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Les agences d’architecture en plein bouleversement

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Didier Fèvre (assis au milieu) et Jean-Luc Gaucher (debout derrière) dessinent les projets sur papier. Ceux-ci sont ensuite repris sous Revit par leurs collaborateurs.

© Docs. HdE

Le BIM se présente comme un bouleversement interprofessionnel majeur pour les agences d’architecture. Mais le travail collaboratif autour de la maquette numérique unique prendra racine lorsque tous les acteurs de la chaîne seront équipés.

Après les pionniers, c’est au tour de la majorité des agences d’architecture de taille moyenne de basculer dans le BIM (Building Information Modeling) et les échanges de données au format IFC (Industry Foundation Classes). Mais comment opèrent-elles et organisent-elles le travail ? Et d’abord, quels outils utilisent-elles ? À l’heure où les budgets informatiques s’alourdissent, nous avons interrogé deux agences aux choix divergents. L’une a opté pour Revit, la suite intégrée d’Autodesk et son univers complet associant tous les acteurs de la construction. L’autre a préféré ArchiCAD, de Graphisoft (Groupe Nemetschek), pour ses capacités en conception architecturale et son interopérabilité. Aucune n’emploie de directeur des systèmes d’information : un architecte en interne, choisi pour sa sensibilité aux technologies, assure la fonction.

C’est le cas de Ségolène Paquier, également et avant tout chef d’agence chez Fèvre et Gaucher. « Dans le passé, nous avons travaillé avec des confrères exploitant ArchiCAD. Mais l’export en DWG était peu performant. Nous avons donc préféré Revit, éditeur de notre ancienne solution AutoCAD, et environnement que nos partenaires exploitent majoritairement. » Le passage s’effectue progressivement, et une fois l’appréhension passée, personne ne voit plus l’intérêt de revenir en arrière, « même si AutoCAD reste utilisé pour de petits projets rapides, dans l’existant et la rénovation, quand nous avons des relevés de géomètre en DWG ou pour la mise en forme de détails architecturaux ».
Les esquisses sont dessinées à la main avant d’être saisies sous Revit. Au début, le concepteur perd du temps. Souvent, il préfère réaliser le préprojet sous AutoCAD. Mais le travail à plusieurs sur une seule maquette numérique fait gagner du temps, tout en changeant les habitudes de travail. Auparavant, les parties d’un projet étaient séparées par calque : plans, façades, coupes. Le BIM nécessite un découpage différent, par ensembles, spécifique à chaque conception. Aujourd’hui, neuf projets sur dix sont dessinés avec Revit, puis envoyés aux bureaux d’études pour calculs et modification au format IFC. Mais les éléments modifiés sont ensuite ressaisis dans la maquette de l’agence. C’est parfois long car le travail est réalisé en double, par le bureau d’études puis à l’agence. « À l’avenir, nous devrions partager une seule maquette commune, prévoit Ségolène Paquier. Mais comme la plupart des bureaux d’études viennent tout juste de passer à Revit, nous attendons qu’ils soient au point pour échanger efficacement au format IFC. » L’agence utilise le niveau 1 (travail isolé en 2D et maquette numérique en 3D). Avec le niveau 2 (travail collaboratif), il faudra recourir à un BIM manager qui, au début, pourrait être externe. « De fait, le mieux serait que ce poste soit intégré au bureau d’études, estime-t-elle : notre agence ne dispose pas d’un volume d’affaires sous BIM suffisant pour investir dans un tel profil. »

Théoriquement, la fin du calque

C’est pourtant déjà le cas chez Coste Architectures, où Sam Cordier cumule sa compétence d’architecte avec celle de responsable de la cellule BIM et de l’informatique. L’agence a choisi ArchiCAD. « Nous avons préféré cette plateforme nativement orientée objet, car elle est capable de communiquer avec d’autres programmes en passant par une vingtaine de formats de fichiers, dont les IFC. » Le traducteur intégré donne d’excellents résultats dans l’interopérabilité des différents progiciels comme Revit, Allplan (Nemetschek), Vectorwork (Nemetschek), Microstation (Bentley Systems) ou Digital Project (Gehry Technologies, groupe Trimble). Ainsi, les échanges avec l’application de structures Tekla (groupe Trimble) seraient très performants. Mais attention, « le format IFC n’est qu’une passerelle, pas une fin en soi ! alerte Sam Cordier. Ce n’est ni plus ni moins qu’une base de données graphiques 3D liée à des données alphanumériques d’un système de base de données relationnelles traditionnel ». À ce titre, l’atout du BIM et des IFC est de projeter d’un seul coup tous les composants architecturaux en objets 3D : structure, fluides, enduits, doublages, finitions, etc. « Théoriquement, il n’existe plus de notion de calque. L’architecte, l’ingénieur et le dessinateur travaillent directement avec des entités en 3D telles que les murs, dalles, poteaux, ou poutres... à la place de lignes et de hachures. » Découper le projet pour échanger avec les partenaires par domaine (structure, thermique, MEP) ou par lots avec les corps de métiers devient alors une nécessité. Voilà pourquoi Sam Cordier travaille essentiellement sur les méthodes. « Certes, nous avons une charte graphique, mais il s’agit d’un simple canevas ouvert à mettre à jour continuellement. »
Chez Coste Architectures comme chez Fèvre et Gaucher, il n’y a pas d’organisation idéale et unique. Sauf à décomposer tous les éléments, ce qui se révélerait complexe. À chaque projet, l’organisation de l’agence est donc adaptée. Sam Cordier et Ségolène Paquier le montrent : s’inscrire dans une démarche BIM est un processus de production qui repose d’abord sur un changement des habitudes de travail. Cela, bien avant la dextérité informatique. Voilà pourquoi, « le BIM est un bouleversement interprofessionnel majeur », estime Sam Cordier.

N°345

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