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Le Louxor concilie atmosphère d’époque et accessibilité

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Le Louxor concilie atmosphère d’époque et accessibilité

© (Docs. F.P.)

La rénovation financée par la Ville de Paris a conjugué le respect des contraintes patrimoniales avec une ambition forte en terme d’accessibilité multihandicap. Modernisé et ayant retrouvé ses ors d’antan, le cinéma Le Louxor a rouvert ses portes au public en avril 2013.

Situé à Barbès (Paris, x e arr.), Le Louxor, le plus vieux cinéma de la capitale encore en activité, a reçu des spectateurs depuis sa création, en 1921, jusqu’à sa fermeture, en 1983. Ensuite, il servit un temps d’entrepôt de textiles pour Tati, puis de discothèque avant d’être racheté il y a dix ans par la Ville de Paris.

Sa rénovation minutieuse, dans l’esprit néo-égyptien d’origine, a été confiée à l’architecte Philippe Pumain, associé à Fabre/Speller et Christian Laporte. D’un point de vue patrimonial, seules les façades étaient protégées. La volumétrie générale du bâtiment a été conservée et l’extérieur a été rénové au plus près de l’original des années 20. Pour les espaces intérieurs, l’architecte a défendu une continuité avec l’extérieur, en particulier pour le hall d’accueil, le petit salon et la grande salle Youssef-Chahine, qui a été redessinée comme en 1920 avec des éléments de décors néo-égyptiens. Le sous-sol a été aménagé avec deux nouvelles salles plus petites. Les circulations ont été restaurées dans leurs grandsprincipes: un porche extérieur ouvert, un hall et une desserte des différents niveaux par deux cages d’escalier en façade. Une autre demande forte de la Ville était de répondre à une démarche d’accessibilité multihandicap : moteur, visuel et auditif. « Les dispositifs principaux ont été respectivement : pour les personnes à mobilité réduite, l’ascenseur, des sanitaires accessibles et des emplacements réservés dans les salles ; pour les malvoyants, les guides podo-tactiles au sol et pour les malentendants, l’audiodescription », résume Benjamin Louis, directeur technique du Louxor.

Repenser les circulations

Les aménagements les plus visibles sont destinés à pallier la mobilité réduite. Un ascenseur a été créé au sein de la structure existante, avec trémie et murs porteurs. Réservé aux PMR, il rend accessibles les différents niveaux, dont le bar et le petit salon pour les expositions, ainsi que les salles du sous-sol. « Le plus contraignant était son intégration dans les étages, car bien entendu, l’ancienne distribution ne tenait pas compte de l’ascenseur, précise l’architecte Philippe Pumain. Son implantation devait être la plus indolore possible. Nous avons choisi de le décentrer, car le flux de personnes y est moindre, son usage étant réservé exclusivement aux PMR. »
Cet ascenseur a compliqué la rénovation à l’identique de la façade. Pour dissimuler l’ascenseur, un œil-de-bœuf dans la partie supérieure du porche a été rendu aveugle, ainsi qu’une des fenêtres du bar. Dans chaque salle, en fonction de la jauge, des emplacements ont été réservés aux fauteuils roulants. Respectivement trois et quatre places dans les petites salles du sous-sol et douze dans la salle principale qui peut accueillir 350 spectateurs. Pour une meilleure intégration visuelle, l’architecte a décidé de dégager deux rangées complètes dans les deux allées du parterre. Enfin, plusieurs zones d’attente sécurisées ont été créées dans les circulations. « La terrasse du bar sert aussi de zone d’attente, de fait, les pompiers ont demandé des menuiseries coupe-feu une heure, avec d’imposants profilés, alors que l’exigence patrimoniale conduisait à préférer les petits profilés, complète Philippe Pumain. Il fallait trouver le bon équilibre. »

Le multihandicap

La mobilité réduite n’est pas le seul sujet. Les aveugles et malvoyants sont guidés depuis le porche par des chemins de clous arrondis, des picots en inox podo-tactiles plantés dans le carrelage du sol. La mosaïque au sol est en 2 x 2 cm, similaire à l’originale, dont ils ont retrouvé des traces dans le porche et le hall. Au niveau du kiosque de l’accueil a été disposée, de manière accessible, une coupe du bâtiment en braille et en relief. « La carte en relief est une demande rare, et il fallait répondre à l’exigence d’intégration dans un bâtiment patrimonial », souligne Philippe Pumain. La signalétique est soignée et lisible, avec de gros chiffres lumineux et contrastés, pour indiquer les salles. Les escaliers sont équipés de bandes d’éveil et de contre-marches contrastées. Pour les sourds et malentendants qui sont appareillés, les principaux espaces (les trois salles, l’accueil, le bar et le petit salon) sont équipés d’une boucle électromagnétique audio placée dans les murs.
Dans les salles, les malvoyants peuvent obtenir un casque pour l’audiodescription, avec une voix off décrivant les éléments visuels du film et les principales actions. « Pour l’audiodescription, nous avons dix équipements disponibles, récepteurs et casques, détaille Benjamin Louis. Le système est Fidelio Audio de Doremi, qui accompagne les serveurs de diffusion numérique, avec cinq amplificateurs Plena. Quant aux boucles, un représentant de l’association des malentendants a testé leur fonctionnement et nous a fait augmenter le gain. » Si, actuellement, l’audiodescription existe pour moins de 10 % des films produits, son nombre est en augmentation.

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