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La vidéosurveillance oui, mais pas seulement

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Selon l’OPDH 92, plus de 84 % des locataires souhaitent conserver et même étendre le réseau de vidéosurveillance mis en place dans les immeubles sociaux des Hauts-de-Seine.

© Doc. Hubert d’Erceville

Sujet sensible, la problématique de la sécurité a pris de l’ampleur au cours des dernières années. Mais si les caméras se sont imposées chez les bailleurs sociaux, elles ne sont pas nécessairement la solution la plus efficace au problème.

Aujourd’hui encore, la protection des personnes, de l’habitat, des biens et des équipements reste un sujet sensible dans le secteur social. Avec la multiplication des incivilités, violences et trafics en tous genres d’un côté, les lois de lutte contre l’insécurité, les dispositifs technologiques de plus en plus sophistiqués et la création d’observatoires de la délinquance de l’autre, le débat devient idéologique. Comme en témoigne le président de l’office public départemental de l’habitat des Hauts-de-Seine (OPDH 92), lequel, depuis une quinzaine d’années, a engagé un plan de vidéosurveillance sur l’ensemble de son patrimoine dans une douzaine de communes. Christian Dupuy s’en déclare très satisfait, estimant dans Vidéosurveillance Infos que « dès les premières années qui ont suivi l’installation, une baisse sensible des faits de délinquance a été constatée dans les secteurs concernés ».

L’OPDH 92 dispose d’un réseau d’un millier de caméras qui surveillent plusieurs milliers de halls, couloirs et parkings. Dans le quartier de La Caravelle, à Villeneuve-la-Garenne, l’office gère en partenariat avec les autres bailleurs de la cité (Sageco et l’Ogif) un dispositif de 300 caméras qui filment 60 halls et 11 parkings, dont 7 souterrains. Les images sont contrôlées 24 heures sur 24 par un PC central placé sous la responsabilité de l’Aful, gestionnaire de la copropriété. À Bagneux, Châtillon, Colombes ou Boulogne-Billancourt, d’autres systèmes installés dans les halls d’immeuble sont reliés à des enregistreurs pour une exploitation a posteriori. Au Plessis-Robinson et à Châtenay-Malabry, les caméras sont connectées en sans-fil (wifi), un moyen de limiter le sabotage des caméras et des réseaux filaires.

Gestion complexe et coûteuse

Car si la vidéosurveillance des accès constitue sans aucun doute une réponse technologique performante et médiatique, sa gestion reste complexe et surtout coûteuse. Ces équipements fragiles, sensibles, notamment au niveau des fileries et des connexions, sont une cible privilégiée et font l’objet de dégradations. En 2015, est-ce donc réellement la solution la plus efficace ? C’est la question que se pose Florence Gahéry, responsable tranquillité, sécurité, médiation chez ICF Habitat La Sablière. Un poste spécialement créé en janvier 2014 par le bailleur, et qui consiste à animer la stratégie et mobiliser les partenaires autour de cette problématique : « Nous travaillons avec les gardiens et les employés des résidences, les élus locaux, les forces de l’ordre, les prestataires et les locataires. Nous bénéficions d’un retour d’expérience sur les réhabilitations et les constructions neuves. Nous luttons autant contre un vandalisme ponctuel nécessitant une réparation immédiate, que contre des "points durs", où se concentrent des trafics établis. » Les dégradations les plus courantes concernent le contrôle d’accès, les portes des halls et les systèmes de fermeture, voire les ascenseurs et les gaines techniques qui servent d’espace de stockage aux différents trafics. Les dégradations et les tags muraux sont également courants dans les cages d’escalier.
La première mesure consiste d’abord à assurer le respect des personnes et le bon état du bâti. Des affiches « Respectons-nous » sont ainsi apposées dans les loges, signifiant « respectez-moi et respectez mon travail ». Ensuite, la mise en place de points de vigilance et de contrôle d’accès a pour but d’atténuer le sentiment d’insécurité. Quant à la vidéosurveillance, elle ne devrait pas être systématique. Parfois réclamée par les occupants, l’installation est indiquée dans certains halls, les couloirs d’accès sensibles, parkings ou caves. Mais l’appareillage doit être sécurisé pour ne pas être vandalisé. « En dissuasion, nous installons tous types d’équipements vidéo : caméras factices, visibles, invisibles, détaille Laurence Laurent, chef de projet urbain chez ICF La Sablière. Il n’y a pas de recette miracle : l’impact de la vidéosurveillance est difficile à mesurer. Celle-ci n’empêche pas systématiquement le vandalisme ; au mieux, elle déplace simplement le problème ailleurs. » L’atout principal reste alors d’accroître le sentiment de sécurité des occupants.

Réponses architecturales

Selon Florence Gahéry, la réflexion doit avant tout porter sur l’esthétique et l’architecture : « Les halls qui donnent vers la rue plutôt que sur un patio intérieur sont plus sécurisants ; vitrés, bien éclairés, ils aident à la prévention, avec une visibilité totale de l’espace avant d’entrer ou de sortir. » L’éclairage est permanent ou déclenché par des détecteurs de mouvement. En extérieur, la pose de lampadaires antivandalisme est utile pour visualiser les cheminements ; la géométrie de la végétation aide aussi. Dans le neuf, l’idéal est de penser à la sécurité avec la maîtrise d’ouvrage, dès le début de l’opération. « Ce n’est pas encore toujours le cas, mais nous faisons déjà des recommandations sur la prévention situationnelle. » Un cahier des charges existe pour le neuf. Il est en cours de finalisation pour la réhabilitation.

N°344

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