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Le numérique dévorera-t-il le bâtiment ?

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Le numérique dévorera-t-il le bâtiment ?

© (Doc. Chabanne & Partenaires.)

Le bâtiment est pour nous tous une expérience quotidienne : nous y passons le plus clair de notre temps et entretenons avec lui une relation intense. Il n’est donc pas étonnant qu’il intéresse aujourd’hui les grandes entreprises de l’économie numérique. Alors qu’avec la domotique, se déploient depuis longtemps des fonctionnalités logicielles dans le bâtiment, Internet modifie les termes de l’équation. Grâce à lui, il est désormais possible de connecter le bâtiment et mettre ses ressources en réseau, non sans conséquences radicales pour les acteurs de la filière.
D’abord, la domotique n’est plus la même. Il n’est plus question aujourd’hui de systèmes autonomes, limités dans leurs fonctionnalités et rapidement frappés d’obsolescence. Aux gadgets du passé succèdent des objets connectés, dont la puissance est localisée « dans les nuages ». Si le produit n’est plus seulement l’objet installé dans notre habitat, mais un logiciel exécuté dans le cloud, alors il devient possible de mettre régulièrement à niveau ce logiciel pour, avec le même objet, rendre un service toujours plus performant et personnalisé. Dans cette économie des objets connectés, la valeur se distribue différemment : si l’objet reste le même, tandis que le logiciel évolue, c’est dans le logiciel que se concentre la valeur. L’entreprise qui exploite le logiciel - et l’améliore en permanence - capte alors l’essentiel de la valeur. À l’inverse, l’entreprise qui fabrique l’objet est marginalisée et voit sa marge s’éroder à mesure que son produit se banalise.
Ensuite, de premières applications en réseau rencontrent du succès. Les particuliers se sont peu intéressés à la domotique du passé : nous n’avons que faire d’un système qui prend le contrôle de notre habitat - nous redoutons même sa complexité et son intrusion dans notre intimité. À l’inverse, nous apprécions les applications qui règlent un problème particulier. C’est là une grande leçon de l’économie numérique : tous les géants de cette économie, qui opèrent aujourd’hui une multitude d’applications déployées sur des plateformes, ont commencé avec un produit simple. Google n’était qu’un moteur de recherche avant de devenir une régie publicitaire. Amazon n’était qu’une librairie avant de devenir la plus grande plateforme de cloud computing du monde. Les premiers succès d’applications numériques dans le bâtiment s’expliquent aussi par des propositions de valeur simples : un système d’alarme connecté, un thermostat connecté
Une bataille industrielle s’est ouverte avec l’acquisition par Google de l’entreprise Nest Labs, pour un montant de 3,2 milliards de dollars. Nest est un thermostat connecté et intelligent, qui collecte des données et se règle de lui-même pour optimiser la consommation d’énergie à l’intérieur du bâtiment. Plus qu’un succès d’estime, Nest est déjà un succès commercial et une prouesse technologique : pour Google, c’est un point d’entrée idéal dans le bâtiment, notre environnement quotidien, et une opportunité de renforcer le lien déjà noué avec ses centaines de millions d’utilisateurs. L’objectif est d’acquérir une compréhension intime de leurs besoins et de leur offrir des produits sans cesse plus performants et plus personnalisés.
« Le numérique dévore le monde » a écrit en 2011 Marc Andreessen, l’un des pères de la révolution numérique. Dans toutes les filières, une bataille se prépare entre entreprises en place et nouveaux entrants faisant levier du numérique pour nouer un lien privilégié avec les individus. La filière du bâtiment n’est pas épargnée et, après l’acquisition de Nest, Google peut se diversifier de plusieurs manières : s’agit-il d’être à la pointe de la transition énergétique, ou de remonter la chaîne de valeur du bâtiment et capter la marge des promoteurs et des constructeurs ? Une chose est certaine : plus qu’un actif tangible et un lieu de vie, le bâtiment devient le socle d’une infrastructure logicielle qui va provoquer une redistribution radicale de la valeur dans toute la filière. Aucune des entreprises aujourd’hui en place ne peut s’épargner d’intégrer le numérique à son cœur de métier et d’examiner ses options stratégiques face à tel défi industriel.

N°331

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