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Le point sur... Les carreaux s'alignent sur la norme européenne

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Le point sur... Les carreaux s'alignent sur la norme européenne

Jean-Paul Balcon, ingénieur à la direction des techniques et des méthodes de Socotec

Parmi les derniers documents rendus eurocompatibles, le DTU 52.2. Il couvre le collage des revêtements muraux durs (pierre,carrelage) et pour partie, ceux du sol.

La pose des revêtements céramiques et assimilés a récemment fait l'objet de deux textes, le DTU 52.2 - « Pose collée des revêtements céramiques et assimilés - Pierres naturelles », en décembre 2009 et le document « Revêtements de sols intérieurs en carreaux céramiques de grand format collés au moyen de mortiers-colles dans les locaux P3 au plus en travaux neufs - Cahier des ­prescriptions techniques - CPT sols grands formats - Travaux neufs de décembre 2009 ». Le premier consiste à prendre en compte des normes européennes, le second concerne la mise en œuvre des grands carreaux.

CTB : Quel est l'objectif du DTU 52.2 ?

J.-P. B. : Il s'agit d'introduire les normes européennes dans les textes nationaux, tout en tenant compte de certaines spécificités en remplacement des Cahiers de prescriptions techniques. Toutefois, un volet important du collage des revêtements durs reste du domaine des CPT (rénovation, locaux type mail et hypermarché).

CTB : Qu'en est-il des revêtements ?

J.-P. B. : Pour les pierres naturelles, le format et l'élancement sont déterminés à partir des critères abrasion, flexion et épaisseur. À noter : la capacité pour une pierre de se tacher est liée à son entretien et ce critère n'est pas pris en compte dans les normes. Il est de la responsabilité des fabricants de carreaux céramiques de les positionner par rapport à la norme EN 14411. Le problème se pose quand la norme indique uniquement une méthode d'essai sans fixer de bornes. Il faudra attendre la prochaine parution du DTU 52.1 « Revêtements de sols scellés » pour que soit traitée la question de l'adéquation précise Norme européenne des carreaux céramiques-ouvrage. Le cas le plus significatif est l'abrasion des carreaux émaillés par couleur où la classe PEI va être reliée à un local (Ex. PEI 4 admissible dans un local U3)

CTB : Qu'en est-il du collage ?

J.-P. B. : Pour les mortiers-colles, on a pris en compte les normes européennes en introduisant un essai complémentaire de cisaillement chaleur, décrit dans le DTU. Cet essai existe depuis longtemps dans le cadre de sa certification mais n'a pas été repris au niveau européen. On retiendra aussi d'autres demandes d'essais, mais de moins grandes conséquences, comme pour l'exigence d'écrasement des sillons de colle sous une charge faible pour être positionné mortier-colle fluide. Comme c'est l'usage, le DTU a été construit indépendamment de la certification, tout en rappelant que les produits certifiés (mortier-colle et ­carreaux) répondent à ses exigences.

CTB : Peut-on donner les principales évolutions concernant les murs ?

J.-P. B. : Les murs intérieurs ne font l'objet d'aucun changement notable. On signalera des dispositions complémentaires par rapport à l'ancien CPT, concernant le collage de revêtements sur les murs extérieurs, très contraignant. Le DTU est plus précis sur les conditions de la réception du support en béton. Il préconise un reprofilage au mortier de réparation ou avec le mortier-colle sur un béton présentant un état de surface ouvert. La pose n'est donc pas autorisée sur un béton avec un état de surface brillant, d'où des difficultés. Car si le DTU exige cet état de surface « ouvert », il ne précise pas qui est responsable de « l'ouverture » du béton. Il est donc indispensable que les documents particuliers du marché (DPM) le précisent. Ce silence de la part du DTU crée une situation malsaine. Une nouvelle exigence concernant l'autocontrôle est à signaler. Comme dans les CPT, il est exigé qu'il soit assuré pour vérifier le bon transfert et l'écrasement des sillons de colle. En revanche, l'entreprise devra fournir un rapport avec des photographies, selon un séquençage très précis (par tranches de 100 m2 avec un minimum de cinq essais par chantier). Rappelons que c'est à propos des collages sur murs extérieurs que l'essai de cisaillement à la chaleur est exigé.

CTB : Et pour les sols ?

J.-P. B. : Le DTU ne vise que les sols à faibles sollicitations et en travaux neufs. Concernant les sols intérieurs, le format est limité à 3 600 cm2. Le CPT Sols grands carreaux travaux neufs prend ensuite le relais. Pour les dallages béton ou les planchers collaborants en acier, qui présentent des risques de relargage ultérieur d'humidité, le collage direct des pierres sensibles aux taches (essentiellement calcaires et marbres) est prohibé. Pour les dalles désolidarisées isolées pour un chauffage eau chaude, la surface maximale passe aussi à 3 600 cm2. En revanche, pour les PRE (non visés par les normes), elle est limitée à 2 000 cm2.

CTB : Y-a-t-il une évolution sur la largeur des joints ?

J.-P. B. : Oui et le souhait fréquent des utilisateurs est de les limiter à 2 mm. Pour y prétendre, il est indispensable de disposer des carreaux dont les tolérances sont elles-mêmes très réduites au regard des normes européennes car celles-ci admettent des indications de fourchettes larges. La possibilité de réaliser des joints réduits dépend donc de l'engagement du fabricant de carreaux. À noter : les carreaux certifiés NF UPEC admettent une telle pose. C'est la première fois qu'un référentiel en sol chiffre le désaffleur admissible entre deux carreaux. En tout état de cause, le DTU confirme que l'aspect final du sol s'apprécie à hauteur d'homme et sans lumière rasante. Mais la pose à joints réduits est toujours délicate et davantage avec des carreaux polis.

CTB : Comment s'inscrit le nouveau CPT Grands carreaux dans ce dispositif ?

J.-P. B. : Il ne porte que sur les grands formats (800 x 800 et 600 x 1 200 mm) pour lesquels aucune règle n'avait été établie. Globalement, les surfaces admissibles devront être inférieures à 10 000 cm2, le ratio longueur largeur au plus de 3 et la longueur maximale de 1 200 mm. La tolérance dimensionnelle pour ces carreaux grands formats y est réduite par rapport à la norme européenne. La planéité du support est fixée à 3 mm sous règle de 2 m. La dimension de ces pièces impose une pose à deux carreleurs avec des ventouses et les sillons de colles doivent être bien écrasés. Restent les exigences sur les joints pour lesquelles la profession a adopté une position réaliste : largeur de 5 mm et uniquement joints alignés. On déplore le silence sur la nécessité de continuer les joints de fractionnement dans les carreaux (étude de faisabilité en amont). Enfin, pour les planchers chauffants eau chaude, le CPT impose l'enrobage des tubes et le coulage d'une dalle désolidarisée (déconnexion entre chauffage et chape pour limiter les fissurations).

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