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MÉTHODOLOGIE HQE : une première démarche vers le développement durable

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MÉTHODOLOGIE HQE : une première démarche vers le développement durable

Ultramoderne, lumineux et convivial, le lycée Léonard de Vinci de Calais (Pas-de-Calais) est l’une des premières constructions HQE sur notre territoire. Le projet a coûté 15 % plus cher qu’un lycée « normal », mais il économise jusqu’à 30 % sur ses dépenses en énergie et en eau.

© (Doc. Dominique Bokalo/ Conseil régional Nord Pas-de-Calais.)

Avec la normalisation, la certification, la haute qualité environnementale (HQE) est passée à la vitesse ­supérieure, pour espérer dans les dix ans à venir, représenter 20 % des opérations et engager ainsi le bâtiment sur la voie du développement durable.

Pas un jour sans que la haute qualité environnementale (HQE) ne soit évoquée dans le monde du bâtiment. Bon an mal an, cette démarche associée à la notion de développement durable dans le secteur est en train, sinon de s’imposer, du moins de se banaliser. Après bientôt dix ans d’existence, on recense aujourd’hui environ quatre cents projets, contre vingt en 2001, qui peuvent se prévaloir de l’appellation HQE. Un chiffre qui reste marginal même s’il révèle l’intérêt croissant pour cette nouvelle manière d’envisager la construction.

La démarche HQE, volontaire et initiée par le maître d’ouvrage – issu le plus souvent d’une collectivité territoriale – peut se résumer à une méthode globale de conception d’un bâtiment, du projet jusqu’à la fin de vie, en intégrant des contraintes environnementales au sens large du terme. Une approche qui oblige à plus de concertation entre tous les intervenants, en vue de réaliser des arbitrages et de trouver le meilleur compromis entre des solutions parfois contradictoires. Dominique Bidou, président de l’association HQE en a donné, dans les colonnes des CTB 235 (page 7), une définition extrêmement simple et ouverte : « Une méthode rigoureuse servant des objectifs ambitieux, à la fois pour l’individu et pour la collectivité. La haute qualité environnementale, démarche concrète, est la traduction opérationnelle du développement durable appliquée aux constructions (…). L’exigence et la souplesse sont présents dans cette définition, car on ne saurait définir une fois pour toutes en quoi consiste la qualité d’une opération de construction ». Il s’agit d’intégrer dans la conception d’un bâtiment l’ensemble des conséquences environnementales et énergétiques liées à son cycle de vie : conception, construction, vie et destruction. Et ce, dans une optique de réduction des consommations énergétiques et des émissions de CO2, de lutte contre l’effet de serre, de confort, de santé, de maîtrise des impacts environnementaux, à l’extérieur comme à l’intérieur, ou encore de préservation des ressources naturelles via l’optimisation de leur utilisation.

D’où la nécessité d’une grande souplesse car il est impossible de définir une fois pour toutes la qualité d’une opération. Il y a une nécessaire adaptation à l’environnement existant.

Quatre groupes d’objectifs. Malgré une flexibilité indispensable, l’association HQE a d’abord matérialisé, pour plus de lisibilité, la démarche au moyen d’une grille de quatorze cibles regroupées en quatre groupes d’objectifs (voir tableau) : l’écoconstruction, l’écogestion, la santé et le confort. Ces grandes familles ont chacune des implications à chaque stade de la vie d’un bâtiment : conception, construction, vie et destruction, tout en interagissant entre elles. Philippe Duchêne Marullaz, chef du département développement durable au Cstb, affine la proposition en précisant « que la démarche HQE est à la convergence de deux objectifs :

- l’introduction des préoccupations environnementales dans le processus constructif, programmation, conception construction et gestion, pour disposer, au final, d’un projet offrant un mieux notable par rapport aux impacts environnementaux ;

- l’amélioration globale de la qualité pour l’usager, par la mise en place d’un processus de qualité type Iso 14 000 ». Une approche qui, selon lui, présente au moins trois avantages : « Une meilleure gestion des ressources planétaires, l’amélioration du confort de l’individu par des réponses plus ciblées vis-à-vis de ses attentes, et une diminution des coûts par une gestion plus fine d’équipements de meilleure qualité. » Si la qualité environnementale génère aujourd’hui des surcoûts en comparaison avec une opération habituelle, elle doit procurer des gains importants en gestion et en maintenance. Idéalement, ces surcoûts devraient être absorbés par les économies liées à l’exploitation d’un bâtiment mieux conçu. Autre facteur important qui, un jour ou l’autre, sera forcément pris en compte : la diminution des surcoûts eux-mêmes. Actuellement inévitables en raison de la nouveauté, ils devraient diminuer lorsque de nouvelles habitudes constructives auront été prises.

Les produits HQE n’existent pas. Aujourd’hui, la démarche HQE se trouve à un tournant de son existance, en raison du nombre croissant d’opérations déclarées comme telles voire autoproclamées sans moyen de valider. Elle est en train de passer d’une phase expérimentale à une phase plus concrète, qui passe par la normalisation des produits et procédés constructifs et la certification des opérations déclarées comme telles. Le but : disposer d’une règle du jeu, qui crédibilise et valorise les bonnes opérations ou du moins réputées comme telles.

Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur la documentation des industriels concernant leurs produits de la construction : quasiment tous proposent des produits parfois autoproclamés HQE ou s’inscrivant dans la démarche HQE. À croire qu’il en a toujours été ainsi. Philippe Duchêne Marullaz apporte un bémol en précisant que « les produits HQE n’existent pas. L’HQE n’étant ni un label ni une marque ». En effet, il n’y a pas et il ne peut y avoir de listes de produits HQE, tous les produits de la construction présentant des caractéristiques environnementales et sanitaires différentes, tout comme le sont leurs caractéristiques techniques et économiques.

En ce sens, la norme expérimentale XP P01-010, qui s’attache à caractériser la qualité des produits construction, devrait mettre un peu d’ordre. En deux parties, – « Méthodologie et modèle de déclaration des données » et « Cadres d’exploitation des caractéristiques environnementales pour application à un ouvrage donné » –, elle apporte, en fonction de critères précis, une information plus rigoureuse sur les produits en matière de performances environnementales. Elle fixe un cadre commun, mettant en évidence les impacts environnementaux des produits mais aussi leurs contributions à la vie du bâtiment. À ce jour, une vingtaine d’industriels ont déjà réalisé, sur la base du volontariat, des déclarations environnementales, sous forme de fiches de déclaration environnementale et sanitaire (Fdes), qui y sont conformes. De la fabrication au recyclage, les caractéristiques environnementales de leurs produits sont spécifiées. Cette norme est actuellement en révision pour être complétée et simplifiée.

Base de données Inies. Deux autres approches permettront à terme d’identifier des produits en phase avec HQE. Toujours sur la base du volontariat, la procédure d’avis technique peut intégrer dès aujourd’hui, les données environnementales. Un groupe de travail spécifique du Cstb, le Comité environnement et santé de l’avis technique (Cesat), a mis en place un codage méthodologique qui introduit dans la procédure des thèmes reliés à l’environnement et à la santé. Cette évaluation facultative vient en complément de l’AT. Les industriels peuvent ainsi positionner leurs produits innovants au regard des critères sanitaires et environnementaux et renseigner prescripteurs et utilisateurs. L’examen d’un dossier par le Cesat porte sur la déclaration environnementale du produit au format de la norme XP P 01-010 pour les aspects environnementaux et sur les évaluations des émissions chimiques (COV et formaldéhyde), des émissions radioactives et de l’aptitude des produits à favoriser ou non la croissance fongique (moisissures) pour les aspects sanitaires.

Enfin, la base de données Inies, qui regroupera l’ensemble des fiches de déclaration environnementale relatives aux produits de construction, sera consultable sur Internet dès le quatrième trimestre de cette année (à l’occasion de Batimat, en novembre 2003). Cette base, dont l’opérateur est le Cstb, constitue une référence nationale. Elle est placée sous le patronage de la Direction générale de l’urbanisme, de l’habitat et de la construction et de l’Ademe. Elle regroupera l’ensemble des Fdes relatives aux produits de construction. Ces Fdes, établies selon la norme XP-P 01-010 et fournies sous la responsabilité des fabricants, regroupent toutes les informations disponibles sur les caractéristiques environnementales et sanitaires. À terme, il n’est pas exclu d’aller plus loin dans la normalisation des produits de la construction. En revanche, pour Philippe Duchêne Marullaz, « il n’est pas question d’établir de liste noire ou de s’engager dans une démarche trop manichéenne. Tous les produits sont à considérer, comme précédemment, en fonction de leur qualité d’usage avec, en plus, leur impact sur l’environnement ».

Ne pas laisser aux fabricants la maîtrise de l’information. Cela dit, de nombreux acteurs, principalement maîtres d’ouvrage et architectes, se sentent mal informés, voire perdus dans la nébuleuse des produits et systèmes constructifs. D’aucuns souhaiteraient une démarche plus rigoureuse, permettant d’établir des comparatifs à l’aide de grilles d’évaluation, par exemple. S’ils connaissent, pour les pratiquer depuis longtemps, les qualités d’usage d’un produit donné, ils connaissent beaucoup moins bien son impact sur l’environnement, sur l’ensemble de son cycle de vie. D’autres pensent plus radicalement que certains produits n’ont pas leur place dans cette démarche. Il s’agit en fait de ne pas laisser aux seuls fabricants la maîtrise de l’information dans ce domaine. L’architecte Didier Hilar, féru de la question, ne verrait pas d’inconvénients, par exemple, à ce que l’on profite de l’occasion pour « une remise en question de tous les matériaux ».

Parallèlement à la prise en compte des produits, une certification d’opérations HQE tertiaires est en cours d’expérimentation depuis le début de l’année sur les vingt opérations lauréates de l’appel à projets de l’Ademe. Les principes en ont été élaborés par le Cstb. Un travail réalisé en concertation avec les experts couvrant l’ensemble des domaines. Il porte à la fois sur le système de management de l’opération (SMO) – défini comme « l’ensemble des éléments permettant de fixer les cibles environnementales prioritaires et d’organiser l’opération pour les atteindre, tout en maîtrisant les processus de réalisation opérationnels » – et sur la Qualité environnementale du bâtiment (QEB)– structurée selon les 14 cibles. Trois niveaux de performance sont définis : « base » correspondant à la réglementation ou à la pratique courante, « performant »et « très performant » – ce qui se traduit par la mise en place de deux référentiels. En cela, la certification s’intéresse au processus opérationnel, comme au résultat attendu puis obtenu.

Obtention d’un profil minimum. Dans cette procédure, c’est au maître d’ouvrage qu’il revient de définir les objectifs environnementaux propres à son opération, suivant une hiérarchisation des cibles. En effet, le projet de certification HQE tertiaire subordonne l’attribution du certificat à l’obtention d’un profil minimum, défini par un niveau « très performant » pour au moins trois cibles, un niveau « performant » pour au moins quatre cibles et un niveau « base » pour les sept cibles restantes.

Tout en évaluant ou en faisant évaluer la QEB au long de l’opération. Le but est de vérifier que les objectifs sont bien atteints et, au besoin, d’apporter les correctifs nécessaires pour qu’ils le soient.

Ce projet se limite, pour le moment, aux bâtiments neufs de quatre catégories, à savoir bureaux, bâtiments d’enseignement, hôtels et commerces. Au cours de la phase expérimentale, il est prévu d’étendre le champ d’application de la certification aux projets de réhabilitation, ainsi qu’à d’autres types de bâtiments (sport, santé…).

Pour Philippe Duchêne Marulaz, « le projet de certification offre l’avantage de ne pas imposer le choix des solutions pour atteindre les objectifs, l’essentiel étant de les atteindre. Une certification qui encourage l’utilisation de différentes filières et autorise la mixité des produits de construction ». Une démarche qui globalement permet de revisiter la qualité et la liaison avec l’environnement de l’ensemble du processus de construction et qui a, entre autres, deux objectifs : protéger l’usager en vérifiant les caractéristiques d’une opération et valoriser les professionnels qui s’engagent dans la démarche.

Risque d’adaptation à la règle. Cependant, ce projet de certification ne fait pas l’unanimité auprès des architectes et bureaux d’études qui lui reprochent une trop grande rigidité. Or, la démarche HQE est ouverte et évolutive par définition. En effet, comment prévoir quelques années à l’avance, lors de la conceptualisation d’un projet, l’évolution des matériaux et techniques jusqu’au jour de la livraison. Cela reviendrait à dire que le normalisateur est capable d’anticiper les idées du concepteur. D’autant que chaque projet est une expérience unique qui évolue tout au long de sa mise en place. Or, le seul moyen d’y arriver est justement de ne pas s’enfermer dans la réglementation, laquelle induit un risque d’adaptation à la règle. Et ceci pourrait avoir pour conséquence de scléroser la démarche à partir de l’état actuel des connaissances et des pratiques… En totale contradiction avec les objectifs défendus dans l’idée de développement durable ! D’autres critiques portent sur le nombre jugé insuffisant de cibles à respecter. Schématiquement, le maître d’ouvrage peu scrupuleux ne mettrait l’accent que sur les trois principales cibles en se contentant de répondre correctement, sans véritable étude aux questions y afférant et en négligeant les autres cibles.

À ces critiques, Philippe Duchêne Marulaz répond « qu’il y a peut-être eu un manque de communication, voire de concertation de la part du Cstb et certainement une complexité dans le référentiel qui reste à peaufiner. Dans tous les cas, la certification, expérimentée dans le cadre de l’appel à projets de l’Ademe, reste adaptable à la suite de cette expérience. Tout cela reste très ouvert et les projets de réglementation amènent toujours ce genre de critiques. » Et d’ajouter : « Aujourd’hui, dans la réalité, le maître d’ouvrage n’approfondit pas les quatorze cibles, il répond le plus souvent au bon usage. » Autrement dit au minimum réglementaire.

Construction durable. Dans tous les cas, cette expérience sur les vingt projets apportera un recul inédit, qui indéniablement fait aujourd’hui défaut. Malgré ces critiques de jeunesse, la démarche HQE est bel et bien engagée. Il lui reste maintenant à sortir du stade expérimental. Le retour d’expérience sur ces projets l’y aidera certainement. Pour accéder à la banalisation, il faudra que tous les acteurs jouent le jeu et ne se contentent pas, comme on peut parfois l’observer aujourd’hui, de faire des opérations de communication. La HQE n’est pas et ne doit pas devenir un argument commercial, les enjeux sont trop importants. Gageons que chacun saura avoir une attitude citoyenne.

Pour Philippe Duchêne Marulaz : « Il faut que dans les dix ans au plus tard, la démarche soit complètement banalisée et qu’au minimum 20 % des constructions y soient conformes. » De nouvelles pistes s’ouvrent déjà pour l’élargir et lui donner encore plus d’envergure. Il est absolument indispensable, par exemple, que les maîtres d’ouvrage du privé s’en emparent.

Philippe Duchêne Marulaz donne déjà d’autres orientations : « À terme, il sera impératif d’avoir une vision plus large, plus globale – sur l’ensemble d’un quartier, par exemple – et de ne pas se contenter d’un immeuble. Autre question à se poser : l’évolution des modes de vie et d’occupation des immeubles avec la prise en compte du paramètre population vieillissante et médicalisée. Il en sera de même pour la prise en compte des moyens de communication. Il s’agira de faire de la domotique sans rester au stade du gadget et sans faire augmenter de façon exponentielle les consommations électriques. Il conviendra également de sortir de l’exception française, en abandonnant le vocable HQE pour parler de construction durable et aller vers un ensemble européen » et, pourquoi pas, mondial…

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