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Le groupement momentané d’entreprises en marché privé

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Le groupement momentané d’entreprises en marché privé

© (Doc. Didier Chatelain.)

Avantages et inconvénients de cette solution alternative entre l’entreprise générale avec ses sous-traitants et les marchés passés en lots distincts, sans liens entre eux.

Le groupement momentané permet à des entreprises groupées d’obtenir et de réaliser des marchés privés dont elles n’auraient pu être titulaires si elles avaient été seules. Les maîtres d’ouvrage y voient l’intérêt de traiter avec différentes entreprises compétentes dans leur domaine et l’avantage d’un seul interlocuteur. Cette coopération entre entreprises fait l’objet d’un contrat de groupement ne relevant d’aucune loi particulière, mais des dispositions générales du Code civil, de la liberté contractuelle, des nécessités pratiques d’organisation et s’inspirant le plus fréquemment des documents types des Fédérations du bâtiment et des travaux publics. La norme Afnor P 03 001 (du 12.2000) dans son « cahier des clauses administratives générales » pour les marchés privés, prend en considération cette forme de lien et d’organisation et définit les « entrepreneurs groupés » comme des « entrepreneurs titulaires, conjoints ou solidaires d’un marché, pour l’exécution de travaux concourant à la réalisation d’un même ouvrage, après avoir soumissionné par l’intermédiaire de l’un d’eux, choisi comme mandataire commun.

- Les entrepreneurs groupés sont solidaires lorsque chacun d’eux est engagé pour la totalité du marché et doit pallier une éventuelle défaillance de ses partenaires.

- Les entrepreneurs groupés sont conjoints lorsque, les travaux étant divisés en lots dont chacun est assigné à l’un des entrepreneurs, chacun d’eux est engagé pour le ou les lots qui lui sont assignés » (art.3.1.7).

Cette définition est à opposer à celle d’« entrepreneurs séparés » qui ont signé indépendamment les uns des autres des marchés étudiés par chacun d’eux, et relatifs aux travaux d’un même ouvrage.

Les apports de la norme Afnor P O3 001

La norme contient certaines dispositions précises relatives au rôle de son mandataire. La plupart des groupements, en marché privé, concernent des entreprises conjointes, avec un mandataire commun solidaire, solution issue de la pratique. En effet, comment appliquer une solidarité réelle et concrète entre des entreprises de métier, de taille et de capacité différentes ? Un groupement conjoint d’entreprises responsables de leurs seules prestations, sans mandataire, ne diffèrerait guère d’une opération en corps d’État séparés.

Le mandataire commun, le plus souvent l’entreprise de gros œuvre, est défini par l’article 3.1.11 comme « un des entrepreneurs groupés, personne physique ou morale choisie par eux, pour assurer les fonctions dévolues à la personne désignée par ce terme dans les documents du marché ». La représentation des entrepreneurs est ainsi dévolue à ce mandataire commun qui en est le représentant unique (art.6.1.3.). L’établissement et la remise des documents d’exécution pendant la période de préparation, la participation des entreprises aux réunions de préparation du chantier, la mise au point du calendrier d’exécution détaillé, le projet des installations de chantier… « sont établis sous la conduite du mandataire commun ». Il coordonne les entrepreneurs groupés « sous la direction du maître d’œuvre ». Selon l’article 9.7, il lui appartient de proposer au maître de l’ouvrage la répartition des pénalités de retard, d’indemnisations contractuelles (éventuellement de primes d’avance). À défaut de proposition, il a 30 jours après la demande du maître d’ouvrage, pour « arrêter directement la répartition sur le décompte définitif de chacun des entrepreneurs ». À cet égard, la convention devra prévoir la méthode d’information du mandataire commun et de réponse des entrepreneurs concernés. La demande de réception amiable incombe également au mandataire commun. Cette mission est le plus souvent rémunérée car elle implique des responsabilités et la sanction des défaillances.

Obligation de solidarité en cas de défaillance

La notion de solidarité est implicite dans l’intitulé de « mandataire commun solidaire ». La convention précisera de quelle façon ce mandataire assumera cette obligation de solidarité. La norme indique qu’en cas de résiliation du marché d’un des entrepreneurs groupés, le mandataire commun « doit prendre les mesures nécessaires pour que les travaux correspondants soient exécutés aux conditions du marché de l’entrepreneur défaillant » et faire réaliser par une entreprise tierce, ou réaliser lui-même, les travaux du titulaire défaillant, tout surcoût étant à sa charge. Il dispose d’un recours contre l’entrepreneur défaillant, le plus souvent illusoire en cas de dépôt de bilan. Cette solidarité cesse à la réception, ou à la fin de l’année de parfait achèvement, c’est à dire au moment où les entrepreneurs sont libérés de leurs obligations contractuelles à l’égard du maître de l’ouvrage, la norme précisant que la réception ne peut être demandée qu’à l’achèvement de l’ensemble des ouvrages faisant l’objet des marchés. Il est bien clair que l’engagement de solidarité du mandataire ne concerne que les engagements des membres du groupement momentané envers le seul maître de l’ouvrage.

La norme ne fait pas référence aux obligations des entrepreneurs non mandataires entre eux, ce qui relève de la convention mais l’article 22.4.2.1. prévoit les actions que doivent mener les entrepreneurs en cas de défaillance de leur mandataire : proposer un remplaçant pour poursuivre les travaux de son lot ou offrir de réaliser eux-mêmes les travaux aux mêmes conditions et proposer un nouveau mandataire.

Cette disposition suggère que les entrepreneurs groupés, en cas de défaillance du mandataire commun, deviendraient alors solidaires envers le maître de l’ouvrage mais cette solidarité devrait être confirmée par la convention de groupement et les marchés de chaque entrepreneur. Au surplus, la norme ajoute qu’en l’absence de proposition des entrepreneurs ou en cas de refus de ces propositions par le maître d’ouvrage, ce dernier désigne un nouvel entrepreneur aux risques et périls de l’entrepreneur défaillant (ou résilié) et que les entrepreneurs groupés désignent, quant à eux, le mandataire commun. Les entrepreneurs groupés conjoints ont intérêt à ce que les causes et conséquences du remplacement de l’entrepreneur mandataire commun soient clairement convenues dans la convention de groupement momentané qui sera mise au point et finalisée en même temps que les marchés signés avec le maître de l’ouvrage.

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