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Logement neuf : inventer de nouvelles typologies d'habitat

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Logement neuf : inventer de nouvelles typologies d'habitat

En s'ajoutant à une série de réglementations, l'accessibilité conduit à une remise en cause profonde des pratiques. Ses dispositions contraignantes en complexifient l'application et en font une opportunité pour les concepteurs.

«Il faut bien comprendre la loi pour l'appliquer dans son esprit, plus que dans la lettre », explique Philippe Roux, architecte à Nemours, vice-président de l'UNSFA. « Elle constitue une réelle prise de conscience de l'évolution de la société. En conséquence, de l'enfant de 2 ans, au senior de 80 ans et plus, en passant par tous ceux qui ont une difficulté de mobilité, de perception ou de compréhension, tout le monde doit bénéficier d'un minimum de liberté de mouvance et de vie. » Sans aucun doute, les contraintes les plus fortes induites par les obligations d'accessibilité dans les logements concernent les surfaces nécessaires à l'évolution des fauteuils roulants. Elles sont directes dans les entrées, la cuisine, les couloirs, les toilettes et au moins une chambre. « Elles conduisent à une accroissement de la surface du logement de 5 m2, quelle que soit la configuration », explique Marie-Noëlle Vacher, architecte. « Comme les maîtres d'ouvrage ne souhaitent pas forcément augmenter la surface totale, c'est en général le salon qui souffre le plus. » Cette « dégradation » de la qualité de la cellule habitat, comme la qualifient certains, est confirmée par des maîtres d'ouvrage.

Tous ne raisonnent pas ainsi. Pierre Staub, directeur gérant du Foyer moderne à Schiltigheim, souligne : « Un maître d'ouvrage social est propriétaire de son bien. Il réalise un placement dont la qualité assurera le succès. Nous sommes prêts à augmenter les surfaces dans les proportions nécessaires. » « C'est vrai, explique Philippe Roux, en moyenne, il y a une augmentation de surface de 5 m2 par appartement. Le tout est de savoir si c'est un progrès, s'il faut rogner sur le reste de la surface pour les gagner ou suivre une démarche nouvelle : inventer de nouvelles cellules d'habitat. En caricaturant, je dirais : le couloir est gênant ? Supprimons le couloir ». Une grande partie du débat des concepteurs du logement est parfaitement résumée dans cette présentation. Ce que certains baptisent contrainte économique est appelé par les autres « confort d'usage ». Et si cette nouvelle réglementation, au-delà de ses difficultés d'application très techniques (comme dans le cas du balcon ou de la salle de bains), présentait l'occasion de réinventer le logement. Ce que les architectes ont déjà fait dans ces réalisations hors normes que sont les ouvrages baptisés « maisons d'architectes », comme le fait remarquer l'un d'entre eux.

Réinventer le logement

Comment donc aborder l'application de la réglementation sur l'accessibilité dans le logement neuf ? « Revenons à des questions simples, explique André Augst, ingénieur conseil en accessibilité de l'association CEP. À quoi sert quoi. Quels volumes et quelles surfaces pour quel usage ?

Les besoins deviennent les références du projet. » Des besoins que Philippe Roux définit comme « la possibilité d'évoluer, quel que soit l'état physique. Un raisonnement applicable dès le cheminement qui mène au bâtiment. Mon expérience d'élu local me permet de détecter les projets obéissant à la démarche en observant simplement les plans masse et les accès à partir de la voie publique et les schémas de fonctionnement. »

En réalité, une tournure d'esprit ainsi ­présentée par Sylvain Déchet de la sous-direction Qualité Construction de la DGUHSC : « Il ne faut pas dire : je fais un logement pour les handicapés, mais plutôt " je fais un logement avec une qualité d'usage pour tout le monde." » Reste que l'exercice est rendu difficile car il faut « prendre en compte la globalité des handicaps », rappelle Frédéric Denisart, architecte en charge d'un groupe de travail sur l'application de la réglementation au sein de l'Ordre.

Des contraintes dimensionnelles

Parmi les éléments forts de la conception, la prise en compte, dès le départ, de l'ensemble des besoins d'adaptation du logement aboutit à des contraintes sur les dimensions et les surfaces. Des contraintes qui viennent en opposition avec certaines habitudes constructives. « Tout élément suspendu dans les circulations, rappelle Cyril Douhard, doit être situé à une hauteur minimale de 2,20 m. Or, il était courant de se servir de ces volumes pour passer des réseaux. Cela devient quasiment impossible. Il faudra désormais prévoir systématiquement des gaines. »

Toujours dans les parties communes, l'éclairage des escaliers atteint des niveaux importants : 100 lux sur les paliers (comme toutes les circulations horizontales), 150 lux au droit des marches, c'est-à-dire le niveau d'éclairement d'un bureau. « Des valeurs élevées, remarque Cyril Douhard, et donc des dépenses importantes. Car il faudra multiplier les points lumineux pour les recoins.

On est d'ailleurs, sur ce point, en contradiction avec certaines certifications environnementales. » La solution peut être en partie apportée par les détecteurs de présence. « Mais on connaît mal leur vieillissement et leur relative fragilité ne permet pas d'envisager d'en poser partout. » Dans l'appartement, le cas des toilettes est particulièrement représentatif. L'article 13 de l'arrêté du 1er août 2006, modifié en novembre 2007, indique : « Un cabinet d'aisances doit offrir un espace libre accessible à une personne en fauteuil roulant d'au moins 0,80 m x 1,30 m latéralement à la cuvette et en dehors du débattement de la porte. À la livraison, cet espace peut être utilisé à d'autres fins, sous réserve que les travaux de réintégration de l'espace dans le W.-C. soient des travaux simples. ». Les surfaces à gérer sont tellement importantes qu'il y a tentation de regrouper salle d'eau et W.-C.

Par ailleurs, se pose la question de l'interprétation de l'expression « travaux simples » que certains contrôleurs interprèteraient comme « démontable au tournevis ». Au surplus la continuité des sols et des cloisons doit être assurée dès la livraison. Si des solutions existent sûrement pour prendre en compte l'ensemble de ces contraintes, la conception de la salle d'eau, intégrant éventuellement les W.-C ne doit pas faire oublier que la nouvelle version de la norme NFC 15-100 a modifié les volumes réglementaires et les distances entre l'eau et les équipements électriques. « Une donnée à prendre en compte dès l'origine », souligne Jean-Louis Cochard du Cstb.

Autre cas spécifique et représentatif : les portes. Toutes les contraintes qui leurs sont liées sont issues de la difficulté de les ouvrir dans certaines conditions. « C'est ce qui explique cette distance de 40 cm de la poignée à un angle rentrant, explique Yves Neveu, conseil en accessibilité et sécurité incendie et formateur au Gepa. Mais là encore, il faut comprendre les conditions de cette règle. À l'usage, doit-on avoir des poignées sur toutes les portes ?

Un simple poignée de préhension associée à des verrouillages aimantés ou par loquet ne convient-elle pas pour des pièces comme les toilettes ? » Mais d'autres solutions existent comme l'emploi des coulissants. Pour les fenêtres, des systèmes déportés s'imposent dans de nombreux cas. Et sans doute faut-il renoncer à des habitudes comme les fenêtres au-dessus des éviers dans les cuisines ou des baignoires dans les salles de bains.

Imagination, recherche : un vrai travail pour l'architecte dont Pierre Staub n'hésite pas à dire que, compte tenu des efforts qui lui seront demandés, il serait utile de revaloriser la rémunération.

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