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Passivhaus : un standard en voie d’internationalisation

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Passivhaus : un standard en voie d’internationalisation

Doté d’exigences déjà sévères répondant aux évolutions des Directives européennes, le standard subira peu de modifications dans les prochaines années. Toutefois, son internationalisation l’oblige à un aménagement incluant une plus grande variété de climats.

Au cours du xvi e congrès Passivhaus, qui s’est déroulé à Innsbruck (Autriche), en mai, le professeur Wolfgang Feist, fondateur de l’Institut Passivhaus de Darmstadt (Allemagne), a tracé les perspectives d’évolution du standard et du mouvement Passivhaus pour les cinq prochaines années.

Tout d’abord, avec dix-sept ans de recul, il est clair que les exigences du standard correspondent à un optimum technique et économique et ne doivent pas être renforcées. Sévériser les valeurs de l’étanchéité à l’air du bâti, par exemple, serait tout à fait possible, puisque de nombreux bâtiments labellisés par l’Institut de Darmstadt font déjà mieux que les exigences du label. Mais cela entraînerait pour bon nombre de constructions, un surcoût disproportionné au regard des économies d’énergie marginales obtenues. Ce qui rendrait le gain inamortissable. Ensuite, dit le professeur Feist, le standard Passivhaus correspond parfaitement aux exigences de la « Directive 2010/31/UE du Parlement européen et du conseil du 19 mai 2010 sur la performance énergétique des bâtiments ». Elle exige qu’à partir de 2018, tous les bâtiments publics neufs, puis à partir de 2020, tous les bâtiments neufs, soient « à consommation énergétique quasi nulle », tout en mettant l’accent sur le caractère raisonnable de l’investissement. Wolfgang Feist indique que les méthodes de calcul et de construction, développées pour le standard Passivhaus, aboutissent exactement à ce résultat. De plus, souligne-t-il, les 30 000 à 50 000 constructions passives édifiées dans le monde depuis vingt ans montrent que cette approche permet d’aboutir à coup sûr à « une consommation d’énergie quasi nulle à coût global optimisé ». « Si l’on veut pousser jusqu’à des bâtiments à énergie positive, dit-il, il suffit de partir d’un bâtiment conforme au standard Passivhaus et de lui ajouter des capteurs solaires thermiques et/ou photovoltaïques. »

Passipedia : site des constructions passives

« Le moment est venu, annonce-t-il, d’orienter le développement du standard Passivhaus vers l’international. » La création de iPHA, l’Institut Passivhaus International (passivehouse-international.org) et du site Passipedia (passipedia.passiv.de), sa base de données technique sur la construction passive, constitue un premier pas en ce sens. Le site Passipedia est pour l’instant disponible en anglais et en allemand, le français est prévu pour 2012. « Enfin, dit Wolfgand Feist, si la définition de base du standard n’évoluera pas, son internationalisation incite l’Institut Passivhaus à proposer des valeurs différentes selon les climats ». Début 2012, une série de valeurs sera définie pour les climats secs et chauds, le Sud de l’Europe, par exemple, et une autre pour les climats humides et chauds. Le plafond de 120 kWh/m².an, toutes consommations d’énergie confondues, demeurera, mais dans ces climats, la part du chauffage baissera fortement, au profit de l’émergence de consommations d’énergie pour la climatisation. Autre direction, complète le professeur Feist, des expériences ont montré depuis trois à quatre ans l’intérêt de la démarche Passivhaus pour des bâtiments atypiques ; des piscines, des grands commerces, etc. Les moyens classiques d’une construction passive - excellente isolation thermique, quasi-suppression des ponts thermiques, très bonne étanchéité à l’air du bâti et ventilation double flux à récupération de chaleur - demeurent parfaitement valables dans le cas de ces bâtiments différents et contribuent à une forte réduction des consommations d’énergie, à l’amélioration du confort et à la préservation du bâti. Les valeurs habituelles, notamment les 120 kWh/m².an perdent leur sens. L’institut de Darmstadt développe des standards Passivhaus particuliers pour chacun de ces bâtiments spécifiques. Les premiers devraient être prêts au début de l’année prochaine et seront présentés au congrès 2012.

Isoler les fondations

Le standard Passivhaus est fortement orienté vers les fondamentaux, notamment la réduction des déperditions. Ce qui se traduit, à chaque congrès, par l’apparition de nouveaux types d’isolation thermique. La suppression des ponts thermiques classiques entre parois verticales et horizontales est considérée comme acquis. Cette année, les exposants en marge du congrès mettaient l’accent sur la conquête de la dernière frontière des déperditions : les fondations du bâtiment. Deux technologies étaient mises en avant pour l’isolation des fondations. Pour les bâtiments de faible hauteur, maisons individuelles jusqu’à R 2 ou R 3, petit tertiaire, salles de sports, etc., plusieurs fabricants, dont Jackon Insulation, Austrotherm ou Basf proposent des plaques de polystyrène expansé (XPS). Assemblées par un système de tenons-mortaises, elles créent un coffrage perdu isolant dans lequel on coule les fondations. Pour les bâtiments plus importants, la résistance à la compression du XPS devient insuffisante. Technopor et Poraver, notamment, commercialisent des granulats de mousse de verre. Issus du recyclage de bouteilles et de chutes de verre, ils offrent une résistance à la compression de l’ordre de 50 t/m² et un ? de 0,8 à 0,075 W/m.K. Les concepteurs allemands les utilisent dans des épaisseurs de 80 cm à plusieurs mètres, selon le poids du bâtiment, en guise d’assise des fondations. Ce qui suffit, sinon pour supprimer leur pont thermique, du moins pour le réduire fortement. Deuxième tendance notable, le rupteur de pont thermique n’est pas du tout limité aux bâtiments avec isolation intérieure. Au contraire, des fabricants comme Schöck soulignent que leurs premiers marchés sont les pays de l’Europe du Nord, où l’isolation thermique par l’extérieur est standard depuis longtemps. Lorsqu’on vise le niveau Passivhaus, les rupteurs de ponts thermiques sont indispensables pour l’accrochage des balcons, mais aussi pour la pose de tout équipement sur une toiture-terrasse. Des constructeurs, dont l’Autrichien Tilg, exposaient au congrès Passivhaus 2011, des méthodes constructives pour réaliser des maisons parfaitement isolées, utilisant de l’isolation par l’extérieur, une isolation des fondations et de la dalle de rez-de-chaussée, une surisolation de la toiture par l’extérieur, des fenêtres triple vitrage avec des huisseries faiblement conductrices et une étanchéité à l’air du bâti soigneusement réalisée.

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