Pathologie Mieux prévenir le développement de la mérule

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Des bois œuvrés, la mérule s’étend rapidement dans les maçonneries. Le traitement curatif suppose des opérations de piquage, de brossage ou de brûlage, avant l’injection d’un produit biocide.Demeure patrimoniale ou construction récente peuvent indifféremment être infestées par la mérule, si l’humidité n’y est pas régulée par une ventilation correcte. Identifier les zones à risques

© Docs. Aubriat

En augmentation dans le bâti ancien depuis plusieurs années, la mérule s’avère particulièrement dévastatrice. L’instauration de la loi Alur, qui fixe un certain nombre d’obligations afin d’enrayer cette pathologie lourde, contraint les professionnels à développer des moyens de prévention et de lutte accrus. D’autant que le champignon peut également apparaître dans le neuf.

C’est incontestablement la lèpre du bâti. La mérule, ou serpula lacrymans, est le seul champignon lignivore capable d’attaquer des bois œuvrés à une humidité proche de leurs conditions d’emploi normales - dès 20 % et à des températures d’environ 18-22 °C - et générant des pourritures cubiques qui en altèrent rapidement la résistance mécanique. Plus préoccupant encore, elle est dotée de cordons mycéliens, grâce auxquels elle supporte l’absence d’eau et peut se propager en profondeur dans les maçonneries et mortiers, ainsi que dans des pièces non humides.

Déclaration obligatoire

Sa prolifération est aussi galopante que son apparence répugnante. « Ses premières manifestations s’apparentent à de la barbe à papa ; puis, en phase de fructification, ses spores prennent l’aspect d’un tiramisu », résumait de manière imagée le docteur Faisl Bousta, responsable du pôle microbiologie au laboratoire de recherche des monuments historiques (LRMH), lors d’un séminaire organisé à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle) par l’institut technologique FCBA et Gipeblor.
Redoutablement coriace, la mérule ne peut être éradiquée que par un traitement d’envergure. Pour tenter de cerner cette pathologie plus que menaçante, la loi Alur impose désormais de déclarer en mairie la présence du champignon dès que celle-ci est diagnostiquée. De même, elle oblige à incinérer ou à traiter les déchets de démolition avant leur évacuation, afin d’éviter toute propagation. Comment, dès lors, se prémunir contre ce risque, à un moment où l’on observe qu’après l’Ouest de la France (Bretagne, Normandie et autres zones côtières) où elle a déjà causé de nombreux dégâts au cours des décennies précédentes, la mérule sévit à présent dans le Grand Est, notamment en Alsace et en Lorraine ?
« Plusieurs conditions identifiées sont nécessaires au développement de la mérule, explique Philippe Paquet, responsable certification à l’institut FCBA de Bordeaux. À commencer par l’humidité et le confinement. Il faut un climat tempéré associé à une certaine humidité de l’air, mais surtout, un bâtiment présentant des dérèglements hydriques liés, soit à une dégradation sanitaire, soit à une réhabilitation mal conduite. » Remontées capillaires dans les murs, fuites de canalisation ou de toiture et absence de ventilation offrent ainsi un terrain favorable au développement fongique. À cet égard, le bâti ancien n’est pas le seul concerné, car la mise en œuvre d’une isolation excessive dans une construction neuve peut générer le même type de désordres. Pour prévenir la contamination de l’ouvrage, on fera en sorte de ménager un vide sanitaire aux dimensions suffisantes et correctement ventilé, de soigner le traitement des ponts thermiques. On s’abstiendra également d’abandonner des déchets de bois ou de papier dans les remblais.
Dans l’existant, on veillera plus particulièrement à l’étanchéité de l’enveloppe et aux phénomènes pouvant influer sur l’état sanitaire des assises : écoulement des eaux pluviales, hausse du niveau des nappes phréatiques, pentes inclinées vers le bâtiment, etc. Le risque d’humidification pouvant être aggravé par des travaux d’isolation ou de restauration effectués au moyen de techniques ou de matériaux inappropriés. « On ne peut pas appliquer au bâti ancien des procédés constructifs actuels sans dommage, explique Philippe Paquet. Si l’on pose un lambris directement sur la paroi d’un bâtiment, sans lame d’air ventilée, l’eau ne pourra pas s’évaporer correctement et en viendra à détériorer le lambris. Ce dernier fournira alors un lit idéal à la germination des spores. » Éviter l’infestation du bâti par la mérule suppose ainsi, de la part de tous les professionnels, une mobilisation et une vigilance particulières à l’égard de ces principes. Ce qui, dans les faits, est encore loin d’être le cas.

Professionnels certifiés

Lorsque la mérule apparaît, difficile d’avoir la réaction appropriée, d’autant que « l’épidémie » peut se révéler très virulente. « En quelques semaines, 20 mètres carrés du plancher d’une église ont été colonisés. Il a fallu en condamner l’accès aux usagers pour des raisons de sécurité », rapporte Pierre Becker, architecte-conseil et membre du CAUE de Meurthe-et-Moselle. Pour accompagner les parties prenantes dans leurs démarches, un référentiel de prescriptions techniques, mis au point par l’institut FCBA, détaille les étapes de l’intervention. « Deux mesures sont indispensables : la remise en état de salubrité du bâtiment et un traitement curatif basé sur un diagnostic approfondi », indique Éric Debanne, gestionnaire de la marque CTB-A+, laquelle compte 120 entreprises et 43 agences certifiées pour intervenir, de l’étude préalable jusqu’au traitement. « Il n’en reste pas moins que la vitesse de propagation du champignon peut conduire les victimes d’un sinistre à recourir à une entreprise non certifiée, dans des délais plus courts et des prix moins élevés, déplore Édouard Aubriat, à la tête de l’entreprise spécialisée éponyme. Cela soulève le problème des récidives que l’on peut observer après des traitements inadaptés ou de mauvaises pratiques sur le chantier. » Compte tenu de son coût élevé, la pertinence de l’intervention doit être évaluée à l’aune de la valeur patrimoniale du bien et de son degré d’infestation. De cette redoutable mycose, mieux vaut donc avoir à prévenir les causes que traiter les conséquences.

N°347

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