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Le règne des systèmes « masse-ressort-masse »

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Les basses fréquences émises par les systèmes d’amplification sont les plus susceptibles d’être entendues au-dehors. Ici, la scène du DJ du Room Club, à Poitiers, avec 4 enceintes.Le confort acoustique de cet immense espace de 2 niveaux avec mezzanine est renforcé par la projection d’un plâtre acoustique en plafond et rampants.

© Doc. CYM

Rien ne doit passer ! Tel est le credo acoustique des night-clubs. Le grand principe est celui de la « boîte dans la boîte » avec l’obligation de n’oublier aucune paroi et de traiter les basses fréquences. Une problématique difficile et complexe pour les établissements situés en milieu urbain et en contiguïté de bâtiments d’habitation.

«Pour les exploitants, les clients doivent ressentir des sensations dans leur corps, et il faut du gros son avec un maximum de basses fréquences, sinon il n’y a personne ! » L’acousticien Jean-Paul Van Cuyck résume ainsi l’enjeu acoustique des night-clubs. Objectif implicite pour la conception : permettre une utilisation maximale des possibilités sonores autorisées par la réglementation qui encadre l’ouverture et l’exploitation des établissements recevant du public et diffusant à titre habituel de la musique amplifiée. Le décret 11-43, désormais refondu dans les articles R571-25 à R271-30 du Code de l’environnement, précise deux garde-fous.

Le premier concerne les usagers avec l’obligation de limiter à 105 dB (A) le niveau sonore moyen à l’intérieur de l’établissement et le niveau de crête à 120 dB. Un niveau très élevé, que déplorent de nombreux experts de la santé, et qui nécessite des protections auditives ou des durées d’exposition ad hoc pour le personnel, selon le Code du travail.
Le second garde-fou concerne les riverains avec deux cas.
Si l’établissement est non contigu, il s’agit de respecter une valeur limite d’émergence globale de 3 dB (A) en période nocturne (22 heures à 7 heures).
Si l’établissement est contigu ou situé dans un bâtiment comportant des habitations ou impliquant la présence prolongée de personnes (chambre d’hôtel par exemple), l’enjeu est toujours de respecter ce critère d’émergence maximal de 3 dB dans les locaux mitoyens, mais cette limite s’applique au domaine fréquentiel réglementaire de 125 à 4 000 Hz, quelle que soit la bande de fréquence.
Le bruit généré par l’activité ne doit pas dépasser le bruit résiduel (bruit de fond hors établissement), particulièrement faible durant les heures d’ouverture des night-clubs, ce qui demande un niveau d’isolement acoustique important entre l’établissement et les tiers.
D’où l’importance de l’étude d’impact des nuisances sonores (EINS), obligatoire à plusieurs moments de la vie de l’établissement comme l’ouverture, une mise en conformité, un renouvellement d’autorisation de fermeture tardive. Réalisée par un bureau d’études indépendant spécialisé en acoustique, cette étude indique les valeurs d’isolement mesurées vis-à-vis des tiers et l’émergence des bruits à l’extérieur de l’établissement et préconise les dispositions à prendre pour respecter les valeurs maximales d’émergence : travaux d’isolation phonique ou installation d’un limiteur de pression acoustique, qui, en cas de dépassement du niveau sonore maximum autorisé, agira par compression du signal audio dans la chaîne de diffusion électroacoustique. Elle atteste également de leur bonne mise en œuvre, précise la situation de l’établissement dans l’environnement, le plan intérieur avec la localisation et la liste du matériel de sonorisation.

L’isolation totale

« Si en bâtiment non contigu, le traitement acoustique se traduit, le plus souvent, par un renforcement de l’isolation de la toiture, de la porte d’entrée ou des issues de secours, le challenge peut se relever très complexe quand l’établissement se trouve en pied d’immeuble habité, précise Tanguy Legay du BE acoustique Venathec. Il s’agit de repérer tous les chemins de propagation du son - murs, cloisons, plafonds, planchers, conduits et liaisons diverses - puis d’arriver à désolidariser les ouvrages de la structure porteuse du bâtiment en appliquant le principe masse-ressort-masse avec une combinaison savante d’ossatures métalliques, d’isolants et de parements très denses. »

L’émergence de nouvelles solutions acoustiques

Pour résoudre cette équation cruciale - améliorer la performance acoustique sans augmenter l’épaisseur -, les industriels proposent de nouvelles plaques de plâtre acoustiques. Le mouvement a été lancé en juin 2007 par Placoplatre, avec la PlacoPhonique, suivi, depuis, par Siniat avec ses Prégyplac dB, par Knauf avec les KA Phonik et Pladur avec la Fonic. Leur secret ? Un gypse très dense incorporant un composant amortisseur acoustique. Mais les R&D ne se sont pas arrêtées là, avec le lancement en 2009, toujours à l’initiative de Placoplatre, de la Duo’Tech 25, composée de deux plaques assemblées par un film acoustique intercalaire viscoélastique qui, par effet de cisaillement, améliore l’amortissement des vibrations. Une formule reprise par Siniat avec la Prégytween 18 et Knauf avec la KA Phonik + 25.
En parallèle, les portées des ossatures métalliques ont progressé afin de limiter les liaisons solidiennes avec les supports et réaliser des « boîtes dans la boîte ». Placoplatre propose les solutions Megastil, High-Sti et, en plafond, les nouveaux profilés Placostil Prim Tech, Siniat l’ossature Prégymétal Industriel et Knauf sa solution Métal GH Futur. Enfin, les suspentes antivibratiles reliant ses ossatures au plafond participent au traitement des basses fréquences, tels les modèles WinFix dB chez Placo, GA3 R et S chez Knauf ou encore Phonistar chez Siniat.

Correction acoustique : la recherche de la salle neutre

Si, compte tenu du niveau sonore, les questions de réverbération ne sont pas prioritaires, l’objectif est de rendre l’espace le plus neutre possible de manière à faciliter le travail de l’ingénieur du son, qui recherche une coloration spécifique selon la production musicale. La correction acoustique est également conditionnée par le système de sonorisation installé : diffusion ponctuelle à partir d’une piste de danse ou d’une scène ou multidiffusion dans tout l’établissement. Côté finition, il s’agit de sélectionner des matériaux qui répondent au parti architectural dans des gammes très variées. « Nous avons à disposition trois types de matériaux, résume Jean-Paul Cuyck. Des absorbants fibreux pour conditionner les hautes fréquences, des plaques pour traiter plutôt les basses fréquences et, au milieu, des produits perforés fonctionnant selon le principe du résonateur d’Helmholtz, gérant des bandes de fréquences médium plus ou moins fermées. »
La qualité de la mise en œuvre est la clé de la performance car le moindre manquement peut rendre inopérante la solution de conception. Les entreprises plaquistes doivent être compétentes et maîtriser les jonctions, les interfaces et l’incorporation des équipements. Sas, doublages, cloisons, plafonds, gaines techniques… tout doit être acoustique, désolidarisé et lourd. Un soin tout particulier est apporté à l’étanchéité, car la règle est simple : si l’air passe, le son passe ! De même, les portes et les huisseries doivent bénéficier d’un fort indice d’affaiblissement acoustique et de joints isophoniques. « Enfin, il ne faudrait pas oublier le sol, conclut Tanguy Legay. Les techniques font appel à des éléments résilients élastomères, des dalles sur plots jusqu’à la désolidarisation complète. C’est compliqué et cher mais il s’agit souvent du dernier chemin de propagation des vibrations vers la structure porteuse. »

N°348

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