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Oqai : dix ans de recherche pour mieux respirer

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Oqai : dix ans de recherche pour mieux respirer

Les questions d’air intérieur sont évoquées depuis une quarantaine d’années dans les pays industrialisés. À la suite du premier choc pétrolier, sont apparus les premiers effets sanitaires en lien avec l’environnement bâti, du fait de la conjonction d’une moindre perméabilité à l’air des constructions, de la réduction du renouvellement d’air et du développement de technologies et de matériaux de construction émettant de nombreux agents polluants dans l’air intérieur. Une évolution similaire concerne les équipements et les installations de climatisation et de traitement d’air, le mobilier et les articles de consommation courante.
Les problèmes de santé dus à cette pollution se traduisent par des irritations de la peau, des muqueuses ou du tractus respiratoire, nausées ou céphalées, intoxication (monoxyde de carbone), pathologies respiratoires, neurologiques... Ces enjeux de santé publique expliquent la création il y a dix ans de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (Oqai), à l’initiative des pouvoirs publics. Son but : mieux connaître la pollution de l’air des espaces clos et en identifier les causes, afin d’apporter des éléments utiles de prévention et de contrôle de la pollution, en sensibilisant les professionnels et le grand public. Sous la tutelle des ministères en charge du Logement, de la Santé et de l’Écologie en lien avec l’Ademe (1) , l’Anses (2) , l’Anah (3) et le Cstb (4) , opérateur du dispositif, l’Oqai est un programme de recherche unique qui ne connaît aucun équivalent à l’international. La première campagne nationale de relevés réalisée de 2003 à 2005, a montré qu’il existe bien une spécificité de la pollution à l’intérieur des logements par rapport à l’extérieur.
La plupart des polluants sont présents à des niveaux quantifiables dans la majorité des logements du parc, mais la répartition de la pollution n’est pas homogène dans les bâtiments, 10 % d’entre eux montrant des situations de multipollution chimique organique. L’état de l’aération des bâtiments montre par ailleurs que le renouvellement de l’air ne dépend pas des systèmes de ventilation tels qu’ils ont été observés en situation. Et que, si la dispersion des débits de renouvellement d’air est moins grande dans les logements équipés de systèmes mécanisés, ces derniers doivent encore gagner en fiabilité pour assurer leur fonction. Après les logements, l’Oqai a élargi son champ d’actions aux lieux fréquentés par les enfants (crèches, écoles), de loisirs (piscines et patinoires), ainsi qu’aux immeubles de bureaux. Début 2012, deux campagnes nationales vont être engagées dans ces deux types de locaux, afin de mieux connaître la pollution de l’air, le confort thermique, acoustique et visuel. Par ailleurs, compte tenu des mutations attendues du parc de bâtiments, du fait des exigences en matière d’économie d’énergie, l’Oqai met en place une base de références sur la qualité de l’air et le confort dans ces bâtiments rendus plus étanches pour être plus performants en énergie. En complément des approches à l’échelle du parc de bâtiments, l’Oqai réalise également de nombreuses études spécifiques sur les polluants. Au cœur de ces travaux, on compte notamment les substances émergentes comme les composés organiques semi-volatils (biocides, phtalates, retardateurs de flamme bromés...). Certaines de ces substances seront prochainement étudiées par l’Oqai, pour la première fois à l’échelon national dans les logements et les écoles.
Les travaux de l’Oqai ont permis de fournir des informations scientifiques utiles pour la prise de décision et l’orientation des politiques publiques (Grenelle de l’environnement, 2007) et PNSE 2, 2009) en matière de qualité d’air intérieur dans les bâtiments - étiquetage des produits de construction et de décoration au regard de leurs émissions en polluants volatils, surveillance de la qualité de l’air dans certains ERP sensibles, ou élaboration de valeurs guides de qualité d’air intérieur.
La tâche est loin d’être achevée car, dans une part importante de lieux de vie, la connaissance de la qualité de l’air et de ses déterminants reste encore très fragmentaire. Quant au vaste chantier de rénovation énergétique annoncé dans la loi Grenelle I, il entraîne des changements radicaux, dont il conviendra de suivre avec attention les impacts possibles sur la qualité de l’air intérieur et le confort des occupants.

N°311

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