Les objets BIM des industriels sont-ils opérationnels ?

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L’AIMCC et l’association Mediaconstruct ont travaillé à décrire les différents niveaux de représentation des objets « enveloppe », afin que les industriels puissent adresser correctement leurs informations dans le BIM.

Les bases de données d’objets BIM font florès. Mais outre que l’immense majorité des produits de construction n’a pas encore été transcrite, les spécifications techniques qui doivent accompagner la représentation géométrique font souvent défaut. La norme expérimentale « PPBIM » pourrait y mettre de l’ordre. En attendant, les prescripteurs s’adaptent.

«Je commence par regarder si le produit existe dans une base de données d’objets comme Polantis, explique Christopher Devals, architecte fondateur de l’agence StudioInOut [Paris]. C’est fait pour que l’on gagne du temps. Dans la pratique, cela dépend beaucoup des fournisseurs représentés. Je suis souvent déçu par la profondeur de l’information. » Même constat chez Claude Marro, architecte associé de l’agence BMR (Hyères, Var) : « Chez BIMobject, quand je prends des objets provenant de certains fournisseurs, il y a toutes les données dont j’ai besoin. En revanche, j’ai récemment importé des systèmes de cloison sèche dont je n’ai rien pu faire. »

Données à géométrie variable

La relative déception des prescripteurs quant à la qualité des contenus fournis par les industriels ou leurs prestataires doit se mesurer à l’aulne des attentes, très fortes, concernant la performance des outils. Dans les faits, s’ils ne trouvent pas l’objet adéquat, les utilisateurs le créent eux-mêmes ex nihilo ou en personnalisant un produit générique déjà présent dans le logiciel. « La difficulté pour les industriels est de savoir quelle quantité d’informations intégrer, remarque Anna-Lisa De Maestri, ingénieure associée du BET Bianchi et déléguée générale de l’association BIM France. Elle varie en fonction de l’avancée du projet. Trop mettre de données, c’est alourdir l’objet et, in fine, la maquette. Nous nettoyons donc régulièrement les objets pour ne garder que ce qui nous intéresse. »
Trop d’informations ou pas assez, la juste mesure semble difficile à trouver. Un point semble néanmoins faire l’unanimité : la géométrie ne suffit pas. Selon Didier Balaguer, PDG de Pluristop, « la géométrie n’a d’intérêt que pour 20 % des objets présents dans le bâtiment. Elle ne devrait être finalement qu’une donnée parmi d’autres, comme la résistance au feu ou la transmission thermique. »
Car la puissance des outils du BIM réside bien plus dans l’exploitation des données techniques embarquées et leur partage entre les acteurs qu’à la seule représentation en 3D. Fort de ce constat, l’Association des industries de produits de construction (AIMCC) a travaillé avec l’Afnor, le Centre scientifique et technique du bâtiment et nombre d’organisations représentatives de la filière pour proposer la norme française expérimentale XP P07-150, intitulée plus prosaïquement « PPBIM » pour propriétés produits BIM (lire l’encadré page suivante). Au-delà d’une meilleure maîtrise des spécifications techniques transmises, les industriels voient là l’occasion de limiter leurs investissements dans la modélisation. En l’absence de référentiel partagé, les prestataires tels BIMobject, Polantis, DatBIM, MEP Content ou BIMstore (Royaume-Uni) proposent la modélisation des produits sous les formats propriétaires pour leur incorporation dans Revit, Archicad et AllPlan notamment. Une prestation payante, bien sûr. « Outre le nombre d’objets, le niveau de précision de la modélisation géométrique a, lui aussi, une incidence notable sur le coût, note Brice Harel, responsable du contenu numérique chez BIMobjects. Mais pas les spécifications techniques car il ne s’agit que de texte. »
Fournir des spécifications techniques en plus de la géométrie ne coûterait donc pas plus cher. Reste que les demandes à ces prestataires ne répondent pas toujours à une stratégie très bien définie. Et pour cause, la compréhension des sujets modélisation, maquette numérique et BIM demeure grossière. Certains industriels s’arc-boutent sur une précision géométrique extrême, là où le besoin serait les données techniques. Pour d’autres, la précision d’une description pose question car ils y voient, à juste titre, une mise à disposition de secrets de conception.

Un métier en soi

« Et puis, profusion d’informations n’a jamais voulu dire qualité de l’information, nuance Anna-Lise De Maestri. L’idéal serait de disposer de différents niveaux d’enrichissement des objets mobilisables en fonction de l’avancée du projet et des besoins. » Sans même parler des spécifications techniques, la seule représentation géométrique nécessite déjà une précision variable. « En phase esquisse, avant-projet ou au niveau des plans d’exécution, les besoins de visualisation pour un même objet changent considérablement, constate Emmanuel Di Giacomo, responsable développement écosystèmes BIM Europe chez Autodesk. Dans un cas, un symbole suffit. Dans un autre, il faut les dimensions exactes d’un volume positionné dans l’espace. » De la même façon, la maquette numérique ne peut pas intégrer le nom d’un produit et de son fournisseur trop en amont d’un projet. Certains suppriment purement et simplement ces champs, là où d’autres recourent à des objets génériques. Chacun fait donc œuvre d’adaptation.
Dernier point : la qualité de la modélisation ne se juge pas d’un regard. « Tester les objets pour savoir s’ils fonctionnent bien, c’est assez long », fait remarquer Claude Marro. Parmi les qualités attendues, on trouve le caractère paramétrable, la capacité à évoluer en lien avec les autres composants de la maquette numérique et celle à être transmis vers d’autres logiciels sans perte de données. Modéliser des objets semble donc un métier en soi. Mais lorsque l’on demande à Claude Marro si, avec toutes ces embûches, il reviendrait en arrière, la réponse est claire : « Cela occasionne quelques pertes de temps, mais sans commune mesure avec celui que l’on gagne. J’attends avec impatience que les bureaux d’études avec lesquels je travaille s’y mettent aussi. Nous allons encore mieux travailler. »

N°342

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