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Le point sur… Le DTU 20.1 : un nouveau document technique eurocompatible

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Le point sur… Le DTU 20.1 : un nouveau document technique eurocompatible

Jean-Paul balcon, ingénieur à la direction des techniques et des méthodes chez Socotec.

La révision du DTU 20.1 « Ouvrages en maçonnerie de petits éléments - Parois et murs » intervient dans le cadre de la révision générale des normes en vue de l’harmonisation européenne.

Le DTU 20.1 est l’un des plus riches de sa catégorie. Les nouveautés de cette version, applicable depuis le 10 octobre 2008, portent essentiellement sur l’introduction des maçonneries montées à joints minces, désormais considérées comme traditionnelles.

Elles apportent aussi des précisions sur les parois des maçonneries enterrées en fonction du local qu’elles ferment.

CTB : Quel est l’objectif de cette révision et modifie-t-elle profondément le texte ?

Jean-Paul Balcon : La révision a d’abord et simplement pour objectif de rendre le DTU 20.1 eurocompatible. Et si elle intervient aussi bien sur les aspects concernant la maçonnerie que sur ceux concernant les mortiers, elle demeure une intervention légère.

Deux remarques préalables : d’abord, le DTU 20.1 ne traite pas de toutes les fonctions de la paroi (performances thermiques, aléa sismique, sécurité en cas d’incendie, acoustique, étanchéité à l’air des parois non complète). Ensuite, toutes les solutions qui y sont décrites ne sont pas équivalentes en termes de performances techniques.

Les conceptions de murs qui y sont données ­correspondent pour certaines aux modèles ayant cours au moment de sa dernière révision, dans les années quatre-vingt.

CTB : Pouvez-vous donner une illustration de cette dernière réserve ?

J.-P. B. : On peut bien sûr prendre l’exemple thermique. Le modèle ici considéré avec ses 20 cm d’épaisseur, un enduit extérieur et un doublage intérieur, ne règle pas les problèmes de ponts ­thermiques.

Chacun peut piocher dans l’éventail des solutions de conception des parois pour retenir les solutions qui satisfont les nouvelles exigences réglementaires, en particulier thermiques, mais le DTU ne privilégie pas une solution par rapport à une autre et ne traite pas de performances dans ce domaine. Certaines, telles les solutions à isolation répartie, vont toutefois dans le sens de l’évolution réglementaire. Globalement, le DTU est purement descriptif et se contente de présenter ce qui existe.

C’est ainsi qu’il rappelle les types de murs existants : les murs sans coupure de capillarité dans leur épaisseur (comme les murs de brique de terre cuite de forte épaisseur à perforation verticale, montés et collés, à isolation répartie), les murs avec coupure de capillarité dans leur épaisseur associés à un enduit sur maçonnerie et à un complexe de doublage, les murs doubles et les murs composites.

Les utilisateurs du DTU qui ne pratiquent pas ­couramment certains types de murs doivent se pencher très sérieusement sur ce document.

CTB : N’y a-t-il aucune nouveauté ?

J.-P. B. : Si, on peut signaler quelques apports. La modification la plus importante consiste en l’introduction des maçonneries montées à joint mince qui sont désormais présentées comme traditionnelles. Toutefois, cette démarche n’est pas menée à son terme et on pourra le regretter. En effet, le nouveau texte précise que pour vérifier l’adéquation entre les éléments de maçonnerie et le mortier utilisé pour le joint mince, « il faut se reporter à un DTA » (document technique d’application).

Ce sont donc les fabricants, via les DTA, qui donneront tous les éléments permettant le montage d’une maçonnerie avec des joints minces. Les DTA complèteront la norme EN des mortiers de joints minces (rhéologie du mortier, rétention d’eau, vérification du transfert, temps ouvert suffisant, outil, coefficient de sécurité sur la capacité portante de la maçonnerie). Il va de soi que l’utilisation des mortiers de joints minces n’est compatible qu’avec des blocs calibrés décrits précisément dans les normes européennes. Une relative imprécision qui trouve sa raison dans le fait que si on a un bon retour d’expérience sur les blocs de béton cellulaire, c’est moins vrai pour les autres matériaux. D’ailleurs, les blocs de béton cellulaire montés collés sont les seuls matériaux où la capacité portante est notée dans le DTU.

CTB : Y a-t-il d’autres évolutions ?

J.-P. B. : Il s’agit essentiellement de l’étendue de l’exigence de protection contre les remontées capillaires qui concernent désormais des parties d’ouvrages comme les balcons, soit une disposition très logique. Le DTU comporte, pour ces détails, des croquis très utiles.

Signalons également des modifications concernant l’habillage des nez de planchers puisque l’épaisseur des planelles passe à 7 cm avec isolant (elle reste à 5 cm sans isolant). On remarquera toutefois que les risques de fissuration de la maçonnerie, et donc de l’enduit par rotation du plancher, existent toujours.

À noter, pour des ouvrages dont la solidité et la pérennité sont importantes, l’interrogation sur les infiltrations d’eau au travers des maçonneries enterrées. Pour les locaux dits nobles, aucune trace d’humidité n’est acceptée sur la face intérieure et cette exigence de bon sens n’a pas changé. Dans ce cas, le DTU impose expressément la pose d’une membrane d’étanchéité.

Pour le vide sanitaire, rien n’est prescrit, mais la question ne se pose pas. En revanche, pour les locaux intermédiaires, dits de deuxième catégorie (cave, garage, chaufferie, local sans affectation particulière) revient au maître d’ouvrage de notifier au maître d’œuvre, à la demande de ce dernier, son degré d’exigence, s’il accepte ou non la présence d’infiltrations d’eaux limitées

Par défaut, si les DPM n’indiquent rien, on considère que le maître d’ouvrage accepte la présence d’infiltrations d’eaux limitées.

CTB : Peut-on noter des changements concernant les mortiers ?

J.-P. B. : La nouvelle version du DTU 20.1 n’apporte pas de nouveauté sur les mortiers épais utilisés dont on peut rappeler qu’ils sont de deux types. Les mortiers de recette sont définis par le DTU qui en donne la composition. Les mortiers performanciels sont, quant à eux, fabriqués en usine, le fabricant s’engageant sur une performance.

La grande nouveauté est l’introduction des mortiers de joints minces, qui ne peuvent être que performanciels.

L’objectif est de garantir une performance. Ils sont utilisés dans une épaisseur de 1 à 3 mm, permettant de disposer d’un temps de mise en œuvre suffisant pour les travailler, d’une rhéologie adaptée à la géométrie et la porosité des briques et blocs et disposant d’un temps ouvert suffisant pour qu’ils ne grillent pas en surface avant application de la brique ou du bloc sur le mortier venant d’être appliqué au rouleau ou à la pelle.

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