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Le point sur...Prise en compte de l’innovation dans la protection incendie

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Le point sur...Prise en compte de l’innovation dans la protection incendie

Daniel Ferrand, ingénieur à Socotec, responsable de l’activité « Diagnostic et gestion de parc immobilier » au seinde la Direction des techniques et des méthodes

Un nouveau texte réglemente la conception des façades au regard de la propagation du feu par l’extérieur. L’Instruction technique 249 remplace une version vieille de trente ans.

L’arrêté du 25 mai 2010 modifie les articles CO 20 (« Réaction au feu des composants et équipements de façades ») et CO 21 (« Résistance à la propagation verticale du feu par les façades comportant des baies ») du règlement de sécurité des ERP et introduit la nouvelle Instruction technique 249 (IT 249). Le nouveau texte prend en compte une partie de l’évolution des technologies ou précise certains modes de calcul. Daniel Ferrand fait le point sur ce texte et ses conséquences.

CTB : Quel est le champ d’applicationde cette instruction technique ?

Daniel Ferrand : L’IT 249 a pour but de qualifier des solutions techniques permettant de limiter la propagation du feu par l’extérieur et par les façades. C’est une nouvelle version d’un texte datant du 26 janvier 1982. Elle s’applique clairement aux ERP et aux IGH comme à l’origine, mais cite également et c’est nouveau, l’habitation collective. En revanche, le tertiaire est exclu de son champ d’application. En terme de technologie, il faut souligner que cette nouvelle version se limite à des procédés et techniques existants, pour la plupart ceux déjà pris en compte dans la version primitive et élargit son champ d’intervention à des techniques plus à la mode tel le bois. Par ailleurs, elle précise que le respect des dispositions présentées permet de s’affranchir de vérifications expérimentales au moyen de l’essai LEPIR2.

CTB : Quelles différences apparaissent dans la nouvelle version ?

D.F. : Certains principes généraux de l’ancienne version sont maintenus : la règle dite du « C D » caractérisant l’obstacle à la transmission du feu d’un étage à l’autre par la façade et la limitation de la réaction au feu des composants, ainsi que l’ajout de protections complémentaires recoupant la façade.

Les nouveautés sont de plusieurs ordres. Un nouveau calcul de la masse combustible mobilisable conduit à une évolution des seuils admissibles. La prise en compte des menuiseries en particulier en PVC, mais aussi de l’ensemble des éléments qui composent la façade, induit une modification importante du mode de calcul de la masse combustible mobilisable. Le fait d’augmenter celle-ci implique naturellement de modifier les seuils à partir desquels sont calculées les valeurs du C D applicable.

L’IT 249 décrit donc à la fois le nouveau mode de calcul et modifie ces seuils. En conséquence, les articles CO 20 et CO 21 du règlement de sécurité ERP déterminant le C D applicable par rapport à la masse combustible mobilisable sont modifiés. Cette nouvelle approche des calculs ne change pas le niveau d’exigence réglementaire par rapport à l’objectif recherché de la sécurité.

Ensuite, l’IT introduit des solutions plus fréquemment mises en œuvre aujourd’hui, telles que la façade bois en neuf, ou l’isolation par l’extérieur en réhabilitation.

CTB : Quels domaines concernent ces solutions ? Et dans quelles conditions ?

D.F. : Pour le bois, l’ITE 249 présente des solutions constructives génériques réputées satisfaisantes selon deux types : façades rideaux ou façades semi-rideaux.

Mais entre ces schémas et la faisabilité sur un ouvrage, il sera indispensable aux concepteurs, industriels, fabricants et poseurs de mener un travail complémentaire, intégrant les nouveautés dans les pratiques actuelles de la construction. Ce travail sera également à produire pour les DTU. Par exemple, le texte évoque des bavettes ou des cornières métalliques sans en définir ni la profondeur, ni le mode de fixation ou de protection. Pour les technologies moins innovantes, sont reprises et complétées des solutions pour les façades légères à ossature métallique et pour les façades lourdes. Les fenêtres et ensembles menuisés en acier, aluminium ou bois, trouvent également leurs solutions, reprenant certains dispositifs de l’ancienne IT, avec l’apparition de solutions « PVC ».

CTB : L’isolation par l’extérieur fait-elle aussi son entrée ?

D.F. : Oui, en particulier pour la réhabilitation. Le texte présente des solutions qui font appel aux isolants en plastique alvéolaire dans des conditions jugées acceptables du point de vue de la sécurité. La démarche descriptive conduit à définir selon la présence ou l’absence de lame d’air, l’épaisseur de l’isolant et la nature du parement extérieur, les assemblages formant les solutions constructives minimales. Ces solutions intègrent des « protections » supplémentaires disposées, soit autour des menuiseries, soit à chaque niveau de la façade. Faisant appel à une valeur de C D importante, ces solutions techniques, risquent de soulever quelques problèmes sur beaucoup d’immeubles existants où ce C D est assez réduit. On notera aussi que pour une pose en extérieur, la classification admissible du polystyrène sera A2 S3 d0 (quand il faut A2 S2 d0 pour l’isolation intérieure sans écran de protection dans les ERP).

CTB : L’IT 249 répond-elle à l’évolution conceptuelle et technologique ?

D.F. : Certaines conceptions actuelles de façade ne sont pas abordées, alors qu’elles posent des problèmes de sécurité incendie, comme les façades double peau intégrant une circulation d’air et les murs végétalisés. Autant de dispositifs qui ont pour objet de répondre aux exigences environnementales et pour lesquels il n’y a pas actuellement de solutions validées. Cette situation, qui provient de la difficulté de s’appuyer sur un retour d’expérience fiable, est en cours de traitement par la constitution d’un groupe de travail sur les murs double peau.

Par ailleurs, l’arrêté du 31 janvier 1986, relatif à la protection contre l’incendie des bâtiments d’habitation, n’a pas été modifié pour tenir compte du nouveau calcul de la masse combustible mobilisable. D’où une difficulté d’application pour les concepteurs. En revanche, un réel effort pédagogique se traduit au travers de schémas qui rendent clairs certains calculs comme celui du C D. La version de 2010 sait traiter les façades obliques, des balcons aux formes rondes, des baies en surplomb, etc.

Ce texte, très attendu, ouvre des perspectives pour la prise en compte des nouveaux matériaux et modes constructifs : il donnera sa pleine mesure, confronté à la réalité des projets de construction.

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