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MONTAUBAN Une médiathèque alliant contenu, structure et enveloppe

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MONTAUBAN Une médiathèque alliant contenu, structure et enveloppe

Des équipements de ventilation et d’extraction des fumées sont discrètement intégrés sous le plancher de la mezzanine à R+2.

Remarquable par son architecture sculpturale, la médiathèque de Montauban, dans le Tarn-et-Garonne, est également originale par sa structure béton-acier et son enveloppe complexe mêlant vitrage et bardeau de grès cérame.

Au-delà de sa fonction culturelle, cette médiathèque, nommée « La Memo » joue un rôle clé dans la rénovation urbaine des quartiers est de la ville d’Ingres, dans le cadre d’un programme Anru.

Le terrain d’emprise du bâtiment était bordé et traversé par des voies anciennes. Ainsi, une voie royale, créée sous Louis xiv, détermine encore le parcellaire local, et donc une partie des masses bâties voisines. Au sud, une voie de contournement date du xix e siècle, tandis que la voirie et les bâtiments au nord du site datent pour l’essentiel de la création du quartier des Chaumes dans les années 1960-70.
La médiathèque s’élève aujourd’hui sur un îlot, au centre du dense réseau d’une voirie rationalisée. Cet emplacement s’avère idéal pour un bâtiment « signal » en entrée de ville, tel un « phare du savoir ». Indice révélateur de l’impact du projet, la Memo donne son nouveau nom au quartier : le Quartier de la médiathèque. Bien desservi, cet équipement public dispose d’un parking extérieur (39 places) habilement intégré dans le dénivelé du terrain.

Trois fonctions principales

L’analyse du programme par les architectes les a conduits à le scinder en trois entités d’égale importance : un « forum citoyen » au rez-de-chaussée, un grand plateau de lecture à R 1, des salles de lecture et de travail à R 2. Ces trois fonctions correspondent à une stratification verticale des espaces, du plus ouvert (le forum à rez-de- chaussée) au plus intime (le poste de travail individuel à R 2).
Outre l’attente d’un bâtiment « phare » marquant une profonde requalification du quartier à l’entrée est de la ville, la demande formulée par la commune - maître d’ouvrage - portait sur un « établissement hybride », médiathèque mais aussi lieu de formation permanente, de diffusion des savoirs, d’expositions et de spectacles. Le bâtiment devait favoriser un accès direct aux documents, l’utilisation intergénérationnelle des espaces et la diversité des pratiques culturelles.
Le rez-de-chaussée regroupe le sas et le hall d’entrée, l’accueil, l’espace Actualité (journaux, magazines, accès Internet), un auditorium de 120 places et « Le café des cultures » largement ouvert sur l’espace Actualité. À R 1, « Les mondes imaginaires » juxtaposent des « atolls » feutrés pour lire au calme et un espace dédié à la petite enfance, ponctué de poufs, boules en mousse, grands coussins, tables et rayonnages, composant un univers d’exploration ludique et flexible. Dans la pointe nord-est, au-dessus de l’entrée, la pente du porte-à-faux a été mise à profit pour créer des gradins hors programme, et donc « sans usage prédéfini ». Dans le plancher de l’angle ouest est ménagé un vide - le grand atrium - sur l’espace Actualité du rez-de-chaussée. Au-dessus à R 2, le niveau « Tous les savoirs du monde » est plus tranquille et lumineux. Ce plateau abrite le fonds documentaire. Il est conçu pour faciliter les pratiques liées à l’étude ou à la recherche, avec des salles de travail en groupe, deux alcôves pour travailler seul ou à deux et un laboratoire multimédia. Dans la pointe ouest, un vide sur les niveaux inférieurs établit une communication spatiale et visuelle, une colonne de lumière et de transparence sur toute la hauteur du bâtiment. À l’opposé coté est, un vide symétrique est ouvert uniquement sur le niveau R 1.
À ces trois niveaux en superstructure s’ajoute un sous-sol, dans lequel sont aménagés une galerie d’exposition avec sa régie, des magasins et des locaux techniques.

Volumétrie complexe, mais fonctionnelle

La volumétrie prismatique et les porte-à-faux s’expliquent par la volonté des architectes Colboc Franzen et Associés (CFA) de réaliser un bâtiment « signal », visible et identifiable de loin.
Cette architecture répond également aux traditionnels critères du programme fonctionnel et de l’intégration dans l’environnement, auxquels s’ajoutent ici des considérations symboliques par rapport au passé et à l’avenir du site. Ainsi, la spécificité géométrique la plus notable du projet est le décalage en plan du niveau R 2 en mezzanine par rapport au rez-de-chaussée et au premier étage. Une rotation de 53° l’inscrit sur un axe nord-sud. De la sorte, ce niveau se positionne perpendiculairement à la voie créée sous Louis XIV, plaçant l’édifice et son faîtage dans la configuration historique du lieu. Cette disposition explique la volumétrie du bâtiment : les triangles et les trapèzes caractérisant les façades sont générés par les obliques reliant les extrémités des trois niveaux, notamment le R 2 décalé en plan. La volumétrie à facettes qui en résulte reprend les lignes de force de l’urbanisation récente au nord du site. Au sud, le porte-à-faux est légèrement tronqué pour ne pas empiéter sur la récente voie de contournement.
Plus simplement, la superposition de trois plateaux d’environ 800 m² chacun correspond à une organisation des services en trois grandes entités programmatiques. L’entrée principale de la médiathèque a été délibérément placée dans la façade nord-est, face au quartier en cours de requalification, dont les habitants sont « invités » à investir les lieux. Le premier étage est, lui, éclairé par deux vastes baies vitrées orientées respectivement sud-est et symétriquement nord-ouest. Par leur implantation, le rez-de-chaussée et le premier étage bordent la voie héritée du xix e siècle. Résultat, par la rotation du niveau supérieur et par le positionnement des baies, les espaces de la médiathèque entrent en résonance avec la ville, à la fois dans sa réalité historique et dans ses évolutions urbaines en cours.

L’acier relaie le béton au second étage

À la rotation en plan du deuxième étage correspond une stratification structurelle entre deux matériaux : le béton en socle du sous-sol au R 1, et l’acier au niveau R 2. Le choix du béton pour le soubassement se justifie, notamment, par des raisons de confort acoustique et de sécurité incendie. En revanche, l’acier véhicule une image de légèreté et de précision appréciée pour le niveau « Tous les savoirs du monde ».
Concrètement, le niveau R 2 est encadré et soutenu par deux poutres maîtresses en acier se déployant parallèlement de part et d’autre sur l’axe longitudinal nord-sud du plateau. Des vides triangulaires restent ouverts sur la hauteur de l’étage entre les « barreaux » verticaux et diagonaux. La protection incendie de ces composants en acier est assurée par flocage. Ce dernier est lui-même enveloppé dans des feuilles de plâtre, dont les arêtes sont collées. Le minutieux travail des staffeurs s’exprime dans la finition impeccable de ces éléments bien visibles de part et d’autre du plateau.
Afin de réduire visuellement et structurellement l’impact des appuis verticaux dans l’espace, les deux mégapoutres reposent sur quatre poteaux seulement. Deux d’entre eux sont positionnés dans les angles des étages inférieurs. Les deux autres situés sur les façades latérales du rez-de-chaussée et du R 1 équilibrent les flèches engendrées par les porte-à-faux. Ces quatre points porteurs, de 40 cm de diamètre extérieur, constitués de cylindres creux en acier de 10 mm d’épaisseur, sont remplis de béton. À peine visibles, ces poteaux autorisent une flexibilité d’usage totale. De même, les vides dans la hauteur des poutres offrent des transparences propices à la diffusion de la lumière sur toute la hauteur du bâtiment. Des vitrages de sécurité sur les bords du plateau R 2, en avant des poutres, préservent des vues transversales et obliques entre les niveaux depuis les grand et petit atriums. Indépendant de cette structure mixte, un cylindre en panneaux de béton préfabriqués rassemble les circulations verticales et la majorité des réseaux. Pour un repérage aisé, cette « rotule » est au rez-de-chaussée implantée dans l’axe de l’entrée (voir encadré p. 24).

Des façades sobres et filantes

La perception de la forme du bâtiment est indissociable de celle de son enveloppe, caractérisée en particulier par deux matériaux dominants : la terre cuite et le verre. La première, omniprésente en ville, rappelle l’antique tradition consistant à stoker des parchemins dans des amphores en terre cuite. Au-delà de l’utilisation actuelle du bardage en terre cuite « habillant » une isolation par l’extérieur, ce matériau est ici utilisé de manière extensive, y compris sous forme de tubes de grès cérame pour créer un brise-soleil protégeant les vitrages de la cafétéria au rez-de- chaussée. Autre solution rare, des bardeaux de terre cuite sont fixés sur des portes de service dans la façade sud-est.
Ces mises en œuvre atypiques participent à la création d’une enveloppe homogène, avec une qualité d’aspect (couleur et texture) unique pour les façades opaques, la sous-face des porte-à-faux et en surtoiture partielle de l’édifice (voir encadré).
Les grandes baies vitrées occupant l’intégralité d’une façade d’étage sont conçues sur le principe de la double peau vitrée et ventilée. En partie courante, des vitrages isolants (triples au nord) sont portés par des profilés raidis par des épines également en aluminium (Technal). Cette solution intéressante sur les plans thermique, acoustique et énergétique, complique singulièrement la conception des ouvrants. Architecte, bureaux d’études, industriels et entreprises ont dû collaborer à la mise au point d’accès pompiers aussi réglementaires que discrets. Plusieurs produits d’origines différentes ont été associés pour créer des châssis vitrés et des dormants aussi minces que possible, avec des articulations sur pivots et un simple bouton moleté commandant l’ouverture des vantaux en étage. Détail utile pour l’entretien des faces internes des vitrages de la double peau, des panneaux ouvrants sur pivots sont intégrés dans le brise-soleil terre cuite de la façade nord-ouest.
Autre point singulier, le sas de l’entrée principale est équipé de coulissants se déployant sur 3,5 m de large. Ces panneaux vitrés sont pris en feuillure dans le plancher et le plafond, afin de s’inscrire dans le nu extérieur de verre parfaitement lisse de la façade nord-est. La partie centrale opaque et fixe de cette façade reçoit des panneaux en Emalit à la finition également polie et réfléchissante. Ces dispositifs contribuent à la création d’un volume sculptural, formé de facettes relevant de la même écriture, harmonisant les reflets du verre et du métal avec la matité de la terre cuite.

Questions de tolérances et d’interfaces

Mener à bien un projet aussi complexe pose de sérieux problèmes de synthèse technique et de suivi de chantier. Dès le concours, les architectes ont dû renoncer à l’idée d’une construction en terre compactée, qui leur parut trop compliquée à défendre dans un appel d’offres européen. La construction du bâtiment fut organisée en 17 lots séparés (en comptant les VRD et le paysage). Ce « découpage » du projet exigeait un important travail de coordination sur des ouvrages impliquant plusieurs fournisseurs et plusieurs entreprises, à l’instar de la mise en œuvre de la vêture terre cuite, pour laquelle il fallut obtenir une extension de l’Avis technique de Vetisol pour réaliser les sous-faces des porte-à-faux et un avis de chantier pour la pose des éléments en grès cérame de la surtoiture partielle. Ce dernier point induisait de délicats problèmes d’interface entre étanchéité et surtoiture à l’endroit des supports de cette dernière.
En l’absence d’une cellule de synthèse chez le maître d’ouvrage, l’architecte a dû assurer un travail de conception approfondi sur les détails, avant le suivi de leur exécution. Ainsi, le chef de projet - Géraud Pin-Barras - a dessiné une multitude de plans de calepinage. Exemple type : la définition du dimensionnement des bardeaux (50 x 120 cm en partie courante) s’inscrit dans une trame commune aux surfaces opaques et vitrées, avec des vitrages de 1,20 m de large et 3,50 m de hauteur. Sur les parties obliques, la trame est élargie à 1,35 m pour s’accorder avec la surtoiture.
Pour les grandes baies vitrées, l’architecte a finalement renoncé au VEC envisagé au départ pour obtenir des surfaces les plus lisses possible. De fait, les menuiseries relèvent de techniques de la miroiterie, avec des épines et des châssis en aluminium anodisé et un ensemble de capotages et de parcloses minimalistes, sur des vitrages dont la taille atteint pour les plus grands 1,35 x 4,50 m.
Heureusement, les entreprises ont « joué le jeu », abordant parfois des techniques nouvelles pour elles, comme la préfabrication de béton architectonique pour Lagarrigue BTP ou la découpe dans un atelier forain de bardeaux de terre cuite pour Troisel SA, dont la spécialité d’origine est la charpente.

Des équipements ultramodernes

Les outils informatiques sont omniprésents dans cette médiathèque : plus de 40 postes d’accès à Internet et aux ressources numériques, dont une douzaine dans le laboratoire multimédia, une dizaine de postes de consultation vidéo et autres bornes d’écoute radio et deux cabines individuelles équipées pour les malvoyants et l’autoformation (pratique des langues notamment). Plus spécifiquement, deux techniques innovantes ont été mises en place. La première est la RFID (Radio Frequency IDentification) qui utilise des automates ou des caisses automatiques pour réaliser toutes les transactions de prêt et retour des documents. L’intérêt principal de ce système est de favoriser la fluidité de la circulation des documents et des publics, en accélérant les procédures de prêt, de retour et d’inventaire. Dans le même temps, la RFID permet au personnel de dégager du temps pour les tâches d’accueil du public (conseil notamment). Complément de la RFID, un robot trieur de livres de très grande capacité est dimensionné pour traiter au minimum 600 documents par heure. Cet outil limite les risques d’engorgement des usagers dans le hall en période de pointe. Le recours à ce système a été rendu possible en amont par l’automatisation de la bibliothèque de la ville, opérationnelle depuis septembre 2010. Encore novateurs en France, ces équipements tendent à se généraliser, avec cependant un certain retard sur les pays anglo-saxons.
Comme la VMC, la climatisation ou l’éclairage électrique, ces machines présentent un impact non-négligeable sur la conception et la construction d’un bâtiment. Dans cette médiathèque par exemple, les postes informatiques et autres bornes interactives impliquent l’intégration la plus discrète, la plus fiable et la plus économique possible de nombreux réseaux, irriguant la quasi-totalité du bâtiment. Parallèlement, la localisation des appareils doit être étudiée avec soin pour des raisons fonctionnelles (accessibilité, visibilité…) et techniques (protection contre les rayonnements solaires directs, éclairage générant aucun reflet sur les écrans...).

N°324

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