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Le grand challenge du bâtiment

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Le grand challenge du bâtiment

Le coût engendré par l’épaisseur supplémentaire de l’isolant ou de sa matière première n’a qu’une incidence minime dans le coût total des travaux. (Doc. Lattke Architekten.)

Afin d’atteindre les objectifs énergétiques fixés par les accords internationaux et les lois Grenelle 1 et 2, le secteur du Bâtiment voit ses priorités bouleversées. Ce n’est pas la construction neuve qui devra désormais dominer son activité, mais la mise en conformité du parc existant.

La réponse à la question « Démolir pour reconstruire ou réhabiliter ? », est évidente en principe. A priori, nous n’avons ni le temps, ni l’argent, ni la raison de remplacer les bâtiments énergivores.

Le temps : les objectifs étant de réduire par quatre d’ici à 2020 les consommations énergétiques des bâtiments et les émissions de CO2 qui vont avec, il est impensable de reconstruire, en huit ans, notre parc le plus déperditif. Le secteur du bâtiment n’est pas le seul concerné, mais son besoin en énergie, évalué à 40 % des besoins au total, impose une urgence toute particulière.
L’argent : il n’est simplement pas imaginable de mobiliser les moyens financiers pour remplacer ce parc existant, alors que la mise à jour thermique d’un bâtiment coûte entre 40 et 80 % du coût du neuf, selon le programme global envisagé.
La raison : un bâtiment est utile et viable dans sa structure, même s’il est thermiquement déficient et non-conforme aux réglementations sur l’accessibilité. Il doit simplement être doté d’une enveloppe thermique et de moyens d’accès conformes. C’est un diagnostic détaillé qui en décidera. Le conserver est également une décision écologique. Car la décision de « démolir pour reconstruire » ou « réhabiliter » se pose aussi en termes de bilan énergétique et d’émission de CO2 : une démolition mobilise beaucoup d’énergie grise, sur place, dans le transport, l’enfouissement, ou le recyclage des matériaux. Et la construction neuve d’un bâtiment, même très performant thermiquement, aura nécessité tant d’énergie à sa réalisation que le bilan de l’ensemble sera déjà négatif. C’est l’Analyse de cycle de vie (ACV) d’un projet qui nous éclaire sur ces aspects.
C’est seulement lorsque ce diagnostic démontre qu’un immeuble est impossible à réhabiliter, que l’on doit envisager sa démolition. Comme la France s’est voilé les yeux pendant trente ans devant l’évidence d’une réduction drastique des besoins énergétiques du bâtiment, nous sommes aujourd’hui au pied du mur. À savoir que nous n’avons pas encore les compétences professionnelles dans le diagnostic de l’existant. Le Grenelle en a porté les priorités au grand jour.

Le bon diagnostic : une tâche interdisciplinaire

La Direction des lycées de la Région Centre a procédé en 2007 au relevé des besoins énergétiques du seul poste « chauffage » de ses 2,5 millions de mètres carrés de bâtiments. Il s’avère qu’en moyenne ses équipements ont besoin de 262 kWh/m 2 /an. Le savoir-faire actuel limiterait ces besoins après travaux de réhabilitation - par exemple au standard de Maison passive - à 25 kWh/m 2 /an.
Le diagnostic, s’il en reste là, n’est guère utile, car il ne démontre pas par quels moyens on parviendrait à réduire si drastiquement les besoins. La Ville de Bourges, à la même époque, a commandité 110 diagnostics thermiques (sur les 250 bâtiments qu’elle possède), dont aucun n’a envisagé l’option de réhabilitation constructive de l’enveloppe du bâtiment. Le thermicien à qui incombe cette tâche n’est que rarement formé à appréhender les paramètres de faisabilité pour envisager des solutions constructives. Un bon diagnostic se doit d’être un travail interdisciplinaire entre architecte, thermicien, ingénieur structure et ingénieur fluides/climaticien... avec le constructeur.
Ce n’est qu’une vision d’ensemble, à partir d’un diagnostic complet, qui pourra guider les concepteurs. En même temps que l’objectif thermique de la réhabilitation du bâtiment en considération, il faudra déterminer la répartition des espaces dans et hors l’enveloppe, sa capacité à supporter les charges qu’ajoute une nouvelle façade à la structure existante, la faisabilité d’une extension ou d’une surélévation à l’occasion, le démontage de l’ancien système de chauffage et son remplacement par le nouveau (passage des conduits, emplacement des ventilateurs et des échangeurs d’une VMC double flux, etc.).

L’obligation d’anticiper la réglementation

Déjà lors de la considération de l’objectif thermique de la réhabilitation, on bute sur une contradiction. Nos objectifs orientés - en consensus international, européen et national - vers l’échéance 2020, coïncident dans l’ensemble avec les standards Maison passive ou Minergie-P, par exemple. Mais nos réglementations sont progressives, 2000, 2005, 2010, pardon : 2012, 2020... Mais qui voudra investir aujourd’hui dans une réhabilitation aux réglementations actuelles, sachant qu’il serait puni en 2020, peut-être même doublement : par les obligations d’une nouvelle réglementation qui inscrira son bâtiment à nouveau au catalogue des édifices à mettre à jour, et par le coût de l’énergie qui sera finalement devenue ce que l’on soupçonne depuis fort longtemps : plus rare et chère.
Le coût de l’épaisseur supplémentaire de l’isolant n’a qu’une incidence minime dans le coût total des travaux. Tant qu’à faire, mieux vaut orienter dès aujourd’hui les objectifs vers le meilleur standard possible, sachant que l’on ne reviendra plus sur cette réhabilitation dans un avenir proche. Ce n’est qu’à partir de cette décision qu’il sera possible d’envisager le mode constructif.

Standard passif ou Bepos ?

Cette question est une fausse question ! Dans l’objectif énergétique, seule une enveloppe soignée réduit les besoins thermiques d’un bâtiment, par : l’isolation, l’étanchéité à l’air, la qualité thermique des huisseries, l’absence de ponts thermiques... Après avoir satisfait à ces exigences avec soin, on pourra effectivement penser à produire de l’énergie sur les toits ou les façades, pourquoi pas, mais c’est un autre métier.
Quant au choix d’une isolation par l’extérieur ou par l’intérieur, il n’y a pas de réponse toute faite. Le dossier présent étant dédié aux solutions qu’offre la construction bois en réhabilitation thermique, il sera essentiellement question d’isolation par l’extérieur. La construction bois propose des solutions extrêmement rationnelles pour l’isolation par l’extérieur en un traitement global de l’enveloppe d’un bâtiment. Ces solutions peuvent être mises en place avec une rapidité incomparable.

Du diagnostic découlent le choix de la démarche et sa faisabilité

Stimulé par les interrogations qu’ont suscitées les premières réhabilitations thermiques de grands ensembles en Autriche et en Allemagne, l’Institut de la construction bois à l’Université technique de Munich, sous la direction de l’architecte autrichien Hermann Kaufmann, a mis en place un projet de recherche européen. Celui-ci doit évaluer les possibilités de systématiser l’ITE en construction bois dans le cadre de la réhabilitation thermique.
Les partenaires du projet étaient des entreprises du bâtiment, des laboratoires, des industriels, des instituts de recherche, en Allemagne, en Finlande et en Norvège.

vous lisez un article des Cahiers Techniques du Bâtiment N°315

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