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Les bonnes pratiques germaniques montrent la voie

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Les bonnes pratiques germaniques montrent la voie

Professeur à l’Université technique de Munich, il y dirige également l’Institut de la construction bois. Il est commissaire dans l’équipe de conception de l’exposition « Construire avec le bois » à la Pinakothek der Moderne à Munich (octobre 2011 à février 2012) et coauteur, avec Winfried Nerdinger, de l’ouvrage édité à l’occasion de cette exposition « Building with Timber, Paths into the Future », Prestel 2012.

recherches

Quel est l’axe des recherches menées au sein de l’Institut que vous dirigez à l’Université technique de Munich ?

Pour faire face au challenge le plus important de l’avenir du secteur - la réhabilitation de l’existant - il est indispensalbe de développer des solutions qui utilisent des matières premières biogènes, c’est-à-dire des matériaux renouvelables.
La construction bois offre en cela de nombreuses possibilités par la préfabrication : d’une part, par des éléments isolés rapportés par l’extérieur aux façades existantes, d’autre part, en redensification du bâti, c’est-à-dire par l’ajout d’extensions et/ou de surélévations.

Principe

Comment abordez-vous la question « démolition et construction à neuf » vs « réhabilitation de l’existant » ?

Il n’y a pas de réponse simple à cette question. Démolir ou pas dépend forcément de la structure. Il y a des structures qui se prêtent facilement à une adaptation, mais il y a également des bâtiments qui, confrontés aux exigences contemporaines, demanderaient des efforts démesurés. Dans ce cas, la démolition a un sens. Le principe consiste à préserver au mieux l’énergie grise matérialisée dans un bien. Pour être clair, l’objectif écologique est la sauvegarde et l’adaptation de l’existant.

Faisabilité

En réhabilitation, l’utilisation du bois et de matériaux isolants renouvelables est-elle possible systématiquement ?

C’est le thème sur lequel nous travaillons précisément dans le cadre d’un projet international de recherche. On y développe des solutions systématiques, applicables dans la pratique.

Coût

N’est-ce pas très coûteux ? Où est la rentabilité de cette démarche ?

Ce n’est pas une question évidente non plus. Il faut toujours voir le contexte global. Mais c’est précisément dans la combinaison avec l’extension, la surélévation, l’augmentation des surfaces, d’autant plus dans les zones urbaines denses, que l’on emploie la solution écologique avec une rentabilité comparable aux solutions conventionnelles. De plus, on ne peut pas dissocier la question du coût de celle du cycle de vie global. Les matériaux renouvelables sont alors hors concurrence.

Approche économique

En quoi réside l’économie des solutions par éléments complets de façade rapportée, isolés et préfabriqués ?

La réhabilitation de l’existant requiert souvent une réalisation fluide et rapide, car la mise en œuvre se fait en maintenant les occupants en place durant le chantier. Une approche par systèmes complets préfabriqués en construction bois apparaît comme très économique. Elle demande toutefois la maîtrise de nombreux facteurs.

préfabrication

Un diagnostic détaillé, une préfabrication presque industrielle et des temps de chantier très courts ne sont pas courants dans le Bâtiment. En est-on déjà capable ?

Ce processus est déjà largement engagé. La préfabrication fait partie des traditions de la charpente. D’ailleurs, de nombreuses entreprises de construction bois hautement qualifiées ont intégré ces process de préfabrication et sont capables de produire ce genre de réalisations. Cependant, cela n’est pas le cas pour le secteur du Bâtiment dans son ensemble, qui doit se préparer à de fortes mutations.

conditions

Qu’est-ce que cela impliquerait ?

Une forte prise de conscience de l’importance de la qualité, un goût prononcé pour l’innovation, un réel engagement pour son métier et un sens courageux du risque.

projets pilotes

Pouvez-vous citer quelques réalisations de réhabilitations thermiques réussies ?

L’habitat collectif à Sendling à Munich, pour le bailleur GWG (1) , l’habitat collectif de la Grüntenstrasse à Augsburg, pour l’Office pour l’habitat de Augsburg (2) , la maison de la Schlägerstrasse à Hanovre, pour un maître d’ouvrage privé (3) et l’école primaire Peter-Schweizer de la ville de Gundelfingen sur le Danube (4) .

process

Quels processus particuliers ont rendu possible la réussite de ces réhabilitations ?

À l’heure actuelle, de tels projets pilotes sont souvent accompagnés d’aides à la recherche et au développement. Mais c’est notamment dans le domaine de la réhabilitation de bâtiments scolaires que la rapidité de réalisation est de première importance. Et le recours à une préfabrication poussée est pratiquement l’unique solution qui permet d’éviter une fermeture prolongée des établissements. C’est aussi la curiosité et la volonté de mettre en œuvre de nouvelles solutions qui inspirent souvent les maîtres d’ouvrage dans leur orientation vers de telles approches.

industrialisation

Vous parlez de préfabrication : en quoi se distinguent les solutions de préfabrication industrielle automatisée de la préfabrication artisanale ?

Nous sommes dans un développement qui efface un peu ces limites : les plus grandes entreprises de charpente ont installé des équipements qui relèvent de process de production industrielle. Une production industrielle dans le sens strict n’est applicable que dans la production de maisons clés en main, tandis que pour la réhabilitation de l’existant, nous avons besoin de développer et de produire des éléments sur mesure avec une grande précision, tout comme dans la construction bois moderne. C’est pour cela que nous parlons plutôt de préfabrication artisanale, mais je le dis à nouveau, les limites entre l’approche artisanale et industrielle s’effacent.

modes constructifs

Les techniques actuelles de la construction bois peuvent-elles être utilisées directement dans les projets de réhabilitation thermique ?

La technique de la construction bois actuelle permet de telles réalisations sans aucun problème.
Le mode constructif de l’ossature bois vient indifféremment servir la construction neuve et la réhabilitation par éléments isolés de façade rapportés, avec des techniques de production comparables, à tel point que de nouveaux investissements ne seront plus nécessaires.

Perspectives

Que doit envisager le Bâtiment pour faire face au challenge de la réhabilitation de l’existant ?

Le secteur doit, dans un certain sens, se spécialiser et se concentrer pour arriver à maîtriser les process complexes de préparation et de réalisation autrement détaillés et intenses. Il faut aussi un certain goût pour le risque et pour les expériences nécessaires, car en ce domaine, nous avons besoin de spécialistes pour résoudre les problèmes complexes sans surcoûts. Ces technologies requièrent une haute qualité et un soin du détail chez le professionnel.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°315

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