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LYON La métamorphose d’un garage en bureaux high-tech

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LYON La métamorphose d’un garage en bureaux high-tech

DébutLégende texteLégendeDébutLégende texteLégendeDébutLégende texteLégendeDébutLégende texteLégendel’EXPRESSION DU MUR-MANTEAU LUMINEUX1. Pare-vapeur sur mur béton2. Membrane type Sarnafil en lés soudés3. Spot Led encastré (Ø 15 cm)4. Tube diffuseur en plexi sablé5. Sous-plot en polyamide6. Collerette en tôle colaminée7. Support métallique de luminaire8. Cheville de fixation9. Isolation intérieure10. Lés membrane d’étanchéité11. Structure béton12. Tôle colaminée pliée en goutte d’eau13. Tube à ailette blocage de l’isolant14. Évacuation des condensats15. Revêtement minéral épaisL’image ci-dessus montre trois interventions parallèles : mise en place de la structure acier portant des résilles semi-transparentes dans les angles et en acrotère, pose de l’isolation en laine minérale, enfin, déroulé et fixation de la membrane polyoléfine. (Docs. Paul Kozlowski.) La façade du rez-de-chaussée et des étages R+1 et R+2 terminée et habillée du « matelas » isolant.Des ventelles pour rafraîchir les bureaux la nuit

Impossible aujourd’hui de reconnaître l’ancien bâtiment en béton derrière cet inédit parement de façade, manteau isolant constitué d’une membrane polymère ponctuée de luminaires bleutés.

À l’origine, en 1958, ce bâtiment a été construit à usage de parkings et de garages. En 1988, il fut surélevé pour créer quatre niveaux de bureaux. Depuis, il avait peu évolué, au point de « dénoter » dans la ZAC de Thiers (69), un quartier tertiaire en pleine mutation, avec à proximité la gare TGV de La Part-Dieu.

L’histoire de sa réhabilitation commence dans les années 2007-2008, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, quand le patron d’EDF demande à ses services de sélectionner un bâtiment existant pouvant servir de base à une démonstration de leur capacité à réhabiliter un immeuble de type administratif datant des années 1970.
Le projet devait respecter la RT 2005, niveau BBC, avec une certification HQE sur la conception et l’exploitation. Contrainte supplémentaire, il devait s’inscrire dans une opération immobilière rentable. Finalement, six bâtiments ont été identifiés, et l’immeuble Godinot à Lyon, retenu comme celui satisfaisant au mieux les critères de sélection initiaux, par sa localisation comme par son potentiel architectural et technique.

Rupture historique dans l’aspect

Cet immeuble assez massif s’élève sur une parcelle approximativement rectangulaire, d’environ 45,40 m de longueur sur 36 m de largeur. À l’image d’un contenu fonctionnel un peu « bâtard », issu de plusieurs générations de travaux, l’architecture du bâtiment manquait d’homogénéité et de caractère. Ainsi, les niveaux inférieurs jusqu’au R 2 conservaient l’empreinte de leur destination de parking, alors que les étages supérieurs arboraient des façades banales, en dépit d’un effet de retrait et d’une corniche à R 6. Une couverture en tuiles à faible pente presque invisible de la rue ne valorisait en rien l’aspect général d’un bâtiment à l’identité floue. En revanche, l’expertise effectuée en interne par EDF a révélé une structure saine, malgré plusieurs interventions successives.
Sur la base d’un programme ambitieux, EDF a lancé un concours d’architecture sur invitation auprès de cinq agences, chacune accompagnée d’une équipe technique pluridisciplinaire. Alors qu’aucune exigence précise n’était formulée quant à la forme future du bâtiment, le choix s’est porté sur le projet le plus « détonnant » : celui de Jean-Paul Viguier.
Le projet de réhabilitation transforme littéralement le bâtiment, dont l’archaïsme est gommé par une nouvelle image qui le projette dans le xxi e siècle. Autrefois plutôt « ringard », le bâtiment Godinot se distingue maintenant par la modernité de son architecture. Point d’orgue de sa singularité technique et esthétique, l’isolation par l’extérieur des façades urbaines est habillée d’une membrane matelassée de couleur grise, ponctuée de luminaires Led émettant une lumière bleue. Autre changement radical, les angles biseautés et la toiture en tuiles d’origine sont dissimulés derrière une maille métallique semi-transparente orthogonale formant de vastes portiques encadrant les quatre façades.

Réorganisation fonctionnelle complète

Des places de parking sont encore présentes en sous-sol et sur un demi-niveau à R 1. Pour le reste, tout a changé. Même la volumétrie de l’immeuble a évolué, mais « de l’intérieur ». En effet, la hauteur du sol du patio occupant le cœur de la surélévation de 1988 a été abaissée d’un étage, de R 3 (correspondant à la couverture du parking de 1958) à R 2. Cette modification favorise l’éclairage naturel des bureaux orientés vers le patio, alors que des verrières diffusent une agréable lumière zénithale dans les espaces centraux à R 2. L’ampleur de certains volumes de l’ancien parking a été mise à profit pour créer de belles salles de réunion à R 1.
L’enveloppe du bâtiment est nouvelle, mais il était exclu d’augmenter l’emprise au sol de l’immeuble. C’est pourquoi les angles biseautés du bâti béton d’origine sont toujours en place et perceptibles à travers le tissu métallique déployé à angles droits dans les étages. De même, l’isolation par l’extérieur, dont l’épaisseur moyenne est d’environ 25 cm, ne couvre que les étages. Ainsi, au niveau du rez-de-chaussée - isolé lui par l’intérieur - le périmètre historique du bâtiment est respecté.
La suppression de deux niveaux de parking aériens a permis de libérer quelque 9 000 m² de bureaux. Les circulations verticales (ascenseurs et escaliers) sont regroupées dans deux angles opposés en diagonale. Quant à l’escalier de secours, il est positionné dans l’angle sud-ouest du patio pour desservir les étages supérieurs, avant de descendre dans une classique « cage en béton » jusqu’au rez-de-chaussée. Les aménagements intérieurs satisfont aux règles de l’accessibilité des personnes à mobilité réduite. Au-delà d’une réorganisation spatiale et d’une mise aux normes générale, le changement essentiel porte sur la création d’une ambiance lumineuse et conviviale.

Éclairage : l’image subliminale d’EDF

Une perception superficielle des façades pourrait donner à penser que leur composition relève d’un « geste architectural gratuit ». En réalité, le parti architectural adopté par Jean-Paul Viguier vise à valoriser les options techniques retenues et à exprimer simultanément l’identité du bâtiment et celle de son propriétaire, en l’occurrence EDF. Ainsi, l’épaisse isolation par l’extérieur est en quelque sorte mise en scène sous la forme d’une membrane-matelas enveloppant les étages. La minceur et la nature même de la membrane confèrent une certaine légèreté à un bâti autrefois massif. Dans le même temps, la membrane affirme la modernité du bâtiment en tant que matière issue d’une haute technologie contemporaine. Certes, l’architecte aurait aimé pouvoir choisir une couleur moins austère, mais le gris mat était la seule nuance disponible dans cette qualité de membrane polyoléfine sans chlore. Du reste, le projet étant localisé dans la zone de protection des Breteaux, le permis de construire ne fut accordé qu’après de longues négociations avec l’Architecte des Bâtiments de France local.
Les angles et l’acrotère composés de mailles métalliques tendues inscrivent le bâtiment dans un volume parallélépipédique bien dans l’esprit des îlots « square », typiques d’une architecture tertiaire actuelle. Les pions lumineux émettant de nuit une lumière bleue évoquent symboliquement la « fée électricité », emblème mythique de l’activité d’EDF. De plus, de par leur technologie Led réputée pour sa faible consommation d’énergie, ces pions véhiculent l’image recherchée d’un bâtiment durable, sans renoncer à une certaine fantaisie.
Si l’enveloppe extérieure urbaine paraît high-tech, le bardage en bois des parois du patio confère au cœur privé du bâtiment un caractère plus intime et chaleureux, à l’image des menuiseries mixtes bois-aluminium, d’apparence plus « froide » à l’extérieur qu’à l’intérieur. Les portes en bois de pin des ventelles jouxtant les fenêtres sur rues renforcent cette impression (voir encadré ventelles). Un peu sévère et provocateur à l’extérieur, l’immeuble est serein et confortable pour ses occupants.

Membrane d’étanchéité en parement

Fournie par Firestone, la membrane polyoléfine couvrant les étages des façades urbaines est à l’origine destinée à l’étanchéité des toitures-terrasses. Une épaisseur de 12/10 e a été retenue comme offrant le meilleur compromis entre solidité, souplesse et « extensibilité ». L’entreprise Blanchet a mis au point une technique de pose à la verticale adaptée à une isolation par l’extérieur « matelassée » (voir encadré « Un matelas isolant »). Outre les difficultés inhérentes à cette mise en œuvre atypique, le chantier fut compliqué en raison des problèmes de coordination et de respect des délais. Ainsi, la pose de la membrane est subordonnée à certaines conditions climatiques : pas de vent, pas de pluie, une température supérieure à 8 °C, mais n’excédant pas 30 °C. Autant dire que le chantier était souvent retardé en hiver et parfois même en été (une température supérieure à 30 °C entraîne une « détente » excessive de la membrane, compromettant sa mise en tension).
Par ailleurs, il est apparu que la corniche de 1988 était trop faible pour supporter sans risque la fixation et la charge des lés suspendus de 1,5 m de large pesant chacun environ 60 kg. L’entreprise a donc étudié une structure spécifique, avec un appui de renfort sur la dalle à R 5. Cet imprévu a inévitablement entraîné un surcoût et des retards.
Autre point singulier délicat, la réalisation des ossatures d’angle portant les mailles métalliques tendues a exigé un travail sur mesure au millimètre, pour compenser les irrégularités géométriques du bâti béton, avec défaut d’aplomb depuis la corniche et implantation biaise des façades pourtant apparemment à angle droit.

Ventelles, GTC et surisolation

Dans une logique de conception bioclimatique adaptée à une réhabilitation basse consommation, l’enveloppe a été optimisée de manière à réduire les déperditions et donc les besoins en énergie pour le confort thermique.
Le premier point est l’isolation intégrale du volume utile. Les façades des six étages reçoivent une ITE constituée de deux couches croisées de 10 cm chacune de laine de verre, fixées par chevilles, avec un pare-vapeur posé sur la maçonnerie d’origine. Une troisième couche de 12 cm, plus ou moins comprimée pour obtenir un effet matelassé, complète le dispositif. Comme il était impossible d’étendre cette ITE au rez-de-chaussée, en raison de la fragilité de la membrane et de l’obligation de respecter l’emprise au sol du bâtiment, le niveau bas est isolé par l’intérieur (10 cm). Le chevauchement des deux isolations sur plus de 30 cm de retombée de poutre réduit le pont thermique à cet endroit. Les façades internes sur patio reçoivent 20 cm d’isolation protégée par un bardage bois (voir l’encadré relatif à l’ITE sous-bardage). Une isolation a également été déroulée sur le sol des combles et suspendue en sous-face des planchers bas des bureaux. Les menuiseries mixtes bois-alu portent des doubles vitrages isolants dans les façades sud, est et ouest, alors que les baies au nord sont pourvues de triples vitrages.
L’efficacité des équipements n’est pas en reste avec une Pac réversible sur nappe phréatique assurant les fonctions de chauffage et rafraîchissement des locaux par l’intermédiaire de plafonds rayonnants. Pour éviter les gaspillages, un système de GTC plafonne la température ambiante à 19 °C en hiver, alors qu’en période de forte chaleur une température de 26 °C est acceptée. Pour favoriser le rafraîchissement nocturne et mobiliser le personnel, des ventelles à ouverture manuelle sont intégrées dans les fenêtres des façades sur rues. Dans la même perspective, mais dans un registre différent, les bureaux sont éclairés par des mâts individuels asservis à des cellules infrarouges de détection de présence et gradation automatique selon un seuil paramétrable.
Les énergies renouvelables ne sont pas oubliées avec 90 m² de panneaux photovoltaïques discrètement intégrés dans un rampant de toiture orienté au sud. Cette installation relativement modeste est dimensionnée pour produire 11 500 kW/h par an. Résultat, la consommation de l’immeuble est de l’ordre de 71,65 kWhep/m² (Shon).an, une valeur remarquable pour un bâtiment dont le gros œuvre date des années 1950 et 1980.
L’ensemble de l’opération a été organisé dans un esprit « construction durable », depuis une charte de « chantier propre » imposée aux entreprises, jusqu’à la remise d’un livret d’accueil aux occupants, en passant par l’information des riverains, l’analyse et le suivi des nuisances acoustiques, la collecte sélective des déchets, la récupération des eaux de pluie pour un jardin aquatique réalisé par l’aménageur, etc. À noter également, l’installation dans le hall d’entrée d’un système d’affichage des consommations d’eau et d’énergie.
Selon les premières conclusions de la maîtrise d’ouvrage : « Ce type de projet peut être reproduit, mais pas généralisé. Cela se fera au cas par cas. Le prochain est d’ailleurs programmé à Ajaccio ».
Dans l’immédiat, la membrane en polyoléfine continue d’intriguer les passants. Elle est plus ou moins salie selon les endroits, en raison de la pollution urbaine et de la proximité de plusieurs chantiers. Aucune dégradation n’a été observée et la tenue dans le temps de ce parement mince ne semble pas inspirer d’inquiétude particulière au maître d’ouvrage, aux concepteurs et aux entreprises.

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