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Le point sur ... Platelages bois : enfin Un DTU ad hoc

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Le point sur ... Platelages bois : enfin Un DTU ad hoc

Claude Fahrner, ingénieur géie civil, spécialiste des structures et des ouvrages en bois à la Socotec

Ce nouveau texte remplit un vide normatif et harmonise les pratiques avec les normes européennes.

La nouvelle norme NF DTU 51.4 « Platelages extérieurs en bois » de décembre 2010 cadre la conception et la mise en œuvre de ce type d’ouvrage. Elle correspond à la fois à la reconnaissance d’un dispositif préexistant, qui n’avait que la valeur d’un guide de conception et à son harmonisation avec les normes européennes. Cette transformation se traduit par un document très pratique que Claude Fahrner, ingénieur génie civil, spécialiste des structures et des ouvrages en bois à la Socotec, détaille.

CTB : Quelle est l’origine de ce texte et que couvre-t-il ?

Claude Fahrner : Le nouveau DTU 51.4 « Platelages extérieurs en bois » est essentiellement fondé sur le « Guide de conception et de réalisation des terrasses en bois » publié en 2005, puis réédité en 2008 par FCBA [ndlr : Forêt cellulose bois-construction ameublement] et l’Association des terrasses bois (ATB). Il intègre l’ensemble des spécifications et les méthodes d’évaluation des caractéristiques des lames définies par la norme NF B 54-040 « Lames de platelages extérieurs en bois » d’octobre 2010.

Il concerne les platelages extérieurs à base de bois massif ou de bois recomposé, pour les habitations individuelles, les locaux publics et les aménagements urbains, les pourtours de piscines, les terrasses de restaurant, l’ensemble des aménagements bois de ce type sur lesquels on peut cheminer pieds nus ou chaussés, ou stationner. Ne sont pas visés les lames en matériaux non-traditionnels, ainsi que les platelages préassemblés en usine de type « caillebotis » ou « dalles ». Et la mise en œuvre et les règles d’exécution sont définies pour des ouvrages jusqu’à une altitude de 2 000 mètres.

CTB : Quels sont les dispositifs prescrits ?

C.F. : Deux types d’usages sont définis dans le DTU : plancher intégré ou attenant à un ouvrage d’habitation de première et deuxième famille d’une part, toutes les autres situations d’autre part. Le second recouvre, bien sûr, un usage plus intense que le premier et donc une durée de vie attendue (liée à la dureté) plus longue.

Compte tenu de l’exposition de ces ouvrages à l’humidification, les platelages extérieurs en bois relèvent des classes d’emploi 3.1, 3.2 et 4des cinq classes définies dans la norme NF EN 335-1 « Définition des classes d’emploi ».Il s’agit de situations d’exposition qui permettent de considérer le type et le niveau de performances requises, de sélectionner un niveau approprié de durabilité et de s’assurer que le produit prescrit présente ladite durabilité, grâce à une caractéristique naturelle (NF EN 350-2 « Durabilité naturelle pour le bois massif »), ou conférée par un traitement de préservation approprié (NF B 50-105-3 « Bois massif traité avec produit de préservation », classes 3a, 3b et 4). La norme produit qui traite des lames de platelage comporte un catalogue d’essences qui facilite le choix en fonction du type d’usage et leur aptitude aux différentes classes d’emplois.

On notera aussi l’intégration des « cartes de l’humidité moyenne des bois », en fonction de leur zone géographique. Ces documents établis par FCBA se déclinent en fonction des périodes d’été et d’hiver. Idéalement, il convient de retenir des bois dont l’humidité est la plus proche de l’humidité d’équilibre du site. Ce dispositif est particulièrement important pour les fixations. Le platelage étant rendu solidaire du support, il ne faut pas que les variations dimensionnelles du bois en viennent à diminuer leur efficacité.

CTB : Tous les types de fixation sont-ils admis et qu’en est-il des supports ?

C.F. : Non, le DTU 51.4 ne vise pas les platelages extérieurs en bois avec lames fixées par le biais de dispositifs spécifiques tels que les fixations invisibles ou de type clips.

Ces ouvrages, d’une pente maximale de 5 %, peuvent être posés sur des supports bois, béton, métal ou plots en polymère. Le DTU détaille la mise en œuvre sur chacun de ces supports au travers d’exemples illustrés par des schémas. Pour ce qui est des plots en béton, le sol doit être drainé et pour les plots polymères, il doit être stabilisé.

Toujours dans le domaine de la mise en œuvre, le DTU rappelle que des précautions doivent être prises pour assurer une durabilité de l’ouvrage. Il détaille par exemple, les dispositions à prendre dans des zones singulières telles qu’en continuité de lames, de façon à ne pas endommager, voire enlever la protection. Si c’est le cas, cette protection doit être restituée par badigeonnage. De manière générale,la salubrité des lames, la nature des fixations et la prise en compte d’une exposition en ambiance corrosive font partie des paramètres à considérer. Il comporte aussi une nouveauté. Il s’agit de contraintes relatives au risque d’humidification de l’ouvrage, notamment dans les cas de conceptions « piégeantes » (non-conçues pour faciliter l’écoulement d’eau).

CTB : Existe-t-il des indications sur le dimensionnement des ouvrages ?

C.F. : Bien sûr, des indications sont données sur le dimensionnement des lames, les performances de résistance et le respect des critères de flèches. Globalement, tous ces aspects entrent dans le cadre de l’application des Eurocodes : l’Eurocode 1 pour les actions sur les structures, l’Eurocode 5 pour les particularités des structures en bois. Le DTU donne des exemples sous forme de tableaux avec l’épaisseur des lames de platelage, leur largeur, les classes de résistance et les entraxes des supports. Et pour différentes catégories d’exploitation.

CTB : Qu’en est-il de l’entretien ?

C.F. : Le DTU fait référence à une procédure de nettoyage dont l’objectif est de permettre de conserver l’état initial. En terme de glissance, on relèvera une relative incertitude, car le texte ne renvoie à aucun référentiel. Il indique seulement que ce sont les pièces du marché qui servent de référence. Mais à quoi ces pièces pourront-elles faire référence ? Car il n’existe qu’un référentiel de glissance fondé sur un essai sur plan incliné en présence d’eau et/ou d’agent mouillant et pour un pied nu ou chaussé. De plus, ce référentiel n’a été établi que pour les dispositifs à base de résine sablée. Les questions auxquelles il est difficile de trouver une réponse demeurent, surtout lorsque la sécurité des personnes doit être assurée : quels essais pratiquer et quelles bornes donner en fonction des locaux ?Enfin, le DTU n’évoque pas l’incidence del’application d’une huile.

N°304

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