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Le PVC en quête de vertu

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D’ores et déjà, certains profils en PVC comportent des éléments issus du recyclage. D’ici une quinzaine d’années, l’industrie du PVC devrait pouvoir compter sur l’arrivée massive d’anciennes menuiseries en matière synthétique.

Il est le premier matériau utilisé pour la fabrication des fenêtres. Souffrant d’une image peu vertueuse, le PVC peut néanmoins engager une rupture durable. À une condition : que la profession réussisse le pari de la collecte.

Au petit jeu du « dis-moi quel est le matériau de menuiserie le plus vertueux ? », la réponse ne coule pas de source. À chacun ses arguments : le bois est renouvelable et capte du CO2 ; l’aluminium et l’acier peuvent être recyclés et sont faciles à collecter. Jusqu’à présent, le PVC, lui, avait le mauvais rôle. Assimilé aux plastiques polluants, il a une origine pétrolière et contient du chlore. En outre, son bas prix n’encourage ni la collecte ni le recyclage. Pourtant, c’est sur ce terrain qu’il peut gagner des places dans la course à la vertu.

Dans les années 1990, le PVC s’est hissé en tête des matériaux composant les profils de fenêtres. La part de marché qu’il représente en France dans le neuf s’élève à plus de 60 %. Principal perdant : le bois. En rénovation, les Français ont massivement remplacé leurs anciennes menuiseries en bois et simple vitrage par des châssis en PVC avec double vitrage. Les logements collectifs ont également été dotés de blocs-baies en PVC. Économique, thermiquement performante et nécessitant peu d’entretien, la formule s’est avérée gagnante.
Où sont passées les anciennes menuiseries ? À la décharge publique, ou sauvage. Du fait du prix élevé du matériau (plus de 1 000 euros la tonne), les châssis en aluminium de première génération sont renvoyés, par divers canaux, dans le circuit du recyclage qui alimente notamment l’emballage. Les châssis PVC posés il y a vingt ans ou plus et remplacés finissent, quant à eux, encore massivement à la décharge.

Points de collecte

François Aublé, directeur général de Veka Recycling, unique acteur industriel de l’Hexagone axé sur le recyclage de menuiseries en PVC, estime que « 25 000 tonnes sont enfouies tous les ans en France ». Son usine de Vendeuvre-sur-Barse, près de Troyes, tourne à 70 % de sa capacité, avec l’obligation d’importer de la matière de Belgique et d’Angleterre. « Il est illusoire d’imaginer les déchetteries trier pour nous les menuiseries. Idem pour les zones d’enfouissement, explique-t-il. La clé se trouve au niveau de l’installateur et du point de collecte. »
C’est au moment du démontage des anciennes menuiseries que l’installateur doit pouvoir disposer de solutions faciles pour renvoyer les châssis vers un centre dédié. En septembre, le Syndicat national de l’extrusion plastique (Snep) a publié une liste de près de 150 points de collecte avec le concours de trois acteurs majeurs du recyclage. « Ces derniers ne se limitent pas au PVC et acceptent tous les matériaux. L’idée est de générer un réflexe, un changement de comportement de l’installateur et du client qui, sinon, devra à terme payer une écoparticipation », note Yann de Benazé, président du Snep. Dans une quinzaine d’années, le secteur pourra alors compter sur des quantités gigantesques de matière à recycler, avec l’arrivée des menuiseries posées depuis les années 1980.

Objectif ambitieux

L’argument ? Il est possible de faire du neuf avec du vieux. Le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), longtemps réticent à l’extrusion de compound issu de matière recyclée, a dû reconnaître que cela ne pose pas de problèmes techniques ou qualitatifs. « Avec peu d’énergie, nous produisons du compound qui peut tout à fait être injecté dans un circuit d’extrusion de profils neufs », assure François Aublé. La profession s’est fixé pour objectif que d’ici dix ans, plus de 50 % du PVC composant les profils neufs soient issus du recyclage. Condition d’une telle réussite : que l’ensemble des acteurs se sente impliqué. Dans le cas contraire, le secteur continuera à alimenter une montagne de déchets derrière laquelle il aura du mal à se cacher.
Jan Meyer

N°345

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