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Le point sur... NF DTU 36.5 : les fenêtres s'ouvrent à l'Europe

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Bien qu'elle soit encore encore incomplète, la publication de la nouvelle norme NF DTU 36.5, constituée de trois documents, aura une grande influence sur la conception et sur la mise en œuvre des fenêtres et des portes extérieures.

La publication de la nouvelle norme NF DTU 36.5 « Mise en œuvre des fenêtres et portes extérieurs », applicable depuis le 10 avril dernier, loin de constituer une simple mise en cohérence des anciens textes avec les nouvelles exigences européennes, conduit à aborder conception, construction et contrôle à partir de références « culturelles » différentes. Frédéric Valem, ingénieur à la direction des techniques et des méthodes de Socotec, spécialiste en façades légères et menuiseries extérieures, expose les grandes lignes de ce nouveau texte et met en exergue quelques-unes de ses conséquences.

CTB : Quel est le champ couvert par le nouveau DTU 36.5 et quelle est sa portée ?

F. V. : L'ensemble des menuiseries, aussi bien en neuf qu'en rénovation, quel que soit le matériau : le bois, autrefois traité dans le DTU 36.1 ; métalliques, qui relevait du DTU 37.1 et 37.2, et le PVC qui était soumis au régime spécifique du Cahier Cstb 3521. Le texte « eurocompatible » s'appuie sur les différentes normes européennes portant sur les produits et leurs caractéristiques physiques et de performance, avec en particulier dans le cas des profilés : NF EN 14220 pour le bois, NF EN 14024 pour l'aluminium à rupture de pont, NF EN 12608 pour le PVC.

On peut d'ailleurs relever la concomitance entre la publication du NF DTU 36.5 et l'obligation, au 1er février 2010, du marquage CE pour les fenêtres, qui impacte forcément le DTU, le marquage CE s'appuyant sur la norme fenêtre NF EN 14351-1 pour définir des performances à déclarer.

La différence entre l'ancienne et la nouvelle version est sensible au niveau du référentiel, la vision performantielle européenne étant de plus en plus présente. Les DTU classiques, qui ne sont qu'une capitalisation de la gestion de la sinistralité, doivent ici se concentrer sur des notions liées aux exigences essentielles de la conception et du niveau de performances, sans perdre de vue la base contractuelle d'un tel document.

CTB : Comment s'organise ce document ?

F. V. : Trois parties le constituent : le cahier des clauses techniques types (CCTP), numéroté 1-1, le cahier des critères généraux de choix de Matériaux (ou CCGM, la partie 1-2) et le cahier des clauses administratives spéciales types, qui constitue la partie II de l'ouvrage. C'est dans le CGM qu'on trouve pour l'instant l'essentiel du nouveau dispositif.

CTB : Qu'est-ce qui caractérise ce texte ?

F. V. : Il me paraît d'abord important de souligner la rupture « culturelle » avec les anciens textes et notamment l'ensemble du référentiel : avec en prédominance le renvoi aux normes européennes. Les professionnels doivent donc impérativement s'adapter aux références européennes. Autre changement important, une grande partie des menuiseries, qui étaient non traditionnelles, sont désormais considérées comme relevant du traditionnel, en particulier le PVC, dès lors qu'on reste dans des gammes de profilés « blancs » couverts par la NF EN 12608. De fait, tout produit particulier (par exemple, les fenêtres en aluminium à parclose en matière plastique ou les fenêtres bois composites avec mousse polyuréthanne structurelle) sortent du champ général.

Comme tout DTU, ce document ne pouvait baisser le niveau d'exigences et de conservation de performance de l'ancien, en absence de norme de conception européenne, les règles essentielles de conception et de contrôle des anciens DTU ont été intégrées à celui-ci. Le renvoi systématique au document technique d'application (DTA) permettra de s'assurer de leur respect, entraînant de fait la disparition des homologations de gamme et avis techniques des produits traditionnels, avec bien attendu une période transitoire.

On relève aussi dans le nouveau NF DTU 36.5, l'obligation des cahiers des charges ou ATE pour les chevilles de fixations, la disparition du calfeutrement humide, l'interdiction des fixations traversantes en traverse basse, la suppression des mousses imprégnées de classe 2.

CTB : Comment viennent se greffer les actuelles certifications sur le nouveau dispositif ?

F. V. : Sans les imposer, le DTU fait valoir leur intérêt. Des notes précisent que la détention de l'une d'entre elles vaut « preuve de conformité aux exigences du présent document », comme le précise littéralement le texte. En résumé, la délivrance d'une certification, permet de s'assurer des performances nécessaires à la fenêtre tant à l'état initial que durant toute la vie du produit.

CTB : La mise en œuvre est-elle concernée ?

F. V. : Oui, au travers du domaine d'emploi. Il faut toujours aborder ce chapitre avec une extrême prudence pour ne pas interpréter le texte de façon erronée. Par exemple, la pose des fenêtres, possible avec une inclinaison jusqu'à ±15°, ne signifie pas que la pose est admise sans autre type de procédure. Au contraire, cette possibilité ne dispense en rien de la gestion du drainage et du fonctionnement avec les contraintes techniques inhérentes à ce type de pose. Il en va de même pour les bandes filantes horizontales ou verticales.

CTB : La pose en bande filante est-elle un cas spécifique ?

F. V. : Absolument, ce texte s'aligne sur la définition européenne qui considère que la pose en bande horizontale ou verticale entre dans le champ d'application des fenêtres. Or, en France, à défaut de référentiel, ce concept relevait des exigences de la façade. En effet, quand la fenêtre est posée « dans le trou », les assemblages montants-traverses ne sont pas sollicités sous les efforts de vent ou de reprise de poids propre. Cela n'est plus vrai dans le cas des « empilements ».

Par ailleurs, les performances demandées à une fenêtre ou à une façade sont très différentes. Ainsi, à niveau de classement équivalent (classe 4, par exemple), pour 100 Pa, le débit de fuite d'une fenêtre peut atteindre 3 m3/h.m2, ou 0,75 m3/h.ml de joint, ce qui est considérablement supérieur aux exigences fixées pour la façade : moins de 0,45 m3/h.m2 ou 0,15 m3/h.ml de joint.

CTB : Attend-on une quatrième partie ?

F. V. : Sans doute le document le plus important : il s'agit de révision du FD P 20-201, qui intègrera la prise en compte de la nouvelle carte des pressions de vent, et précisera les exigences de la menuiserie en fonction de la destination de l'ouvrage. Il devrait sortir dans le courant de l'année. En attendant, il faudra gérer une phase transitoire délicate.

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