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Matériaux de récupération pour boutique de luxe

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Matériaux de récupération pour boutique de luxe

En fond de boutique, la structure bois dissimule des espaces de stockage pour les vêtements. En partie basse, les collections de prêt-à-porter se révèlent au client lorsque le vendeur déclenche l’ouverture des portes grâce à un badge électronique. Elles se relèvent pour venir se superposer sur les écrans du haut.

Un spectaculaire assemblage de bois, carton et plaques d’impression en aluminium met en scène accessoires de mode et projections vidéo, dans un « concept store » parisien où les collections de prêt-à-porter sont dissimulées pour mieux s’exposer.

Les concepts des boutiques de prêt-à-­porter de luxe de l’enseigne L’Eclaireur sont toujours innovants. Du point de vente en sous-sol (Champs-Elysées, 1980), au lieu sans vitrine, sans nom, sans ouverture sur la rue (place des Victoires à Paris, 2001), Armand et Martine Hadida, cultivent l’art de la surprise et de la mise en scène. Pour réaliser leur sixième « concept store », ouvert fin 2009 dans le quartier du Marais à Paris, les maîtres d’ouvrage ont fait appel au Studio Arne Quinze (SAQ) installé à Bruxelles. Cet atelier de design et d’architecture conceptuel a été fondé par un artiste flamand dont le travail mixe procédés technologiques et éléments recyclés.

Sur ce chantier qui a duré neuf mois, l’équipe du SAQ a imaginé un espace « qui ne soit pas un magasin mais une expérience » : « On est parti de l’idée d’un dressing intime et mystérieux, qui apporte de la surprise, où les objets ne sont pas exposés d’une manière facile. Pour le visiteur, c’est un trajet à parcourir, dans un lieu qui ne dévoile pas de suite ses secrets », explique Roel Dehoorne, architecte chef de projet.

Des penderies à ouverture automatique

Occupé par de multiples activités depuis le xviie siècle au cours duquel il servait de garage pour la marquise de Sévigné, avant même la construction de l’immeuble adjacent, le local de 450 m2, ex-galerie d’art japonais, a été entièrement mis à nu pour recevoir une sous-structure de tasseaux, vissée aux murs existants. Pas moins de 170 caissons en bois de dimensions variées sont venus intégrer la structure primaire. Destinés à loger des écrans plats ou à exposer les accessoires de mode, ces niches ont été livrées précâblées et perforées (par fraisage) pour y encastrer des leds en fin de chantier. L’« ossature » a ensuite été recouverte de panneaux en medium de 18 mm d’épaisseur, découpés à dimension. « Le gros travail a consisté à intégrer les leds à la fois dans les niches et derrière la structure bois », souligne Roel Dehoorne.

L’espace du fond (92 m2) est conçu comme un lieu multifonction dédié à des soirées, expositions vidéo et autres événements artistiques. En façade, la structure en tasseaux (en partie haute) est complétée par dix châssis acier, soudés en atelier et fixés au sol. L’ensemble intègre également des niches pour les écrans plats. Les châssis sont équipés d’un moteur central qui permet de manœuvrer dix panneaux automatiques (H. 2 x l. 2,50 à 3 m) équipés de bras pivotants. Ces portes dissimulent des penderies (P. 60 cm) où les collections de vêtements « restent invisibles aux clients, pour être mieux exposées ». « Armand Hadida est convaincu que la vente ne dépend pas du produit en soi mais de la qualité et du talent du vendeur », explique Roel Dehoorne. C’est pourquoi, seul le vendeur qui accompagne son « hôte » peut les ouvrir grâce à un badge électronique glissé dans un boîtier intégré à la structure.

En appuyant sur un bouton, les portes se ­relèvent ou s’abaissent. « Cela crée un effet surprise, une réaction des gens très curieuse à voir », s’amuse le chef de projet.

En fin de course, les portants garnis de vêtements s’avancent automatiquement. Le mouvement se fait par une sorte de glissière semi-circulaire fixée de part et d’autre des bras charnières des portes qui, en fin de course, pousse l’extrémité des portants vers l’avant.

Habillage en bois, carton et alu

Après ces travaux, les équipes belges du SAQ (avec la société Paradoxe) et d’Arne Quinze (studio Quinze & Milan) sont venues habiller la paroi-support. Trois matériaux types ont été utilisés : environ 1 tonne de bois recyclé, plus de 200 cartons d’emballage et quelque 350 plaques d’impression en aluminium (2 x 2 m x ép.1 mm), tous les éléments étant simplement vissés sur la structure bois.

« L’idée de base, c’était de travailler avec du matériel trash et lui donner un aspect final presque luxueux », précise l’architecte. Une maquette réalisée en 3D n’a pas suffi pas à montrer « l’aspect agressif » des matériaux voulu par le studio et son client.

L’équipe a donc réalisé un prototype de 40 m2 en atelier (équipé des penderies automatiques), qui a subi des modifications en cours de chantier. « Sur place, on savait où on allait, mais c’est impossible de marquer ça sur le papier, poursuit Roel Dehoorne. C’est un travail de composition ».

Par exemple, la couche supérieure du carton a été enlevée par endroits pour laisser apparaître la structure interne du matériau ; ou encore, les plaques d’alu découpées ont été froissées, martelées… « Pour ce type de matériau, la norme impose un classement de réaction au feu M2 (difficilement inflammable), mais comme le procédé que nous utilisions n’était pas standard, le bureau de contrôle, qui passait régulièrement, n’a pas voulu prendre de risques et nous a demandé un classement M1 (non inflammable).

Ce qui était particulièrement difficile pour le carton. Finalement, on a trouvé un produit ignifuge en phase aqueuse (« CartoFlam » de Lurie) à appliquer sur le support avant de le fixer sur les parois bois. »

Pour uniformiser ces éléments, deux couches de revêtement polyuréthanne utilisé pour étanchéifier les piscines ont été appliquées au pistolet sur toute la surface (2 à 3 mm d’épaisseur).

« Ce produit liquide se rigidifie avec le temps et blanchit de façon étonnante les éléments qui semblent recouverts de gel », raconte le chef de projet. Deux couches de laque pour carrosserie automobile au coloris irisé, qui réagit à la lumière ambiante et tourne au champagne, ont ensuite été pulvérisées sur le support.

« Le travail a été extrêmement minutieux sur cette surface à reliefs. » Ont suivi trois couches de vernis pour protéger la finition. « Il y a eu ensuite un grand passage aux yeux de lynx ! On voulait éviter que les visiteurs puissent accrocher l’habillage », souligne le chef de projet.

Étapes de finition : les plus critiques du chantier

L’artiste Arne Quinze offre quant à lui une vision très personnelle de cet aménagement : « Ce qui m’intéresse, ce sont les limites des gens qui se limitent eux-mêmes. C’est ainsi que j’en suis venu à recréer des murs dans les murs, des caissons dans les caissons, et des limites sans limites. J’aime provoquer des contradictions. Habiller la technologie de récup, associer la lumière et le gris, pour qu’on ne voie que les lignes, les ombres.

C’est en regardant de près que les reliefs apparaissent. Au-delà de l’effet premier de chaos, il y a un côté très tactile, sensuel, doux, comme une peau… »

Côté mise en œuvre, les contraintes n’ont pas manqué : « Le gros œuvre a été réalisé avant le passage des laqueurs. Il a donc fallu tout protéger, dans tous les sens, avec des bâches en plastique », regrette Roel Dehoorne, qui précise : « Les étapes de finition, effectuées avec un timing très serré, ont été les plus critiques du chantier. Pour évacuer les vapeurs toxiques dans cet espace clos, en plein cœur du quartier du Marais, nous avons installé deux gros ventilateurs qui soufflaient l’air pollué vers l’extérieur, ce que n’a pas beaucoup apprécié la population… »

Des contraintes inattendues

Dissimulé sous un porche, le hall d’entrée menant à la boutique est en fait le couloir de l’immeuble. Pour attirer – et intriguer – les passants, il a été habillé avec la même structure en matériaux recyclés que l’ensemble de la boutique. Un choix qui a provoqué le mécontentement des copropriétaires et l’arrêt momentané du projet.

« C’est le chantier le plus petit et le plus compliqué que j’aie fait », affirme ainsi Roel Dehoorne. Outre les retards de travaux qui ont entraîné un planning beaucoup plus serré que d’habitude, la plus grosse difficulté a été de travailler de façon non traditionnelle dans la construction théorique du projet, avec peu de dessins, de détails, de documents qui font que tout est préparé d’avance.

On a dû trouver des solutions sur place avec les entreprises. La plupart venant de Belgique, il a également fallu organiser la logistique pour les loger à Paris, assurer la coordination avec les entreprises françaises et composer avec la différence de culture… » Des contraintes et une prise de risque plus proches de la création artistique que de la démarche architecturale classique.

Mais le résultat est à la hauteur du défi : novateur et surprenant.

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