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Logements : de multiples contraintes dans l’organisation spatiale

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Logements : de multiples contraintes dans l’organisation spatiale

Espaces de rotation, ergonomie des équipements et des aménagements, absence de seuil résument les adaptations nécessaires aux logements de personnes à mobilité réduite. Des dispositions qui valent également pour tous.

Depuis 1978, une succession de décrets rendent accessibles et adaptables aux personnes handicapées à mobilité réduite, tous les logements des immeubles d’habitation collectifs neufs et réhabilités ainsi que les maisons individuelles. Il en résulte un certain nombre d’exigences dimensionnelles et techniques minimales à respecter. Dans le logement, ces différentes contraintes doivent être toutes prises en compte, tant au niveau du logement, que de ses éventuels espaces extérieurs, ainsi que des parties communes et des aires de parkings.

D’une manière générale, dans un immeuble collectif neuf ou à réhabiliter, les logements situés en rez-de-chaussée sont obligatoirement adaptables. Dans les étages, leur adaptabilité ne sera obligatoire que s’ils sont desservis par des ascenseurs. Simples, les travaux d’aménagement ultérieur ne doivent toucher ni à la structure du bâtiment, ni aux gaines, ni aux réseaux communs. Ces transformations, adaptées aux besoins spécifiques des personnes handicapées circulant en fauteuil roulant, doivent leur permettre de pouvoir accéder et utiliser quotidiennement tous les espaces de l’appartement. De ce fait, les interventions minimes touchent parfois de nombreux corps d’État.

La menuiserie, tout d’abord, avec l’élargissement des portes (entrées, communications intérieures, d’accès aux balcons, terrasses, loggias ou jardins) à mettre au gabarit d’un fauteuil roulant. Menuiserie toujours avec la suppression de marches, seuils et autres ressauts, les fenêtres, volets et autres occultations, par l’aménagement (hauteur de meubles, organisation de l’espace) et l’équipement sanitaire des pièces d’eau (cuisine, salle de bains, WC et buanderie). Les revêtements de sols sont concernés ainsi que les équipements d’aide au déplacement (mains courantes, barres d’appui, poignées de rappel de portes) et de préhension (robinetterie, systèmes de fermeture, d’ouverture et de commande des installations électriques, d’eau ou de gaz). La création d’allèges vitrées améliorera la communication visuelle avec l’extérieur.

Une opération pilote à Niort

À l’extérieur, les cheminements et les accès doivent être praticables sans discontinuité, ce qui peut entraîner l’élargissement du portail d’entrée et du chemin de desserte, le doublement d’un emmarchement, par une rampe, la mise en place de bateaux pour franchir les trottoirs, la suppression de tout obstacle (murs, murets, portes ou portails), la mise en place d’un sol ou d’un revêtement de sol non-meuble, non-glissant et sans obstacles pour les roues (sable, sol meuble, graviers, pavés disjoints, paillassons et tapis épais, etc.) et la pose de mains courantes.

Quant aux parties communes, elles doivent être accessibles à toute personne, visiteur ou occupant. Ce qui implique des portes et des couloirs d’une largeur minimale de 0,90 m, la construction d’une rampe en cas d’emmarchement, des revêtements de sols uniformes, stables et non-glissants, la mise en place de mains courantes, d’ascenseurs ou de plates-formes élévatrices spéciales et la modification des boîtes aux lettres et des divers systèmes de commande.

Toutes ces interventions, qui optimisent l’autonomie des personnes à mobilité réduite, pourraient, pour la plupart, être prévues lors de la construction, sans entraîner le moindre surcoût. C’est le choix qui a présidé à l’élaboration du cahier des charges de l’opération pilote de cinq logements individuels groupés locatifs, réalisée en périphérie sud de la ville de Niort, par l’Opac-Sud des Deux-Sèvres. Conçus par l’architecte local Philippe Chaillou, trois de ces logements de plain-pied ont été équipés pour les besoins spécifiques d’habitants qui sont accompagnés socialement et médicalement par le centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelles « Le Grand Feu », situé à proximité. Représenté et géré par une association, ce centre a travaillé en partenariat avec l’Opac à l’élaboration d’un cahier des charges spécifique, établi par Serge Laurent, consultant Domotique auprès du Centre européen de prévention des risques (CEPR). Le centre s’est engagé à attribuer ces logements à des locataires qui dépendent de leur choix. Il prend également en charge financièrement les divers équipements prévus, avec une maintenance assurée par un de leurs techniciens. D’utilisation aisée, l’installation peut être à tout moment modifiée ou changée, au gré de l’évolution des besoins. Les trois logements adaptés possèdent une organisation en plan et spatiale conçue en fonction des normes de dimensionnement et techniques en vigueur. De plus, les espaces extérieurs sont revus et corrigés, pour une meilleure accessibilité.

Des aménagements extérieurs de plain-pied

Les trois logements accolés juxtaposent deux trois-pièces et un quatre-pièces. Chacun est agrémenté d’une terrasse ouverte sur le séjour, dont le revêtement de sol est en béton brossé laissé brut pour le rendre antidérapant. Identique, chaque accès est de plain-pied, avec une entrée directe par le séjour, pour les trois-pièces et un couloir d’entrée spécifique, pour le quatre-pièces. D’une largeur réglementaire de 0,90 m, les portes d’entrée sont dotées d’un seuil réglementaire en aluminium dont le ressaut ne dépasse pas 2 cm de hauteur (maximum autorisé). Les menuiseries sans seuils ont été écartées, car n’assurant pas une étanchéité suffisante à l’air et à la pluie. Motorisées et relevables automatiquement grâce au système de domotique, les portes de garages ne présentent pas non plus de seuil. D’une largeur de 3,40 m, qui est de 3,30 m au minimum, chaque garage se compose d’une bande de passage pour le transfert du fauteuil roulant de 1,20 m de large et d’une autre de 0,60 m, complétées d’une largeur de 1,60 m, laissée libre pour le véhicule stationné. Entre le garage et le séjour, une porte de connection. L’espace extérieur situé devant le garage présente un revêtement gravillonné, additionné de goudron et de sable calcaire, qui, résistant et non-glissant, se rapproche de la couleur claire de la pierre, plus esthétique, et s’éloigne de l’asphalte traditionnel.

Un espace de rotation, systématisé dans chaque pièce

Le plan de chaque logement résulte de l’articulation des pièces qui se trouvent soumises aux normes réglementaires de dimensionnement et de positionnement des équipements sanitaires et autres. Le volume du séjour permet d’y installer aisément du mobilier, sans gêner les déplacements occasionnés. Un dégagement de 1 m de large, entre cloisons, assure un déplacement frontal, alors qu’il s’élargit à 1,20 m, entre deux portes, pour permettre une rotation de 90°, jusqu’à se distendre à 1,50 m, pour la rotation intégrale du fauteuil. Ce couloir dessert la cuisine, la salle de bains, le WC et les chambres. Toutes les portes sont dimensionnées à 0,83 m de large. L’une des deux chambres, accueillant une personne handicapée, réserve un espace circulaire de Ø 1,50 m pour la rotation du fauteuil, devant le lit ou sur un côté. Ouvrant sur l’extérieur et équipé d’une cuvette spéciale surélevée, de 47 cm de haut, le WC d’une largeur de 1,40 m, permet le transfert latéral du fauteuil sur un côté, à l’aide d’une barre de relevage. Son dimensionnement correspond à celui qui s’applique aux lieux publics. La salle de bains ne possède pas de receveur de douche. Elle est revêtue du système Tarkett, constitué d’un revêtement de sol PVC continu qui remonte sur les parois et en assure l’étanchéité, tout en servant de douche. Le positionnement du diamètre de rotation de 1,50 m permet l’accès du fauteuil, complété par la mise en place de poignées de maintien fixées au mur. Pour le lavabo, une vasque d’1 m de large a été choisie. Installée sur un plan de travail, elle offre la possibilité de glisser le fauteuil au-dessous, sur une hauteur de 0,70 m. Autour d’un cercle de rotation de Ø 1,50 m, la cuisine est équipée d’un meuble évier, laissant libre la partie située au-dessous, pour manœuvrer et ranger le fauteuil. Seul le local de rangement ne permet pas une manœuvre de rotation. Les interrupteurs et différentes commandes manuelles ont été implantés à une hauteur variant de 0,80 m à 1,30 m. Cette disposition, qui pourrait être généralisée, limite le métrage de câble. L’organisation en plan permet l’accessibilité à l’ensemble des pièces de vie du logement.

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