Conçu par Oscar Niemeyer, le bâtiment qui abrite le siège du Parti communiste français est aujourd’hui classé monument historique. Sa structure en parfait état fait l’admiration des spécialistes de la construction.
Programme Tous les symboles d’une époque
Monument historique classé depuis le 26 avril 2007, le siège du Parti communiste Français (PCF) a été conçu - et esquissé en trois jours - par Oscar Niemeyer, connu comme l’homme qui a osé courber le béton. La géométrie de la parcelle et le plan d’urbanisme, qui prévoyait la transformation du boulevard de la Villette en une autoroute urbaine au sud, incitaient à édifier une tour de 25 étages en milieu de terrain. L’architecte brésilien a préféré implanter une barre sinueuse (double courbure) de six étages en retrait sur la partie est. L’accès s’effectue au centre via un parvis accessible au nord, parvis qui couvre la grande salle du comité central dont le dôme sommital blanc émerge, ce qui respecte le prospect réclamé par la ville. Le plan d’urbanisme de l’époque n’a pas été réalisé, et la prolongation du parvis par une bande engazonnée de 21 mètres de large donnant sur la place du colonel Fabien en garde la mémoire.
Vue d’en haut, la forme générale reprendrait les symboles du parti : la colonne du noyau central est un marteau, le dôme, une faucille. D’autres y voient la colombe de la paix. De face, le bâtiment principal ressemble aussi à un drapeau au vent. Sa structure repose sur cinq doubles poteaux portants. Sur six niveaux, ils supportent en porte-à-faux des planchers béton double dalle, celle du dessous étant inclinée pour reprendre la charge. Le mur-rideau est une prouesse de l’ingénieur Jean Prouvé. Sous le parvis, la coupole arrondie repose sur un quadrillage de poutres réparti sur les poteaux disposés en fonction de l’aménagement des niveaux inférieurs.
L’empreinte de la guerre froide
L’ensemble est conçu pour être autonome en cas de coupure des alimentations (eau, gaz, électricité). En pleine guerre froide, le Parti ne voulait pas dépendre des réseaux urbains administrés par le gouvernement. Mais, désormais, l’imposante chaufferie fioul d’origine, très gourmande en énergie, a cédé la place, en 2000, à un simple échangeur de vapeur alimenté par le réseau de chaleur de la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU). Les temps changent…
État des lieux De grandes prouesses techniques maintenues
Marquées par les ans, les dalles d’origine seront changées en 2017, avec, à la clé, un gain d’étanchéité et d’isolation. Une couche de verre cellulaire (Foamglas) de 6 cm viendra remplacer les 4 cm de polystyrène en place. Démolies une à une, les dalles seront recoulées à l’identique avec des joints d’étanchéité en résine.
Le parvis recouvre un rez-de-chaussée semi-enterré de 1 000 m² accessible via un escalier situé au centre du bâtiment. À l’intérieur, le sol accuse une légère déclivité qui invite à rejoindre le dôme de la grande salle circulaire du comité central. La forme en béton banché de 25 cm d’épaisseur à la base et 15 cm en partie sommitale émerge en partie extérieure, recouverte d’une résine blanche de 5 à 10 cm d’épaisseur. Dans la salle, le sol est incliné jusqu’à l’estrade, surmontée d’une marquise en plâtre. Les parois accusent un angle de 45° et sont recouvertes d’un isolant non amianté. Le faux plafond est fait de milliers de lamelles d’aluminium blanches sur portants. Toutes d’origine, autonettoyantes (bien que certaines portent encore les traces de tabac des réunions enfumées d’avant 1991), elles diffusent une lumière douce et une acoustique parfaite.
Courbes sinueuses et vitres pare-balles
La seconde grande prouesse est le mur-rideau qui couvre les courbes sinueuses du bâtiment principal. Il a été mis au point par l’ingénieur Jean Prouvé, qui en a dessiné les châssis et les mécanismes d’ouverture. Les 378 éléments vitrés fumés qui le composent, côté façade ouest, sont en bon état. Ceux qui montraient des signes de faiblesse ont été changés. Il en a été de même pour les châssis des vitres pare-balles du 5e étage, occupé à l’époque par les dirigeants du Parti. Les nouveaux verres sont réalisés à l’identique par la Miroiterie centrale.
Au sommet, l’étanchéité de la toiture-terrasse accessible a été refaite en 2014. Un isolant Foamglas de 6 cm recouvert d’un complexe d’étanchéité Siplast assure une résistance mécanique optimale. Les édicules de toiture en forme d’escaliers ondulés abritent les équipements de ventilation. L’an prochain, trois ruches seront installées et le miel sera commercialisé au profit du bâtiment.
Bilan Un entretien durable, fidèle et continu
Bureau d’étude technique pendant la construction et associé au classement du site, Berim opère la maîtrise d’œuvre de tous les travaux d’entretien. Toujours avec le même ingénieur : Bernard Brezout. Un gage d’efficacité pour Nicolas Bescond, administrateur de l’espace Niemeyer. Lui-même vient de prendre la suite de Gérard Fournier, resté quarante-cinq ans, qui travaillait déjà avec Oscar Niemeyer à l’époque. L’entretien est donc assuré dans la durée, la continuité et la fidélité. Bien utilisés, les matériaux s’usent peu. Ainsi, les moquettes et les revêtements muraux datent de 2000. Les réaménagements plus importants se font progressivement, par étape. Ainsi le restaurant situé au 6e étage a été transféré au sous-sol et l’espace transformé en bureaux pour les cadres du parti. De même, l’an dernier, les six salles de réunion du sous-sol (de 10 à 30 places) ont été rénovées
En revanche, la plupart des équipements techniques, comme les réseaux CVC, fluides ou de câblages électriques arrivent en fin de vie. Le remplacement est planifié progressivement, en fonction des budgets disponibles. Plusieurs grandes interventions sont en cours ou prévues : étanchéité du parvis, renouvellement des équipements techniques de ventilation, désenfumage de la coupole. Pour respecter la loi de 2005 sur l’accessibilité, un nouvel accès sera créé l’an prochain via le boulevard de la Villette, actuellement réservé aux livraisons et à l’évacuation des poubelles. L’opération est chiffrée à 80 000 €.
Le commerce au service de la lutte
Pour faire face à ses problèmes financiers, le Parti n’a jamais envisagé de vendre tout ou partie du bâtiment. Outre les financements obtenus auprès de la direction régionale des affaires culturelles, depuis 2007, il rentabilise les locaux en louant les 2e et 3e étages à Beleve Digital, société spécialisée dans la musique sur support numérique. De même, les salles et la coupole sont louées à des événements médiatiques, défilés de mode, expositions, concerts, tournages de films… « Mais ce bâtiment, s’il est très prisé du monde de la culture, reste avant tout un lieu de lutte », revendique Gérard Fournier.