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Le « mal-logement » et le « facteur 4 »

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Le « mal-logement » et le « facteur 4 »

Jean-Paul Dallaporta, directeur à l’Anah et président du comité bâtiment existant du Prébat.

© Doc. Roland Bourguet.

Plus de 500 000 personnes sont « aux portes du logement » et plus de 5 000 000 occupent des logements de mauvaise ­qualité. Résorber le mal-logement constitue une priorité d’ordre social. Inciter des propriétaires de 30 000 000 de logements à faire des travaux d’amélioration thermique pour diviser par 4 les rejets de CO2 (« facteur 4 ») constitue une priorité ­d’ordre environnemental. Ces deux ­politiques sont complémentaires et non concurrentes, elles sont techniquement possibles et économiquement viables.

Tout d’abord, il est urgent de rattraper l’insuffisance quantitative du parc de logements. Quatre possibilités : créer de nouvelles constructions, réaffecter des ­locaux obsolètes, inciter la mise sur le marché de logements ­vacants et réhabiliter le parc ancien. Les avantages, dans ce cas, vont de l’éradication du logement indigne et insalubre à la remise aux normes (sécurité et confort), de l’adaptation au vieillissement de la population à la lutte contre le changement climatique. En terme d’efficacité énergétique, les solutions techniques performantes existent dans le neuf comme en réhabilitation.

La difficulté n’est pas technique, elle n’est pas non plus écono­mique. Si les dépenses à engager se chiffrent en MMe, les économies et avantages également. Car l’économie sur les charges énergétiques, la diminution des ­risques sanitaires, l’amélioration de la sécurité des occupants, le développement des emplois qualifiés dans le bâtiment et les services, présentent tous des impacts bénéficiaires. À titre d’exemple, une meilleure étanchéité à l’air et une ventilation double flux performante diminuent l’exposition au radon (donc les centaines de décès ­annuels qu’elle induit) et la facture de chauffage de plus en plus lourde pour nombre de ­ménages. De même, si les travaux nécessaires au facteur 4 sont estimés à 400 ou 800 MMe d’ici à 2050, ils représentent par ailleurs 100 000 emplois qualifiés par an. Pour autant, rien n’est simple, même si l’actualité réglementaire n’a jamais été aussi riche pour la construction – et encore plus pour la réhabilitation – des freins demeurent, comme la difficulté à prendre des décisions en assemblée de copropriétaires ou comme les contraintes liées aux rapports locatifs et, ne serait-ce que sur le plan technique, les difficultés d’intervention en logements occupés. Cependant les mentalités changent, des fonds de pensions aux 30 millions de « Monsieur tout le monde ». Les premiers exigent des sociétés dans lesquelles ils investissent un comportement plus respectueux de la planète, tandis que les seconds attendent plus de conseils, plus de services et un signal fort des pouvoirs publics.Des réhabilitations exemplaires sont montrées aux lecteurs des revues techniques et grand public sans qu’il soit toujours nécessaire d’aller au-delà de nos frontières voir si l’herbe est plus verte. Le Programme de recherche sur l’énergie dans les bâtiments (Prebat) unit en amont les forces des ministères concernés et de cinq agences pour orienter et financer des recherches et des expérimentations. Sous la maîtrise d’ouvrage de collectivités, les professions se regroupent pour apporter incitations, conseils, et aides financières à ceux qui en ont besoin. Ce sont les opérations programmées d’amélioration de l’habitat et les aides de l’Anah. Les conditions sont réunies, le train démarre. La réhabilitation du parc d’hier et sa mise aux normes de demain est une grande cause qui nécessite « un plan Marshall ». Dans ce plan n’oublions pas les plus pauvres qui ont besoin de notre aide, de notre temps et de notre cœur, inventons à l’image des restaurants du cœur, les travaux du cœur.

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