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Le jardin vertical du quai Branly prend racine

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Le jardin vertical du quai Branly prend racine

Au bas de la façade, les planta-tions sont plus clairsemées. Les gestionnaires s’attendaient, en effet, à des vols et à des dégradations dans ces zones accessibles, notamment les jours de grande affluence. Dans les faits, il y en a très peu. C’est une bonne surprise. La répartition végétale joue l’hétérogénéité, c’est voulu. Les concepteurs préfèrent la variété à une uniformité des espaces, sans pour autant sacrifier au désordre. (Docs. H.d’E.)

Quelque 18 000 végétaux nichent sur la façade du bâtiment administratif du musée des Arts premiers. Sans provoquer de désordre architectural à ce jour. Seul souci des gestionnaires : surveiller finement l’étanchéité et vivre l’entretien au rythme des saisons.

1 PROGRAMME Un mur végétal qui court sur six niveaux

« Objet vivant recouvert d’une façade organique », c’est ainsi que Jean Nouvel décrit le mur végétal qui habille l’extérieur rue et quelques bureaux intérieurs de cet immeuble, situé quai Branly à Paris (vii e arrondissement) et abritant l’administration du musée sur six niveaux. L’architecte du musée des Arts premiers souhaitait, ainsi, personnaliser l’un des quatre bâtiments qui composent son ensemble architectural.
Lors de sa création (2004), la façade est pour la première fois recouverte d’un mur végétal d’une surface de 800 m², conçu et réalisé par le botaniste Patrick Blanc, chercheur au CNRS et professeur à l’université de Jussieu (Paris VI). En prolongation d’un immeuble haussmannien, il assure la transition avec la palissade de verre du jardin du musée. Il est riche d’environ 18 000 plantes (15 000 à l’origine) appartenant à 150 espèces différentes, issues principalement d’Europe centrale, avec quelques éléments exotiques venus du Japon, de la Chine et des États-Unis. Elles nichent dans un éco- système habituellement humide et régulièrement arrosé par les pluies. Comme dans la nature où elles s’installent sur des substrats rocheux, des troncs d’arbres ou des lits caillouteux, les racines sont nichées dans des poches fixées superficiellement à la façade du bâtiment. Patrick Blanc s’est basé sur sa connaissance éprouvée des plantes et de leurs exigences environnementales, afin de créer un agencement harmonieux, avec des séquences végétales qui recréent un milieu proche de la nature. Son brevet de mur végétal est basé sur une nouvelle technique de culture verticale qui s’affranchit des problèmes de poids du substrat et assure tout au long de l’année la végétalisation de la façade d’un bâtiment, quelle que soit sa hauteur, garantissant à l’installation une pérennité d’au moins trente ans.
Le mur végétal a également été décliné à l’intérieur, dans les bureaux situés derrière la façade est, en milieu fermé. L’installation d’un éclairage d’appoint et d’une goulotte spéciale de récupération des eaux a été nécessaire.

2 ÉTAT DES LIEUX Une structure en béton porteur

Près de huit ans après sa réalisation, la composition du mur n’a pas changé. Le squelette de la façade est composé d’une structure en béton armé classique qui supporte une ossature métallique quadrillée. Cette ossature assure une isolation complète par coussin d’air avec le mur porteur. Elle sert de point d’appui à des plaques étanches et jointives de PVC expansé de 10 mm d’épaisseur, sur lesquelles sont agrafées deux couches de feutre en polyamide. Sur ce feutre spécial très résistant, à fort pouvoir de diffusion et de rétention d’eau, des poches de 10 à 20 cm abritent les racines des végétaux. Il y en a sur toute la hauteur de la façade selon une densité constante de l’ordre d’une vingtaine au mètre carré. La répartition des végétaux est hétérogène, mais sans désordre. Il n’y a pas de grands espaces verticaux ou horizontaux réservés à certaines espèces, à certaines formes ou couleurs. C’est ce mélange qui donne un aspect naturel à la façade. Cette superposition de différents éléments garantit aussi la croissance et la fixation à long terme des racines sur une surface et non pas dans un volume, contrairement aux autres méthodes de culture. Le brevet de Patrick Blanc repose sur cette idée de culture verticale qui s’affranchit des problèmes de poids du substrat et, en conséquence, assure une végétalisation complète du bâtiment, quelle que soit sa hauteur. Avec le temps, d’autres plantes « sauvages » sont venues d’elles-mêmes coloniser les espaces du mur, notamment des arbustes en partie supérieure. La plupart ont été gardées. L’éclairage principal, nord/nord-ouest, nécessite des plantes qui réclament peu de lumière solaire directe. Il n’y a pas de mousses, sauf celles qui se développent naturellement sur le feutre. Les minéraux sont véhiculés par l’eau d’arrosage et absorbés avec elle par les racines. Les autres éléments essentiels à la construction des plantes (sucres, protéines…), sont élaborés par les feuilles à partir de l’eau et du gaz carbonique de l’air, grâce à la photosynthèse.
L’arrosage est assuré par un réseau de petits tuyaux percés en goutte à goutte, fixés sur le feutre et superposés à partir du sommet du mur. Il est déclenché automatiquement cinq fois par jour en période tempérée (printemps, été, automne) et seulement à midi et 16 h en période hivernale froide, ce qui assure un niveau minimal d’humidité. Quotidiennement 15 à 18 m² d’une solution nutritive (eau et engrais) sont envoyés automatiquement dans le réseau par un programmeur. Les deux tiers sont récupérés en bas de façade et recyclés dans le système. Seul bémol, vite résolu : une personne a glissé sur une flaque d’eau qui persistait sur le trottoir, ce qui a nécessité la réfection et l’agrandissement de la gouttière de récupération au bas de la façade.
Une sonde de température extérieure commande l’arrêt de l’arrosage pendant les périodes froides en raison du gel, lorsque la température est inférieure à 1 °C. Une mesure manuelle est alors effectuée pour évaluer, au coup par coup, la quantité d’eau qui devra alors être envoyée dans le circuit.

3 BILAN Une étanchéité particulièrement surveillée

Le principe du mur végétal est expérimenté depuis une vingtaine d’années. L’observation montre que les végétaux qui y nichent ne se dégradent pas. Tous les ans, à la sortie de l’hiver, 10 à 15 % d’entre eux doivent toutefois être remplacés. L’opération est planifiée dès le mois de mars, en relation avec le concepteur, Patrick Blanc. Au cours des premières années, des changements de zonages sont intervenus, puis un certain équilibre est apparu dans l’organisation des surfaces.
Mais le principal souci des gestionnaires du bâtiment est le risque de déformation des plaques PVC. Si leur jointure se dégrade, cela nuirait à l’étanchéité de façade. Il faut donc en permanence alléger la charge des plantes qui pèse sur cette structure. D’abord en opérant une taille deux fois par an avec des jardiniers perchés sur une nacelle. Ils interviennent surtout dans la partie supérieure, là où les risques de surpoids sont les plus importants, et en profitent pour effectuer un nettoyage des bordures de fenêtres.
La charge est également allégée par une « ligne de vie » installée en haut du bâtiment. Ce câble métallique inoxydable, arrimé dans le béton de façade, supporte les plus gros végétaux qui y sont accrochés par des filins. C’est, du reste, la seule modification structurelle conduite en huit ans sur le mur de façade.
L’étanchéité fait l’objet d’une surveillance particulière, conduite deux fois par an par l’Atelier Soleil. Si l’audit révélait une dégradation, et il le dira certainement un jour, il faudrait rénover toute de la façade, avec dépose complète des plantes, du feutre et des plaques de PVC.
À ce jour, il n’y a jamais eu de problème. La seule fuite à déplorer s’est, en fait, produite sur un joint de la pompe du suppresseur d’eau qui a endommagé le sol béton du local.

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