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Les principaux enjeux de la récupération d’eaux de pluie

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Les principaux enjeux de la récupération d’eaux de pluie

Le stockage consiste le plus souvent en une cuve enterrée ou hors sol, à l'abri de la lumière afin d'éviter le développement de bactéries et, dans de rares cas, d'un bassin à ciel ouvert

Avec la fragilisation des ressources en eau, la récupération d’eaux de pluie offre une solution durable pour réaliser des économies et limiter le ruissellement urbain, source importante de pollution. En France, ce ­procédé connaît une dynamique récente, encore freinée par des facteurs réglementaire et sanitaire.

Dun bout à l’autre de la planète, le ­constat est identique : l’accroissement de la population mondiale, conjugué à une constante augmentation des prélèvements en eau (ils ont plus que doublé entre 1950 et 1990) font peser une pression très forte sur les ressources en eau potable. On estime que la quantité d’eau douce renouvelable et disponible par habitant est passée de 17 000 m3 en 1950 à 7 500 en 1995 et devrait chuter à 5 100 m3 en 2025. À l’horizon 2030, la demande pourrait même dépasser l’offre (1).

Dans ce contexte, la récupération de l’eau de pluie apparaît de plus en plus comme une alternative d’avenir. Le Japon, l’un des premiers pays à avoir développé des installations, a été suivi par le ­Canada, l’Inde, le Brésil, ­l’Ethiopie… En Europe, l’Allemagne, engagée dans la même direction depuis une vingtaine d’années, bénéficie d’une norme sur le sujet et d’un secteur professionnel organisé. Rien de tel en France, où une dynamique semble néammoins enclenchée depuis trois à quatre ans.

Adapter la qualité de l’eau à l’usage

En 2000, une enquête du ministère de la Santé menée auprès d’une centaine de Ddass (2) avait dénombré 8 installations de récupération d’eaux pluviales dans des bâtiments collectifs (toutefois, seule une quarantaine de Ddass avait répondu au questionnaire…). En 2004, le Cstb a enregistré une progression dénombrant 67 installations réalisées ou en projet (3).

Les établissements scolaires y sont les plus représentés, suivis des immeubles de logements, des bureaux, des espaces ­culturels… Des opérations ont été menées dans le cadre de la procédure HQE, une spécificité française qui se révèle moteur sur le sujet. Parallèlement, des agglomérations comme Rennes, Lorient ou Libourne, mènent des politiques incitatives afin de subventionner l’achat de cuves de récupération par des particuliers. Pour réduire les rejets polluants en temps de pluie, plusieurs agences de l’eau et conseils régionaux accordent des aides financières aux professionnels mettant en œuvre ces systèmes de collectes. Même si la question concerne un public large (particuliers, maîtres d’ouvrage publics et privés), toutes ces initiatives sont généralement le fait d’acteurs engagés, conscients des enjeux environnementaux et économiques d’une meilleure gestion de l’eau.

L’idée est de ­réserver l’utilisation d’une eau de qualité potable aux seuls usages alimentaires et à l’hygiène corporelle, et de substituer ailleurs l’eau récupérée à l’eau de ville. En bref, d’adapter sa qualité à l’usage concerné.

Une réponse au coût élevé de l’eau de ville

Un Français consomme aujourd’hui 150 à 200 l d’eau potable par jour, dont 45 à 55 % pour l’alimentation et l’hygiène corporelle, 20 à 30 % pour les WC, 12 à 13 % pour les lessives, 5 à 6 % pour l’arrosage des jardins et autant pour le nettoyage. À cela, il faut rajouter la ­consommation d’eau potable dans les différents secteurs économiques : selon le ministère de l’Écologie et du Développement durable, sur les 5 milliards de m3 d’eau consommée en 1995 (volumes d’eau non restitués au milieu aquatique), l’alimentation et l’eau potable représentent 24 % du total, l’agriculture 68 %, l’industrie 5 % et la production d’énergie 3 % ! Des suivis de réalisations ont déjà montré que la couverture des besoins par l’eau récupérée pouvait atteindre 100 % des usages non-alimentaires et non-corporels (alimentation des chasses d’eau de WC, lavage des sols depuis un robinet technique…)(4).

Pour Bernard de Gouvello, ­ingénieur-chercheur au Cstb : « Il s’agit d’une grande révolution, même si le problème qui se pose aujourd’hui est l’absence de ­référentiel en matière de qualité d’eau ».

Des spécifications techniques pour 2006

À l’échelle de la collectivité, ces installations représentent également un intérêt environne­mental et économique. D’abord, lors des gros orages, en retenant l’eau de pluie en amont des stations d’assainissement. Le ruissellement des eaux pluviales provoque souvent le débordement des réseaux d’eaux usées, dont le dimensionnement est de plus en plus remis en cause par une forte urbanisation. Conséquences : de fortes pollutions des milieux ­naturels. Par ailleurs, l’eau de pluie, nettement plus douce que celle du robinet, permet de diminuer de 20 à 80 % l’apport en produits détergents et lessives. D’un strict point de vue financier, la collecte d’eau pluviale peut être une réponse au coût élevé de l’eau de ville. D’après l’Institut français de l’environnement, le prix de l’eau a augmenté de 8 % entre 1998 et 2001. La hausse devrait se poursuivre sur les 10 prochaines années, conséquence de l’augmentation du coût de l’assainissement, du traitement (dégradation de la qualité des eaux souterraines et de surface) et de la distribution (entretien du réseau ancien).

La rentabilité d’un projet de ­récupération est néanmoins difficile à évaluer compte tenu des variations du prix de l’eau et du coût des installations, et on s’aperçoit souvent qu’elle n’est pas une motivation première.

Malgré ces atouts, la récupération des eaux de pluie est confrontée en France à des difficultés qui freinent son développement. Pour Bernard de Gouvello : « La première difficulté est d’ordre réglementaire et sanitaire. Au regard des textes en vigueur, il n’est guère évident de savoir si l’utilisation d’une eau n’ayant pas fait l’objet d’un traitement comparable à l’eau distribuée par le réseau public d’adduction est autorisée ou non pour des usages intérieurs au bâtiment. Conséquence de ce flou réglementaire : si les installations de particuliers ne font l’objet d’aucun contrôle, les systèmes de récupération dans les bâtiments à usage collectif doivent recevoir un accord préalable de la Ddass ».

De l’avis de Willy Rohdmann, cofondateur de la société Skywater, l’approche réglementaire pourrait toutefois évoluer rapidement avec la mise en place d’un groupe de travail sur l’eau par les autorités sanitaires : « En février ou en mars 2006, un nouveau projet dans lequel sont attendues des spécifications techniques sur la récupération des eaux de pluie devrait sortir ». En attendant, de nombreux projets ont reçu un avis favorable de Ddass.

Sur le plan sanitaire, même si des procédés de traitement existent, l’eau de pluie n’est pas considérée comme potable. Pour éviter la contamination du réseau d’eau de ville par les eaux pluviales, la première mesure consiste à séparer les deux réseaux. Dans le cas d’une distribution d’eau récupérée à l’intérieur des bâtiments, il doit être possible de basculer sur le réseau d’eau potable si l’apport en eau de pluie n’est pas suffisant.

Une redevance d’assainissement à définir

Pour éviter en outre le risque de retour d’eau sur le réseau potable (dû, par exemple, à la dépression du réseau public lors de la mise en service d’une bouche d’incendie), l’installation de récupération doit comporter une interconnexion sécurisée entre les deux réseaux. Comme le précise Bernard de Gouvello :« Des disconnecteurs fiables existent mais il faut s’assurer de leur bonne mise en place et de leur contrôle ».

Enfin, sur le plan juridique, l’utilisation d’eaux de pluie implique une approche différente de la pratique actuelle. L’hydro­géologue James Cheron explique : « En cas de récupération d’eaux d’une autre source que le réseau d’adduction d’eau potable, en l’occurrence des eaux de pluie, si un usager rejette les effluents correspondants en réseau d’assainissement, il est tenu de le déclarer en mairie. La redevance d’assainissement collectif doit être calculée proportionnellement » (5). Pour l’heure, aucun texte ne définit clairement le montant à payer.

L’installateur Willy ­Rohdamnn fait partie de ceux qui appellent à une réglementation sur la question. « L’eau de pluie rejetée étant moins polluée que les eaux usées du réseau, le coût de l’assainissement sera de toute façon faible. Et le fait que cela soit clarifié va constituer un phénomène accélérateur pour la récupération d’eaux de pluie »…

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