Nous suivre Les Cahiers Techniques du bâtiment

MARCHÉS PUBLICS travaux : de la réception au refus de la prononcer

Sujets relatifs :

MARCHÉS PUBLICS travaux : de la réception au refus de la prononcer

Acte fondamental, la réception des travaux enclenche la mise en route des garanties et marque la fin des garanties contractuelles sur le plan technique.

L’opération de réception est un élément capital dans les relations entre le maître d’ouvrage public et le constructeur titulaire d’un marché, en constatant la réalisation technique de l’ouvrage. Elle ouvre la période des garanties qui, selon le droit public, relèvent des « principes dont s’inspirent les articles 1792 et 2270 du code civil », garanties décennale et de bon fonctionnement. La réception, manifestation de la volonté du maître d’ouvrage, est un acte juridique unilatéral, dont les modalités, précisées dans le marché, doivent être respectées. Elle implique en principe que les ouvrages soient en état d’être reçus. En ce cas, la réception est un droit pour l’entrepreneur et son prononcé est une obligation pour le maître d’ouvrage. À défaut d’acte de réception, la jurisprudence analyse l’importance de la prise de possession par le maître d’ouvrage et peut admettre la réception tacite.

1. La réception classique

La réception organisée par le Cahier des clauses administratives générales (Ccag) auquel se réfèrent fréquemment les marchés publics de travaux, fait l’objet de modalités précises. Le Code des marchés publics en son article 12 dispose que le marché doit comporter la durée d’exécution ou les dates prévisionnelles de début d’exécution et d’achèvement, ainsi que les conditions de la réception. Cette réception, contractuellement convenue, est contradictoire et fait intervenir l’entrepreneur auquel appartient l’initiative, le maître d’œuvre qui effectue les opérations préalables à la réception (OPR), en signe immédiatement le procès-verbal et le transmet dans les cinq jours au maître d’ouvrage avec ses propositions quant à la date d’achèvement et les réserves éventuelles. La forme de la réception par le maître d’ouvrage n’est pas imposée mais elle doit attester que la décision a bien été prise par ce dernier. Une seule signature du maître d’ouvrage sur la liste des OPR pourrait être contestée en attestant seulement ainsi sa présence à ces OPR. En revanche, la jurisprudence peut, dans certains cas, considérer que le procès-verbal de réception établi par le maître d’œuvre et communiqué au maître d’ouvrage, doit être réputé accepté au-delà d’un certain délai. La jurisprudence, à défaut de la diligence initiale de l’entrepreneur, peut invoquer « la demande de la partie la plus diligente », de l’article 1792-6 du code civil, en tant que principe applicable. La jurisprudence administrative est particulièrement attentive à ce que cette réception soit prononcée contradictoirement.

2. La prise de possession/réception tacite

En principe, toute prise de possession des ouvrages par le maître d’ouvrage doit être précédée de leur réception. Toutefois, s’il y a urgence, la prise de possession peut intervenir antérieurement à la réception, sous réserve d’un état préalable contradictoire des lieux. La jurisprudence admet également la réception tacite dans les cas où le maître d’ouvrage prend possession de l’ouvrage à condition qu’il soit achevé et que soit observée une commune intention implicite des parties de procéder à cette réception. Cette dernière peut également être constatée par le règlement définitif des travaux. Par contre, la prise de possession ne peut être considérée comme valant réception tacite alors que l’entrepreneur n’a pas remédié à de graves malfaçons. Le CCAG applicable aux marchés publics de travaux prévoit et réglemente la réception tacite : passé le délai de 45 jours suivant la date du ­procès-verbal des OPR et à défaut de décision du maître d’ouvrage sur le prononcé de la réception, la proposition du maître d’œuvre, de réception avec ou sans réserve, est considérée comme acceptée et prend effet à la date fixée par le maître d’œuvre pour l’achèvement des travaux.

3. Le refus de prononcer la réception

Dès lors que l’ouvrage est en état d’être reçu, le maître d’ouvrage commet une faute en ne prononçant pas la réception. Le retard abusif, comme le refus, engage sa responsabilité contractuelle à l’égard du constructeur qui subit un préjudice de ce fait. Le Conseil d’Etat considère que le constructeur a un droit acquis à la réception lorsque les travaux sont « en état d’être reçus ». En cas d’inertie du maître d’ouvrage, le juge administratif doit être saisi sur requête du constructeur. Le juge du fond prononce la réception de l’ouvrage après avoir constaté que les conditions en sont réunies (éventuellement après expertise) et en fixe la date. Le juge des référés n’est pas habilité à le faire en raison des effets juridiques de la réception concernant la responsabilité des constructeurs à l’égard du maître d’ouvrage.

COMMENTAIRES Comme l’indique A de Laubadère, dans son Traité des contrats administratifs : « La réception des travaux marque la fin des obligations contractuelles sur le plan technique, cependant que le règlement du décompte général et définitif indique l’achèvement des relations contractuelles sur le plan financier ».

Bienvenue !

Vous êtes inscrit à la news hebdo Cahiers techniques du batiment

Nous vous recommandons

Loi Élan, du logement évolutif aux obligations d'ascenseur

Entretien

Loi Élan, du logement évolutif aux obligations d'ascenseur

Entretien avec Karine Miquel, directrice marketing Groupe Qualiconsult, autour du thème de l'accessibilité dans le cadre de la loi Élan.CTB - Où en sommes-nous un peu plus d'an après la promulgation de la loi Élan ?Deux textes...

L'île Maurice avance sur ses smart cities

L'île Maurice avance sur ses smart cities

Délégation du permis de construire : les organismes tierce partie entrent dans la boucle

Délégation du permis de construire : les organismes tierce partie entrent dans la boucle

Un label Effinergie patrimoine pour 2019

Un label Effinergie patrimoine pour 2019