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Mariage du basalte à l’acier et à la résine fondue

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Mariage du basalte à l’acier et à la résine fondue

La réalisation de ce bâtiment R 3, intégrant logements et ateliers artisanaux, fait appel à des matériaux originaux dont le choix de pavés de basalte fondu déclinés en 30 x 30 cm. Un produit quasiment indestructible issu d’une technologie d’Europe centrale.

Le projet immobilier Paris Innovation Brûlon-Citeaux s’inscrit au cœur du faubourg Saint-Antoine dans le xiie arrondissement de la capitale. L’objectif était de réaliser un bâtiment R 3 (12 000 m2 tout compris), comprenant 12 logements locatifs (dont 8 duplex) ainsi qu’un hôtel d’entreprises. Fonctionnant dans l’esprit pépinière, cet immeuble est destiné à ramener les artisans dans Paris, moyennant une politique de loyers attractifs. La volonté de conserver l’esprit du faubourg a conduit à la création de cours, autour desquelles s’organise la mixité urbaine (activités artisanales, ateliers d’artistes, crèches, logements aidés). L’opération est de fait le fruit d’une concertation étroite entre les associations, les architectes des bâtiments de France et la Ville de Paris (DAU, Ddaee, Dases). Elle a conduit à un bâtiment intégré « dans la trame viaire et parcellaire préexistant à la ville homogène du xixe siècle, explique Florence Bougnoux, architecte coordonnateur du projet. Il joue sur une richesse de volumes et de vues, sans sacrifier à la logique haussmannienne d’une façade-écran qui banalise la ville ».

Respecter l’esprit « arts and crafts »

Les façades, qui obéissent à deux registres dans une problématique environnementale de gestion des énergies (confort thermique) avec récupération des eaux pluviales, déclinent une même structure en double peau avec des matériaux adaptés à leur situation urbaine : aspect béton matricé, volets métalliques et garde-corps côté rue (pour la partie logements, tous les volets sont en bois), bois et volets « persiennés » côté cour. Un soin tout particulier a été apporté au choix et à la mise en œuvre des matériaux : « Ceux-ci ayant été sélectionnés pour leur aptitude à être façonnés au gré des matrices que nous avions dessinées sur un thème d’inspiration végétal », précise Florence Bougnoux. L’objectif était de former, pour l’hôtel d’entreprises dédié aux activités artisanales, un motif continu respectueux de l’esprit arts and crafts du faubourg Saint-Antoine. Résultats : panneaux composites de particules et résine moulés en bardage, panneaux acier découpés au laser pour les volets et les garde-corps, et pavés de basalte fondus au sol (voir encadré). « Un matériau puissant et noble, jusqu’alors utilisé dans l’industrie eu égard à ses propriétés – résistance à la température et au gel, insensibilité à la plupart des produits chimiques, qualités mécaniques (300 à 450 MPa à l’écrasement) et faible conductivité électrique, souligne Boris Janson, ingénieur travaux de Bateg (groupe Vinci). « Mais il commence à intéresser fortement les architectes, ajoute Vera Mithra Caïs, responsable commerciale d’Eutit-France, la société ayant déjà quelques belles réalisations hexagonales à son actif, dont celle du ministère de la Culture (architecte Françis Soler). « Le projet Paris Innovation Brûlon-Citeaux représente 450 m2 de dalles en basalte fondu (3 à 4 cm d’épaisseur), celles-ci ayant été fabriquées dans des dimensions spéciales de 30 x 30 cm, à la demande de l’architecte les formats classiques proposés allant jusqu’à 25 x 25 cm », précise Vera Mithra Caïs. Elles proviennent de l’usine de Stara Voda, située à proximité de Marienbad, le site ayant dû fabriquer trois fois la quantité demandée afin de garantir l’aspect uniforme exigé, l’un des problèmes majeurs résidant précisément dans la difficulté d’obtenir une continuité de teintes. Le poids (70 à 110 kg/m2) et le coût, de 65 à 75 e/m2 HT selon le type et l’épaisseur du produit, sont également des données à prendre en compte.

Montage sur un lit de sable ou plots

Le prix dépend bien entendu fortement de la quantité produite, chaque moule étant réalisé dans un alliage spécial à la formulation jalousement tenue secrète, les pièces uniques destinées à l’industrie étant, quant à elles, usinées dans des moules en sable. Dernière contrainte : la découpe. « Les outils classiques sont en effet inefficaces, d’où la nécessité de faire appel à des entreprises spécialisées qui utilisent des scies diamant à l’eau. La connaissance du matériau, comme c’est le cas pour les sociétés Ogim et Recma œuvrant sur ce chantier, est bien évidemment un plus non négligeable », explique Bruno Jansen. Dans la pratique, les dalles ont été posées sur plots en extérieur – cette spécificité impliquant la réalisation de dos parfaitement lisses – et, en intérieur, sur un lit de sable de 5 cm d’épaisseur avec mise en œuvre d’un treillis soudé en sous-face, solution dictée par des considérations acoustiques. Dernières précisions : certaines zones font l’objet d’un traitement spécifique, en écailles de tortues (les dalles étant découpées en cinq modules différents assemblés comme un puzzle) alors que les escaliers, également réalisés en basalte fondu, ont nécessité de fabriquer des dalles comportant un trait antidérapant pour les parties correspondant au nez de marche.

Notons que l’hôtel d’entreprises, créé sur le passage Brulon et l’impasse Druinot, est desservi par deux porches étroits qui donnent à voir une cour d’activités qui emprunte aux cours artisanales du Faubourg. Point fort : une desserte souterraine qui résout les problèmes d’accessibilité pour les livraisons de matériels et de matériaux. « Nous avons réalisé deux niveaux de sous-sol, le –1 étant une véritable cathédrale souterraine offrant une hauteur de passage de 3,50 m sous poutre », précise Boris Janson. D’où la nécessité de descendre jusqu’à 8 m de profondeur, en réalisant d’importants travaux de reprise en sous-œuvre sur les bâtiments mitoyens. Autre contrainte technique à intégrer : des descentes de charges importantes, les planchers devant reprendre jusqu’à 1,5 t/m2 eu égard aux poids des équipements à accueillir. « Les poteaux sont en B60, poursuit Boris Janson, les superstructures étant quant à elles réalisées selon la technique des prémurs ». Précision : seule la circulation définitive a été réalisée, les ateliers de 100 à 315 m2 de superficie pouvant, ensuite, être divisés et agencés selon les besoins des occupants.

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