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Le dialogue entre logiciels et bases de données

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Le projet Cyprès du laboratoire Body Nature portait sur la construction d’une usine de production de cosmétiques écologiques dans les Deux-Sèvres (79), qui a été inaugurée en 2010. Un bilan carbone effectué par le BET Ecic a permis de valider la faible empreinte environnementale du projet : soit 520 tonnes d’équivalent CO2 économisées grâce à la charpente bois, 370 tonnes grâce au traitement du sol à la chaux (au lieu de l’apport de matériaux de stabilisation) et 50 tonnes sur 30 ans grâce à l’éclairage naturel par la toiture en shed.

© Doc. Body nature

Pour réaliser l’ACV d’un bâtiment ou un calcul carbone, les bureaux d’études exploitent les nombreux logiciels du commerce, qui ont chacun leur mérite. Tous vont piocher dans quelques bases de données dont les informations méritent d’être consolidées.

Qu’ils soient généralistes ou orientés bâtiment, les logiciels professionnels d’ACV agrègent et évaluent l’impact des flux entrants de matériaux et des ressources utilisées pour construire un bâtiment. L’impact environnemental global qu’ils évaluent va donc du produit ou de l’équipement au bâtiment dans son intégralité, en passant par le chantier avec sa consommation d’énergie et les différents polluants émis dans l’eau, le sol ou l’air, dont les émissions de gaz à effet de serre (GES) ou équivalent carbone. « À partir des résultats de l’analyse, nous pouvons proposer des axes d’amélioration au maître d’ouvrage en comparant plusieurs scénarios qui sont simulés et chiffrés, confie Thibault Laville, expert ACV au BET Ecic. Les améliorations peuvent être de différentes natures : choix des matériaux, efficacité énergétique, hypothèses sur les scénarios de fin de vie… »

Plusieurs logiciels professionnels permettent de réaliser une ACV bâtiment ou un écobilan : c’est le cas d’Elodie (CSTB), de novaEquer (Izuba associé à Pleiades+Comfie), de Cocon (qui a un module BIM), d’OpenLCA, d’Umberto, d’Eco-Bat, de GaBi (Thinkstep, ex PE International), etc.
SimaPro et Toovalu se positionnent sur le bilan carbone (PRé consultants) et Nest sur les écoquartiers (Nobatek). Outil généraliste utilisable en mode cloud, GaBi permet de réaliser des ACV - de la version simplifiée à très complexe -, mais aussi de réaliser des Fdes. Quant à Elodie, « l’un de ses intérêts est d’être un outil collaboratif en ligne. L’ACV peut être faite de manière collaborative par l’architecte, par l’entreprise générale pour le chantier et par nous-mêmes pour les déplacements et les déchets, explique Cécile Jolas, chef de projets Tipee. Grâce à son module FBIM intégré, Elodie a aussi l’avantage d’importer directement depuis la maquette numérique des données métrées et qualitatives, ce qui accélère l’établissement de l’ACV ». Ainsi, si le BET Ecic a choisi d’être le référent en France d’OpenLCA, c’est pour son fonctionnement en open source. Selon Thibault Laville : « Lorsque nous réalisons une ACV avec OpenLCA, le client maître d’ouvrage peut télécharger le logiciel et récupérer nos données pour les faire vivre dans le temps au lieu de se contenter d’un résultat figé. »

Regard critique sur les fiches matériaux

Mais quels que soient le logiciel d’ACV, les analyses sont alimentées par des bases de données répertoriant les performances environnementales et sanitaires des produits, équipements et services. Ces bases de données sont elles-mêmes, pour la plupart, nourries par des fiches de déclarations environnementale et sanitaire (Fdes) que sont tenus de rédiger les fabricants de produits utilisés dans la construction (menuiserie, isolant, etc.). En France, la base de données principale est Inies. À l’international, c’est EcoInvent ou GaBi. Conçue par le CSTB, Inies est maintenant gérée par l’association HQE. Elle exploite les données fournies par les fabricants de matériaux dans leurs Fdes obligatoirement réalisées par une personne accréditée suivant la norme NFP 01-010. « Cette accréditation permet aussi de faire de la revue critique de Fdes, ce regard effectué par un tiers va vraisemblablement devenir obligatoire », complète Jean-Michel Herbert, associé senior chez PwC.
Un lien d’import automatisé entre le logiciel et une ou plusieurs bases de données, Inies pour Elodie et EcoInvent pour la plupart des logiciels, permet de réaliser rapidement une première ACV. Pour approfondir l’analyse, le bureau d’études va vérifier et compléter les déclarations des fabricants, les performances étant variables en fonction du procédé, du site, du transport. Il peut aussi ajouter des matériaux alternatifs, locaux ou innovants. Les sources doivent être vérifiées de manière critique.
Un produit énergivore peut avoir une très bonne fiche du fait que le fabricant autoproduit son énergie d’origine renouvelable. A contrario, les fabricants de menuiserie en alu vont améliorer les performances énergétiques de leurs produits qui, neufs, sont très polluants en considérant que l’alu se recycle de nombreuses fois. Or la réalité française est que l’alu se recycle mal et nécessite beaucoup de transport. Laurent Castaignèdes, fondateur de BCO2, donne comme autre exemple celui des parpaings, dont certains fabricants adoucissent l’impact environnemental en s’appuyant sur leur recarbonation potentielle - broyés après déconstruction et dispersés dans la nature, ils sont censés refixer à long terme le CO2 - hypothèse largement théorique.

N°349

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