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Matériaux naturels pour le siège social de EMI France    

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Matériaux naturels pour le siège social de EMI France    

1. Une alternance de panneaux pleins en brique et vitrés, habille l’ossature préfabriquée, côté jardin.

Implanté au cœur d’un îlot parisien, cet ensemble de bureaux se développe comme de petites maisons de villes autour d’un patio central. Calepinage complexe, surtoitures de sheds, alternance d’éléments industrialisés en briques autoportantes, couvertures végétalisées… répondent au programme et à l’esthétique chère à l’architecte Renzo Piano.

Sur une friche industrielle composée à l’origine d’entrepôts et d’ateliers datant de la fin du xixe siècle, il ne subsistait qu’un hangar bien trop vétuste pour être réhabilité. C’est donc sur une emprise libre d’environ 5 500 m2 que Renzo Piano a réalisé le siège de la société Emi Music ­France (ex-Virgin) sur une base très simple et intimiste : quatre corps de bâtiments organisés autour d’un jardin central qui sera agrémenté d’une pelouse et de bancs. Traité comme un ­cloître d’abbaye, cet espace unitaire est longé de galeries couvertes qui font office de déambulatoire et d’espaces de transition entre l’extérieur et l’intérieur. Refusant de construire un immeuble de bureaux classique, le maître d’ouvrage souhaitait recréer, pour son site voué à la musique, un concept de « village » s’appuyant sur la juxtaposition de « maisons ». Cela afin de ­pouvoir abriter, sous un même toit, tous les services de la direction Europe, c’est-à-dire l’administration de la société d’édition, les espaces communs, une salle de spectacles indépendante et les différents labels.

Une identité propre pour chaque bâtiment

Chaque édifice possède une morphologie spécifique et ses propres fonctions, dans un ­gabarit peu dense. Deux niveaux rappellent visuellement les halles industrielles de la fin du siècle dernier. Le premier, qui longe la rue, est bâti suivant une trame biaise. Il accueille des bureaux, à l’étage, qui communiquent par une coursive fermée et vitrée sur la cour. En continuité et en retour, le second bâtiment abrite également des bureaux. Très vitré, il est surplombé d’une toiture-terrasse continue. En vis-à-vis du premier, le troisième édifice, très orthogonal, reprend le même principe parcellaire que celui utilisé pour le bâtiment sur rue, avec des travées tramées en 5,40 m, couronnées par une succession de sheds identiques. Elles sont liaisonnées par une trame technique intermédiaire de 0,90 m qui correspond au chéneau encaissé et permet l’intégration des divers réseaux, dont ceux d’électricité et de ­clima­tisation.

Ponctuées par des patios et desservies par quatre passerelles en acier bien identifiables, ces « nefs » à triple hauteur accueillent les différents labels de Emi et affirment leur autonomie. Situés en « rez-de-douve », sur un principe de cour anglaise permettant un éclairement des espaces, les sous-sols servent de salles de réunion. Refermant l’espace sur la côté, le quatrième bâtiment, plus compact, chapeauté par une simple toiture à deux pentes, accueille sur deux niveaux une salle de spectacles désolidarisée et isolée, accolée à une cafétéria de plain-pied, ouverte sur le jardin, surmontée d’un salon et d’un comble dénommé « espace new média » (Internet). Aussi homogène que diversifié, cet ensemble de 8 620 m2 SHON  abrite de 220 à 280 salariés.

Un système constructif 100% acier

L’esprit industriel du lieu se manifeste aussi par le choix d’une structure « meccano » en acier galvanisé. Volontairement apparente et ne se dressant que sur deux niveaux (RdC et 1er), cette structure n’est pas assujettie aux contraintes de protection incendie, à l’exception de quelques trappes de désenfumage. Seule la salle de spectacles, considérée phoniquement comme une « boîte dans la boîte », est traitée antifeu par un flocage de sa structure et de sa charpente.

Pour le reste, l’ossature visible est un système poteaux/poutres et charpentes métalliques permettant, en façade, une alternance de panneaux vitrés ou en brique. La superstructure, entièrement calepinée et découpée en atelier, a été galvanisée à chaud en usine, puis acheminée sur le chantier, afin d’être assemblée et montée sur place. Elle se compose de poteaux à profilés industrialisés IPE 300 ou HEA 240, disposés suivant une trame de 5,40 m de largeur (alternée d’une trame technique de 0,90 m) et de 3,60 m et 8,10 m de profondeur. Posées uniquement dans le sens transversal de l’épaisseur des bâtiments pour éviter toute retombée dans la trame de 5,40 m, les poutres à profilés IPE 270 sont boulonnées aux poteaux à l’aide de platines métalliques. Des planchers collaborants en bacs acier de type Cofrasta 70 de chez Haironville sont alors posés et fixés sur les poutres à l’aide de clous et de connecteurs, avec un ferraillage de dalle et le coulage de 20 cm de béton, dont la masse assure une bonne isolation acoustique. Comme les bacs acier nervurés ont servi de fond de coffrage, ils ont été laissés apparents en sous-face.

Un traitement de façade exclusif

Destinés surtout à des bâtiments agricoles, les panneaux de brique utilisés sont des éléments préfabriqués de type BMI 20 ­(Terreal). De 0,60 m de largeur et de 2,60 m de hauteur maximale, ils peuvent être superposés, mais leur propriété d’autostabilité ne dépasse généralement pas deux niveaux. Chacune des quatre ­façades, traitée différemment, présente plus ou moins de briques. Sur rue, elle affiche un front haut continu opaque surmonté par des sheds, alors que les autres façades plus ouvertes, côté jardin, se composent d’un ou de deux niveaux rythmés par des panneaux vitrés à ossature aluminium. Très structurées, les façades présentent des travées régulières axées de 5,40 m de large qui se décomposent en six pas de 0,60 m de large, permettant l’intégration des panneaux de brique. Transparents et opaques, ils s’intègrent parfaitement à une ossature en acier apparente qui les ceinture et en souligne les verticales et les horizontales. L’entreprise Batex s’est chargée de la mise en œuvre de ces panneaux et a dû les adapter, en fonction des exigences architecturales et techniques. Elle a fait évoluer le produit vers un ­panneau sandwich pourvu d’une isolation intégrée, avec sa face extérieure sablée (voir encadré). L’étude technique, très poussée, n’a pas fait l’objet d’une Atex, considérée trop compliquée et trop coûteuse, mais d’une collaboration étroite avec le bureau de contrôle qui a suivi de près les adaptations et les a validées. Il en a résulté un prix de panneau de brique au m2 élevé qui, s’il varie de 190 à 243,50 E HT à l’achat, aboutit à 627 E environ, pour le produit fini. Soit un prix ayant quasiment triplé, par rapport à la référence de base. Il est vrai que l’entreprise Batex a comptabilisé 1 800 heures d’études, pour l’ensemble de son intervention…

Suivant la volonté architecturale d’apporter une note naturelle, chaque terrasse non accessible (mais visible) a été végétalisée. Le procédé, à caractère extensif, est le système Sopranature de Sopréma (référence « Toundra »). Adapté aux grandes surfaces, ce système de végétalisation (voir encadré) présente de nombreux atouts. La faible épaisseur du compost évite le développement de ­mauvaises herbes et la surcharge à saturation d’eau, réduite, est de l’ordre de 90 kg/m2. De plus, la végétation de type naturel à plantes leur permet de se régénérer et de s’entretenir elles-mêmes. Cela génère un entretien minimal qui se résume à une visite annuelle de ­contrôle. Prévu sans arrosage, sauf en cas de sécheresse prolongée, ce dispositif régule également les eaux de pluie, avec un effet retard en cas d’orage qui n’évacue que 40 % de l’eau, les 60 % restants se trouvant stockés sur le toit, pour s’écouler lentement, plus tard. De plus, cet apport de végétaux en site urbain dense, comme à Paris, offre l’agrément d’une végétalisation qui retient les poussières.

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