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MÉTHODE Déconstruction express d’une friche industrielle

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MÉTHODE Déconstruction express d’une friche industrielle

Un bric-à-brac indescriptible de bâtiments interpénétrés au fil des ans, tel se présentait ce chantier de démolition. (Doc. DR.)

Ce chantier de cinq mois a permis de libérer l’espace nécessaire à la réalisation d’un vaste projet de restructuration urbaine qui comprend la création d’un atelier-relais de ganterie. 3 000 m3 de matériaux inertes et 1 000 tonnes de matériaux pollués ont été évacués.

«Ce chantier est un véritable cas d’école », affirme Karine ­Leppaillhe, responsable du projet d’Arcadis, société qui assure la maîtrise d’œuvre des travaux de réhabilitation de l’ancien tènement Guibert. « Nous sommes en effet sur le site d’une ancienne mégisserie-ganterie de plus d’un hectare, à proximité du centre-ville de Millau ­(Aveyron), un site sur lequel cohabitaient vingt bâtiments (jusqu’à R 3) plus ou moins endommagés. En effet, certaines parties des locaux, datant des années 1950 pour les plus anciens, étaient partiellement ­effondrées (suite à des incendies récurrents) et plus ou moins imbriquées selon les époques de construction. Autrement dit, une sorte de patchwork architectural et industriel, dans une ambiance « postcataclysmique », qu’il fallait détruire, ou plutôt déconstruire. Par ailleurs, les travaux qui prévoyaient la conservation d’une partie des façades existantes et celle d’une ancienne chaudière monumentale en briques réfractaires – élément clef d’une future scénographie (voir encadré) –, nécessitaient un véritable travail de démolition sélective, avec tri des matériaux in situ et respect de procédures rigoureuses en fonction des polluants répertoriés sur le site.

Ces derniers avaient été, bien entendu, préalablement identifiés et cartographiés, la Drire (1) de Midi-Pyrénées souhaitant que la Communauté de communes, eu égard au lourd héritage industriel du lieu, mette en œuvre des investigations complémentaires alors que le site figurait déjà en classe 1 – « Sites prioritaires pour des investigations approfondies ».

Amiante, chrome, arsenic et vieilles poutrelles

Dans la pratique, la caractérisation des matériaux de construction a porté essentiellement sur les niveaux en rez-de-chaussée, « ceux qui accueillaient les activités de tannerie et de traitement des peaux », précise Karine ­Leppaillhe. Autrement dit, les zones susceptibles d’avoir été polluées par les substances chimiques employées dans ce type d’activité. Les prises d’échantillons et les analyses effectuées en laboratoire ont conclu, pour l’essentiel, à la présence « d’arsenic, de chrome et d’hydrocarbures aromatiques polycycliques », révèle Jean-Luc Gayraud, président de la Communauté de communes, ces polluants étant principalement concentrés dans les dallages béton, les matériaux de maçonnerie (bacs de trempage) et les foulons en bois. Bien entendu, un diagnostic amiante a été effectué en amont des travaux, les experts concluant à un volume relativement faible mais à la présence de formes diverses disséminées en de nombreux endroits des bâtiments : couverture, joints, dalles de revêtement de sol, tresses de calorifugeage… Environ quarante tonnes d’amiante liée (canalisation, toiture, bardage) ont été évacuées (voir encadré) sur des palettes filmées en centre de classe II, alors que l’amiante friable, ­essentiellement concentrée autour des chaudières, a été éliminée en « big-bag » après mise en place d’un système de confinement par dépression, à double sas, interdisant tout ­risque de rejet dans l’atmosphère.

Déconstruction de haute précision

Côté déconstruction, l’une des principales difficultés résidait dans la proximité de nombreuses habitations. « L’une des trois cheminées de 25 m de hauteur, préalablement fragilisée au brise-roche hydraulique, a été abattue au moyen d’un système d’élingues qui nous a permis de gérer la direction de chute », souligne Bernard Rascalou, le reponsable technique de la Communauté de communes. La conser­vation de la façade existante a nécessité son renforcement préalable au moyen d’IPN et d’équerres alors que « la démolition d’un des bâtiments nous a également contraints à opérer en conservant un contrefort afin de ne pas compromettre la stabilité de l’immeuble mitoyen », poursuit Christophe Bonneau, chef de secteur de Séché Réalisations. Les produits issus de la déconstruction sélective, réalisée par abattage mécanique progressif jusqu’aux rez-de-chaussée, ont été triés in situ et stockés sur des aires spécifiques, la zone accueillant les matériaux pollués étant constituée d’une géomembrane dotée d’une couverture en polyane afin d’éviter tout risque de lessivage. « Une couche de grave ciment, mise en place au préalable, permettait aux engins de circuler sans risque d’endommager la géomembrane », précise Christophe Bonneau. Au final, 3 000 m3 de DIB (déchet industriel banal) et environ 1 000 t de déchets pollués auront été évacués vers les différentes filières. La dernière étape de dépollution des terrains a ­révélé de bonnes surprises. Les études ont démontré que, contrairement aux attentes, la situation n’était pas aussi catastrophique : « La pollution, principalement aux naphtalènes, étant concentrée autour de trois « spots » principaux à une profondeur maximale d’environ 3 m », conclut Karine ­Leppaillhe.

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