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Les bonnes pratiques contre l'humidité

Les bonnes pratiques contre l'humidité

La protection d'un plancher intermédiaire contre les intempéries permet également de le préserver des canalisations défectueuses.

© Lignatec

Le CLT assure, sous certaines conditions, une bonne étanchéité à l'air et intervient souvent favorablement dans les transferts hygrothermiques. Des précautions sont néanmoins à prendre lors de la mise en œuvre.

Le CLT, utilisé en France depuis le début des années 2000, connaît un fort engouement depuis cinq ans, indique « Clément Quineau, chargé d'affaires techniques de l'association CLT France. Nous n 'avons pas à ce jour connaissance de pathologies particulières relatives à l' humidité. » Un constat partagé par l'Agence Qualité Construction, qui indique n'avoir rien observé concernant ce matériau au-delà des problématiques classiques liées au bois. « Sur plus de 3 000 projets menés, va-2 de panneaux, le pourcentage de pathologies tend aujourd'hui vers zéro, assure de son côté l'ingénieur Nadja Rémond, chez Lignatec (agent commercial français de KLH). Le cas échéant, cela relève d 'un défaut de conception et/ ou de mise en œuvre, comme on l'observe aussi en ossature bois. »

Le CLT craint peu la pluie, mais il faut veiller à le laisser sécher s'il est humide avant de fermer le complexe (chantier du bâtiment de bureaux Opalia, Paris XIIIe.)

Le rôle du pare-vapeur

Les transferts de vapeur à travers l'enveloppe sont un point clé. Selon les référentiels techniques courants comme le DTU 31.2, le CLT doit être utilisé avec un pare-vapeur (Sd > 18 m, voire > 90 m). Ce DTU est en cours de révision. « Plutôt qu'exiger une valeur absolue de frein-vapeur, on pourrait se diriger vers un différentiel de résistance à la vapeur de l'ordre de 5 entre les parois intérieure et extérieure », commente Jean-Marc Pauget, délégué expert bois du Comité national pour le développement du bois. Voilà pour la méthode traditionnelle.

Il est aussi possible d'avoir recours à l'optimisation des transferts de vapeur par la simulation. On raisonne dans ce cas sans pare-vapeur. Cette approche est légitimée par une recommandation Rage de 2013. « Nous avons mis en évidence que le panneau CLT faisait office de frein-vapeur, indique Nadja Rémond. Dans la plupart des cas, il n'est donc pas utile d 'ajouter de frein supplémentaire. » Romain Rémond, maître de conférences à l'École nationale supérieure des technologies et industries du bois d'Épinal, va dans le même sens. « Cette façon de faire est un peu plus fine que l'approche réglementaire, complète Éric Dibling, dirigeant du BET Ingénéco Technologies. En revanche, on ne peut effectuer des calculs qu'avec des matériaux dont on connaît parfaitement les performances et quand l'on sait avec précision les conditions d 'acceptabilité de chacun des composants de la paroi. On ne dispose pas toujours de valeurs consolidées, notamment des coefficients de diffusion de la vapeur d'eau et des courbes de sorption. »

Il existe une troisième voie, la plus innovante, qui passe par l'utilisation d'une membrane hygrorégulante, c'est-à-dire à valeur Sd variable. La procédure est alors celle de l'avis technique, du document technique d'application (DTA) ou de l'Atex favorable. « Cette approche nuancée me semble intéressante, poursuit Éric Dibling. Car on a constaté que respecter les référentiels techniques courants sans suffisamment de discernement pouvait entraîner des pathologies, notamment en phase chantier où l'on rencontre souvent des variations hygrothermiques et des orientations de flux qui ne correspondent pas à la vie de l'ouvrage en régime établi. » En cause notamment, les intempéries. Le CLT en lui-même, composé de planches de bois massif empilées en couches croisées à 90° avec 12 % d'humidité, craint peu la pluie à court terme. Mais il faut éviter la stagnation et le laisser sécher s'il est humide avant la fermeture du complexe. Le mieux étant à cet égard de le maintenir aux conditions d'utilisation en le protégeant des intempéries pendant les travaux.

Étanchéité à l'eau

Une toiture-terrasse après mise en place d'un pare-vapeur.

Une autre problématique est liée au comportement du CLT à l'eau. Il est parfois judicieux de prévoir un frein-vapeur - par exemple, dans le cas d'un bâti isolé par l'intérieur, bien qu'il soit assez rare. Quant aux toitures-terrasses, elles peuvent non seulement jouer le rôle de frein, mais aussi assurer une étanchéité de secours en cas d'infiltration. Le pare-vapeur est dans ce cas placé entre la structure en CLT et l'isolant. « Le principe est le même que dans la construction béton, où le pare-vapeur fait office d'étanchéité de secours en phase chantier. On a tendance à oublier cette sécurité en construction bois », souligne Nadja Rémond.

Plus largement, le CLT offre une plus grande stabilité dimensionnelle que le bois massif. Les risques de retrait/gonflement dans le plan du panneau sont donc plus limités. On peut juste observer sous l'effet de l'humidité une variation d'épaisseur. C'est l'une des raisons pour laquelle on proscrit, dans le cas d'un bâtiment de grande hauteur, l'utilisation du CLT en système plateforme. « Les variations hygrométriques et donc d'épaisseur du CLT, généralement sec en hiver et humide en été, entraîneraient des variations d'épaisseur du plancher très dommageables », explique Éric Dibling.

La question de l'incidence des couches de colle se pose aussi. Celle-ci affecte a priori assez peu les propriétés de transfert de vapeur, mais la question de son impact sur le profil d'humidité, avec un éventuel rôle de coupure de capillarité, est mal connue. C'est le sujet de la thèse que conduit Benoît Martin, au Laboratoire d'étude et de recherche sur le matériau bois (Lermab). Réponse dans trois ans !

N°368

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