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LONS-LE-SAUNIER Une médiathèque à l’image d’un bijou urbain

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LONS-LE-SAUNIER Une médiathèque à l’image d’un bijou urbain

Le pôle culturel de Lons-Le-Saunier réunit médiathèque, bibliothèque et deux salles de cinéma sur une surface de 3 500 m². Sa façade sud est dotée d’une paroi à double courbure qui relève de la prouesse dans les techniques du béton et des vitrages VEC.

L’architecture, et en particulier la volumétrie atypique de ce bâtiment, ont été dans une large mesure déterminées par les spécificités d’une parcelle enclavée dans le centre historique de Lons-Le-Saunier (39).

Le terrain de forme irrégulière est encadré des parois en pierre de l’église des Cordeliers, de l’hôtel particulier de Balay et du mur d’enceinte de... la maison d’arrêt. L’architecte a voulu conférer à cette médiathèque une identité forte, marquée plus par la singularité de sa forme que par sa masse, peu visible depuis l’unique et étroit accès coté ouest. Le maître d’œuvre explique ainsi son projet : « Dernier arrivant dans cet ensemble, il a la politesse de se creuser pour ménager une place publique ouverte sur la rue. Il s’agit là d’une respiration urbaine bienvenue ». Ainsi, le bâtiment est reculé au maximum contre la limite nord de la parcelle, afin de dégager une place urbaine côté sud. La façade principale au sud, cintrée en plan et en coupe, présente une surface concave qui dilate visuellement l’espace public. Les pignons est et ouest, courbés en plan mais verticaux, participent à l’homogénéité géométrique du projet, dont l’unité d’aspect est renforcée par un béton brut coloré et un modèle répétitif de fenêtres hexagonales. L’entrée se découpe logiquement dans le pignon ouest orienté vers la rue d’accès.

De courbes et d’hexagones

La façade sud s’impose comme le point d’orgue de la composition architecturale. En plan, son rayon de courbure est de 160 m. De la sorte, sa longueur atteint 57 m de développé, pour « seulement » 56,60 m de face vue. La hauteur déclinant doucement de 13,40 m au sommet du pignon ouest à 12,30 m à l’extrémité est, accentue l’effet de perspective. Verticalement, la courbe de 28,45 m de rayon se traduit par un écart en profondeur de 80 cm entre le pied du mur et le niveau médian le plus en retrait. Les pignons est (longueur vue 31,30 m et développé de 31,50 m) et ouest (longueur vue 10,90 m et développé de 11,15 m) s’élèvent verticalement sur des rayons de courbure horizontaux de respectivement 88 et 14,70 m. Ces trois parois sont articulées selon un angle quasiment droit côté ouest, mais en pointe aiguë à l’est. La seule caractéristique géométrique simple de ces murs en béton est leur épaisseur égale à 22 cm sur l’ensemble de l’enveloppe.
La complexité constructive de ces courbes est accentuée par des percements de forme hexagonale, disposés de manière apparemment aléatoire. Cette « bizarrerie » répond à la volonté de l’architecte de ne pas banaliser les courbes subtiles des façades par un ordonnancement orthogonal de baies alignées sur des axes trop linéaires. Le béton s’est imposé comme le matériau moderne en harmonie avec un environnement bâti à dominante minérale (façades en pierre et couvertures en ardoise). Pour favoriser l’intégration chromatique du projet, Lyon et du Besset ont prescrit un béton de couleur jaune clair, proche de celle de la pierre du Jura des façades du quartier. Bien sûr, le parement de ce béton devait être impeccable puisque laissé brut de décoffrage.

Un cahier des charges « hors DTU »

Aux attentes d’ordre esthétique déjà évoquées, les architectes ont ajouté des exigences techniques qui exposaient les ingénieurs et les entreprises à de véritables défis. En effet, du Besset-Lyon refusaient le moindre joint de dilatation sur la façade sud. De même, étaient proscrites les tiges de liaisons traversantes entre coffrages (pas de trou de banche) et la présence d’une couvertine sur l’acrotère.
Enfin, et ce n’était pas simple, il fallait intégrer dans les trois parois en béton plus de 200 châssis VEC hexagonaux. Ces baies vitrées mesurent 1 178 mm de largeur. Elles sont implantées de manière spécifique sur chaque mur. Ainsi, on distingue sur la façade sud six groupes de baies : deux horizontaux en partie basse, trois de configurations différentes en étage côté ouest et au centre, et coté est, un ensemble de 27 hexagones répartis sur six rangées. La forme hexagonale se prête à des effets graphiques qui brouillent la perception d’une composition en fait bien réglée. Dans chaque groupe de baies, les hexagones sont ainsi juxtaposés selon un entraxe horizontal de 1 073 mm et un entraxe vertical de 1 150 mm. Il résulte de cette disposition un écart de 97 cm entre les bords verticaux de deux baies contiguës, alors que la distance entre les côtés inclinés est de seulement 36 cm.
Les vitrages VEC sont posés au nu extérieur du mur. Ils s’inscrivent dans le plan exact de chaque paroi, ce qui implique qu’ils sont cintrés en plan pour les pignons et à double courbure pour ceux de la façade sud. En l’absence de menuiserie périphérique (VEC sur cadre en acier inoxydable interne), les vitrages s’inscrivent dans un étroit ébrasement de 30 mm de profondeur, mis en œuvre avec une tolérance de 2 mm. En face intérieure, l’ébrasement « ouvert », selon un angle variable pouvant atteindre 50°, tend à élargir visuellement la baie.

La recette d’un beau béton

Si les fenêtres hexagonales sont l’élément le plus singulier, le béton de couleur pierre jaune des façades reste sans doute la caractéristique la plus emblématique du bâtiment. Bien que les performances structurelles attendues soient banales, la formulation de ce B 30 fut longue et délicate en raison de la géométrie des parois et de la qualité d’aspect exigée. Les principales contraintes du cahier des charges portaient sur l’homogénéité de la couleur, le maintien d’une ouvrabilité de 2 heures, la robustesse des formules, l’adaptabilité à des variations de température de forte amplitude.
La composition du mélange a été élaborée en partenariat étroit entre l’architecte, les bureaux d’études Khephren et Van Santen, l’entreprise de BPE BBCI (Centrale de Larnaud), l’entreprise de gros œuvre Verazzi et l’adjuvantier BASF CC. L’architecte a validé son choix en deux temps : présélection sur 27 éprouvettes proposant autant de nuances de jaune, décision finale entre les trois les plus satisfaisantes. Outre le colorant fourni par Grace (ex. Pieri), trois adjuvants de BASF CC ont été utilisés. Un plastifiant Prelom 500 (dosage 1 %) a permis de respecter une ouvrabilité exceptionnelle de 2 heures en utilisant des granulats « difficiles » (concassé de calcaire). Un super-plastifiant Glenium ACE 456 (dosage 0,3 %) destiné aux BAP leur confère une grande souplesse à l’état frais, gage d’un écoulement rapide et régulier. Couplé au Prelom 500, il accroît les résistances à jeune âge. De plus, il est apprécié pour la qualité de parement des bétons dans lesquels il est intégré. Enfin, un accélérateur de prise Pozzolith 555, augmentant les performances du béton à jeune âge à basse température (décoffrage accéléré), était ajouté en période hivernale. Deux formules - été/hiver - ont rendu possible un coulage régulier, malgré des variations de températures comprises entre 3 et 27 °C.
Ce béton autoplaçant était coulé depuis le sommet d’un coffrage à environ 2,40 m. Sa fluidité a permis un enrobage parfait des granulats et du ferraillage extrêmement dense (450 kg/m 3 ). Pour obtenir une surface aussi homogène que possible, les reprises de bétonnage verticales et horizontales se faisaient sans désaffleurement visible (maximum 2 mm).

60 cm d’épaisseur de façade

L’épaisseur des murs en béton (22 cm) est standard. En revanche, cette médiathèque se distingue par une véritable « façade intérieure » caractérisée par son épaisseur - près de 40 cm - et son « design » spectaculaire. Ainsi, la façade sud se présente de l’intérieur comme un véritable mur de lumière. Cet effet est dû à la conception des ébrasements qui dilatent visuellement la taille des baies vitrées. Ces polyèdres tronconiques doublent quasiment la surface des ouvertures. De la sorte, quand la distance opaque entre deux fenêtres dépasse 30 cm à l’extérieur, elle est réduite à celle d’un simple trumeau de 80 mm à l’intérieur.
Alors que dans une perception de l’extérieur, la façade présente une dominante minérale et massive, de l’intérieur elle paraît légère et lumineuse. L’épaisseur de cette paroi intérieure ne relève pas d’un caprice esthétique. Elle répond au contraire à plusieurs nécessités techniques. En premier lieu, elle permet d’intégrer les poteaux (HEB) des portiques en acier qui supportent les planchers alvéolaires (24 cm). L’entraxe séparant ces poteaux varie entre 7,80 et 9,90 m. Le dessin des ébrasements les rend invisibles. Par ailleurs, le volume disponible a permis de créer un important doublage isolant (voir encadré « Une enveloppe surisolée »).
Les ébrasements en tôle d’acier laqué blanc se détachent sur un parement en bois. Les lattes disposées à l’horizontale sont en peuplier - « peut plier » - sur les surfaces courbes. Une trame de 150 cm régit cette finition bois, dont les lattes sont épaisses de 15 mm pour les feuillus et 19 mm pour les résineux (plus difficiles à cintrer). Ce parement intérieur est fixé sur une ossature bois, elle-même accrochée au mur béton par des pattes en acier (ou directement sur les poteaux à proximité des portiques métalliques). De même, les vitrages feuilletés en face interne des fenêtres sont tenus par des pattes métalliques (au nombre de 3 ou 6 selon leur positionnement) scellées dans le béton. On respecte ainsi le DTU qui impose une sécurité mécanique pour les VEC faisant office de garde-corps (cas des fenêtres à hauteur d’allège).

Des exercices de précision

Ce chantier est marqué par une exigence de précision et de coordination particulière. Plus que la recherche de la performance, l’enjeu est ici d’abord esthétique. Ainsi, pour créer la façade sud monolithique en béton, l’entreprise Verazzi a eu recours à des coffrages spéciaux en acier. Chaque coffrage est constitué de l’assemblage de quatre éléments de 2,15 m chacun, soit 8,60 m au total, pour une hauteur de 2,30 m. Ces coffrages étaient maintenus en place par des platelages béton préfabriqués, eux-mêmes stabilisés par des bracons. Les réservations permettant l’intégration des baies vitrées ont été réalisées au moyen de mannequins en matériau composite, fixés sur le coffrage lui-même pour ne laisser aucune trace après démoulage. En haut des banches, il s’agissait de demi-mannequins retournés après coulage sur une demi-hauteur. Chaque mannequin était positionné à partir de relevés de géomètre. Une fois les vitrages VEC (sans dormant) mis en place dans leurs ébrasements de 30 mm de profondeur, un joint périphérique de 20 mm était appliqué à la pompe avec une extrême méticulosité.
La même volonté de perfection a prévalu dans la mise en œuvre des finitions intérieures : alvéoles des baies en tôle d’acier laqué, parement en lattes de bois horizontales, plafonds suspendus avec gorge latérale dissimulant des tubes d’éclairage indirect, intégration des stores screen de contrôle de l’ensoleillement, habillage des poutres acier, etc.

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