restaurée en 1989, un contrôle de surveillance révèle la chute imminente d’un bloc et la fissuration de plusieurs pierres d’assise. Le bloc a été déposé en urgence, révélant l’état de la maçonnerie interne, renfermant des gougeons et tirants corrodés… L’intégralité des pierres a donc été remplacée, les éléments métalliques également. Partie très sensible, la sculpture métallique (hauteur : 11 m, poids : 9 t) constitue le point le plus élevé de la cité phocéenne (225 m), particulièrement exposé au vent.

Cathédrale : une longue enquête préalable. Rien de semblable pour la cathédrale qui n’en est qu’au stade des études préalables : étude d’altération des parements extérieurs, assortie de tests réalisés grandeur nature et visant au final à définir un protocole de conservation et de restauration adéquat. La priorité de François Botton, architecte en chef de l’édifice, est en effet de privilégier la conservation des parements originaux dans la mesure où aucun défaut structurel n’est mis en évidence. Sauf cas de fort recul du parement, en particulier du grès de Golfalina.

Un diagnostic a donc été entrepris et des essais conduits au Laboratoire de recherches des monuments historiques (Lerm) afin d’évaluer la faisabilité de consolider par imprégnation les pierres altérées et conservées en place. Dans certaines zones, où le parement a reculé par perte de matières, le maître d’œuvre a décidé d’avoir recourt à des produits de ragréage afin de conserver tout de même l’élément. Cette démarche, qui fait l’objet, depuis plusieurs années, d’un développement particulier au sein du Lerm, n’est envisagée qu’à la carte et adaptée à chaque édifice pris en compte. Après différents tests réalisés au laboratoire, trois produits spécialement formulés ont été mis en œuvre sur des zones tests. Ces essais de vieillissement naturel aideront après plusieurs mois à retenir le ou les produits les mieux adaptés, en termes d’accrochage et de résistance. Le diagnostic a également conduit à envisager un procédé laser pour nettoyer les éléments sculptés. Par ailleurs, François Botton estime que 10 à 15 % des pierres de parement nécessitent un remplacement. Le projet architectural et technique permettant de procéder à la consultation d’entreprises (travaux de parements extérieurs), l’urgence est aujourd’hui aux travaux de confortements des chapelles et clocher, suite à des chutes de fragments de pierres. Un autre projet succédera à celui-ci en 2004 : l’étude préalable de l’édifice avec auscultation des structures et recherche des désordres… Le projet de restauration de la cathédrale étant moins avancé que celui de Notre-Dame de la Garde, il est fort probable que le retour d’expérience provenant de cette dernière contribue à définir et à conduire les travaux envisagés dans les années à venir à la Major.

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