Nous suivre Les Cahiers Techniques du bâtiment

Paille : premières règles de pose

Sujets relatifs :

Paille : premières règles de pose

Daniel Ferrand, ingénieur à Socotec, responsable de l’activité « Diagnostic et gestion de parc immobilier » au sein de la direction des Techniques et des méthodes

Des règles professionnelles de mise en œuvre encadrent désormais l’usage et le mode de pose de la paille utilisée comme isolant. Un texte mis sous surveillance.

Matériau émergent dans la filière verte de la construction, la paille fait désormais l’objet de règles professionnelles acceptées, sous certaines conditions, par l’Agence Qualité construction. Il s’agit de définir les modalités d’utilisation de ce matériau qui présente déjà plusieurs centaines de références en France.

CTB : Quelle est l’origine de ce texte ?

Daniel Ferrand : Les « Règles professionnelles de construction en paille : remplissage isolant et support d’enduit » ont été rédigées par le Réseau français de la construction en paille, qui fédère l’ensemble des acteurs de cette filière. Cet organisme a traduit les conditions d’emploi de ce matériau à partir de bonnes pratiques acquises lors de réalisations reconnues. Car, de la maison individuelle aux bureaux, en passant par de petites salles de sports, voire une maison de retraite, la paille est déjà employée dans de nombreuses constructions ; l’objectif, pour ses promoteurs, étant d’utiliser un matériau d’origine naturelle, proche de son lieu de mise en œuvre, nécessitant peu de liants ou de moyens industriels et assurant des performances voisines des matériaux manufacturés.

CTB : Quelles sont les conditions de son adoption ?

D.F. : Ces Règles professionnelles ont été présentées à l’Agence Qualité Construction qui, après instruction, a décidé de les accepter avec suivi du retour d’expérience, sur une période de deux ans. Il s’agit de les confronter à une pratique sur le terrain, en particulier par des entreprises qui n’auraient pas l’expérience des rédacteurs. Cette demande s’explique aussi par l’origine de ce texte, qui n’a pas été conçu sur la base d’une approche d’analyse de risque comme c’est le cas habituellement. La position de l’AQC permet aux ouvrages réalisés selon cette technique, d’être considérés comme des travaux de technique courante. De ce fait, ils sont couverts dans les conditions courantes d’un point de vue assurance. En complément, il est demandé que les personnels assurant la mise en œuvre de ces techniques justifient d’une formation ou d’une Validation des acquis de l’expérience.

CTB : La nature du produit et surtout son mode de production sont très particuliers, comment harmoniser les caractéristiques ? Et quels sont les usages envisagés ?

D.F. : C’est sans doute un point important auquel répond ce texte. En premier lieu, il s’agit de paille de blé, issue d’une production agricole. Elle est assemblée en bottes, dont la masse volumique doit être comprise entre 80 et 120 kg/m 3 . Les vérifications sur site portent sur le dimensionnement, la masse volumique et la teneur en eau.

La paille est d’abord un isolant destiné à venir en remplissage entre les éléments de structure (souvent des ossatures bois). Les bottes de paille sont posées, soit par empilement entre les éléments d’ossature, soit par remplissage de caissons en bois pour assurer la fermeture du bâtiment vis-à-vis de l’extérieur. Il est également indiqué qu’on peut l’employer en toiture posée sur chevrons ou entre chevrons. L’étanchéité à l’air est assurée par les autres constituants de la paroi (enduits, panneaux, membranes, films, adhésifs).
Les Règles listent les vérifications à effectuer et présentent des fiches de contrôle qui constitueront certainement des outils utiles pour le suivi des constructions, comme le demande l’AQC.
Le texte évoque deux possibilités de parements intérieurs et extérieurs. Il peut s’agir, soit d’un enduit directement réalisé sur la paille, soit de panneaux (en intérieur, les plaques de plâtre sont recommandées). Ces panneaux fixés à l’ossature de la construction, pourront servir de support à un enduit ou à une protection rapportée, par exemple des clins de bois avec une lame d’air.
Des précisions sont données pour prévenir du risque de condensation dans les parois enduites, en fonction des locaux. Le document présente aussi un test pour mesurer la tension au séchage des enduits à base d’argile et comporte des données pédagogiques sur les désordres qui peuvent survenir et les moyens de les traiter.
Des conditions particulières sont imposées aux liaisons avec le sol, la couverture et les menuiseries.
Ce texte (en particulier les croquis) ne se substitue pas aux dispositions constructives prévues dans les règles de l’art des ouvrages périphériques (menuiseries extérieures, étanchéité terrasse, couverture, maison à ossature bois, enduits).
Enfin, des précisions sont données pour l’intégration des ouvrages des autres corps d’État intérieurs (essentiellement les fluides). La paille est autorisée pour les locaux comportant des parois classées EB privatifs, c’est-à-dire susceptibles de supporter des ruissellements d’eau comme les douches.

CTB : Les niveaux de performances du produit sont-ils fixés ?

D.F. : Les performances acoustiques, sismiques ou même de comportement au feu des ouvrages ne sont pas précisées. Aux professionnels de trouver des références qui peuvent convenir. En l’absence de campagne d’essai systématique, les avis sur ces domaines utilisent des interprétations d’essais ou de mesures réalisés sur des ouvrages réels attestant d’un niveau de performance atteint.

La difficulté est d’autant plus grande que le produit n’est pas issu d’une production industrielle et ne présente donc aucun caractère d’homogénéité et les valeurs moyennes qui finiront par être adoptées risquent d’être pénalisées par des coefficients de sécurité inhérents à ces incertitudes.
La parution de ces Règles ouvre, ainsi, un champ d’expérimentation pour les concepteurs et réalisateurs qui devront au fil de l’expérience acquise maîtriser les risques et faire émerger les solutions optimales.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°314

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2012 des Cahiers Techniques du Bâtiment

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news hebdo Cahiers techniques du batiment

Nous vous recommandons

Un label Effinergie patrimoine pour 2019

Un label Effinergie patrimoine pour 2019

Difficile de proposer une rénovation énergétique des bâtiments du patrimoine sans braquer des architectes. Raison pour laquelle le collectif Effinergie, soucieux des enjeux de rénovation liés au[…]

Cinov : « Avec la loi ESSOC, les TPME de l’ingénierie indépendantes (re)deviennent les maîtres de l’œuvre ! »

Cinov : « Avec la loi ESSOC, les TPME de l’ingénierie indépendantes (re)deviennent les maîtres de l’œuvre ! »

Permis d'innover pour 8 lauréats

Permis d'innover pour 8 lauréats

Loi Essoc : vers "un choc sans précédent dans la simplification des normes de construction"

Loi Essoc : vers "un choc sans précédent dans la simplification des normes de construction"

Plus d'articles